
En guise de cadeau de noël 2011, Radio France a offert à son grand orchestre pour leurs derniers concerts avant les fêtes deux chefs de premier plan : le premier, Alan Gilbert, s’était vu, au cours de sa première tournée européenne avec son orchestre, le New York Philharmonic, accueilli par toute la presse, dans une rare communauté d’âme, par une salve crépitante de commentaires atterrés, et faillira avec la candeur du béotien dans cette deuxième chance que nous lui offrions, généreux critique que nous sommes ; le deuxième, le farfadet burlesque Vladimir Ashkenazy, fut pianiste un jour, et ne sera chef d’orchestre sans doute jamais. De ces deux concerts qui, dans un monde idéal, n’auraient pas dû avoir lieu, on gardera néanmoins l’incroyable capacité du Philhar’ à se sauver lui-même de ses pourfendeurs.

Bartók et Dvořák : voilà une association qui a de quoi surprendre, malgré leurs racines en Europe centrale. Mais qui se comprendra du fait que la présence du premier s’inscrit dans un grand cycle de concerts thématiques intitulés les « bartokiades » élaboré au cours de la saison 2011-2012 à Dijon. Un jeune pianiste premier prix du concours Reine Élisabeth 2010, le russe Denis Kozhukhin accompagné par le mieux renommé Jean-Claude Casadesus à la tête de son Orchestre National de Lille.

Nous avons été nombreux, sur ClassiqueInfo, à chanter les mérites de Khatia Buniatishvili, qui, depuis ses débuts en France, a fait l’objet de toutes les attentions, au point de pouvoir se permettre d’élaborer un programme très restreint, redonné à diverses occasions tout au long de l’année dernière, programme centré autour de la figure de Liszt, d’une réflexion intelligente et supérieure autour de la virtuosité et de l’art d’être pianiste aujourd’hui. C’est donc avec intérêt et non sans gourmandise que nous apportons ce jour notre propre pierre à l’entreprise.

Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 1991, La Dame de Pique revient pour la quatrième fois dans la mise en scène de Lev Dodin, créée en 1999. Composé de manière très rapide par Tchaïkovski, cet avant dernier opéra est marqué par la ville de Saint-Pétersbourg. L’intrigue se base sur une nouvelle de Pouchkine, mais les retouches opérées par le frère du compositeur lors de l’écriture du livret nous font découvrir une histoire autre et des motivations différentes. Si cet opéra n’a pas eu la carrière d’Eugène Onegin en occident, il n’en reste pas moins celui le plus représenté après l’autre composition inspirée par Pouchkine. Dans la mise en scène ici proposée, le metteur en scène essaye de rapprocher l’opéra de la nouvelle dont il est inspiré.
L’île de Tulipatan est un opéra-bouffe de Jacques Offenbach créé en 1868. L’orchestre comprend une quarantaine de musiciens. Il y a cinq rôles : Cacatois XXII, Duc de Tulipatan (ténor), Alexis, son « fils » (soprano), Romboïdal, son Grand Sénéchal (ténor), Théodorine, la femme de Romboïdal (mezzo-soprano) et Hermosa, la « fille » de Romboïdal (ténor). Les chœurs normalement présents dans la partition sont absents de cette représentation mais tenus par les solistes.

Pour sa visite d’hiver à Paris, Valery Gergiev, après une incartade chez Mahler, reprend plus ou moins le schéma des concerts donnés en 2008 : un concerto romantique en première partie, une symphonie de Chostakovitch en deuxième – après les Symphonies n°8 et 11, voici les Symphonies n°6 et 10. La présence de la mère fouettarde Anne-Sophie Mutter et de l’amie des bêtes Hélène Grimaud (ou est-ce l’inverse ?), qui aura fait fuir vers le Théâtre des Champs-Élysées une partie des habitués, ne détournera pas du meilleur de ces deux concerts : une fantastique, dans tous les sens du terme, Sixième symphonie de Chostakovitch.

Micropolis à Besançon est une salle sonorisée polyvalente, la plus grande de Franche-Comté. Lors du concert d’inauguration (Symphonie n°9 de Beethoven), les bisontins avaient été assez perplexes relativement à la qualité acoustique des lieux. Le système de sonorisation « Carmen » dans une salle sourde ne convenait pas aux concerts traditionnels. L’actualité classique n’allait visiblement pas se dérouler en ces lieux.
Faisant fi de ce mauvais départ, le nouveau chef de l’Orchestre Besançon Montbéliard Franche-Comté, Jean-François Verdier, a osé retourner avec ses musiciens dans cette salle rectangulaire toute en parterre et gradins, avec une sonorisation améliorée. Les quelques trois milles places étaient occupées.
Il nous l’avait promis en final d’une précédente manifestation : notre nouveau chef allait essayer de faire quelque chose à Micropolis, et que ça sonne bien. Un grand concert de début d’année, ouvertement populaire dans les meilleurs sens du terme, placé sous le signe de l’opéra.

Pour ouvrir la partie opéra de l’année 2012, centenaire de la mort de Massenet, l’Opéra de Paris a décidé de créer une nouvelle mise en scène de Manon autour de Natalie Dessay. La production de Gilbert Deflo dont Renée Fleming était le centre remisée, c’est à Coline Serreau que revient la charge de nous proposer une autre vision de l’œuvre. Alors que sa mise en scène du Barbier de Séville dans les mêmes lieux reste une valeur sûre, on se demande quelle sera la vie de cette production vu l’accueil qu’a reçu l’équipe scénique. Musicalement, le bilan est mitigé avec de très bonnes surprises, mais aussi quelques déceptions alors que l’affiche était plutôt prometteuse.

L’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra royal de Versailles se fait cette année sous les augures d’une recréation en France. Commandé par l’Académie royale de musique – la dénomination princeps de l’Opéra de Paris –, l’unique avatar français du corpus lyrique du Bach de Londres n’avait pas connu de représentations dans l’hexagone depuis 1779, contemporaines de l’intendance intermittente d’Antoine Dauvergne au sein de la plus grande institution musicale du royaume. Les deux soirées d’Amadis de Gaule constituent par ailleurs la clôture des journées consacrées au compositeur français par le Centre de musique baroque, dans le cadre de son festival d’automne annuel, comme en une sorte de passage de relais entre les deux programmations qui se partagent désormais les murs du théâtre, depuis sa réouverture après une campagne de rénovation.

Conséquence du forfait de Laurent Pelly, c’est la fameuse production qu’avait signé William Kentridge pour la Monnaie de Bruxelles en 2005 qui a été donnée - pour cinq représentations - au Théâtre des Champs-Elysées. Louons cette initiative, tant le travail du plasticien sud africain est un pur régal pour l’œil et l’esprit. Le plateau vocal, plus inégal, n’en a pas moins ravi un public venu nombreux en cette période de fêtes, qui a fait un triomphe à l’ensemble des protagonistes à l’issue de cette représentation.











