Brillant festival Pouchkine / Tchaïkovski à l’Opéra de Lyon

mardi 25 mai 2010 par Patrick Manage
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Eugène Oneguine
© Bertrand Stofleth

Pouchkine, l’inspirateur de Tchaïkovski, Kirill Petrenko et Peter Stein pour une trilogie, un festival. Les trois opéras joués en alternance, et des solistes qui chantent dans un, deux, ou les trois spectacles. Véritable performance annoncée, la réalisation est bien au-dessus de ce qu’on imaginait. Trois soirées de plus de 3h30, absolument magiques, sans s’ennuyer une seconde !

Quand on se souvient de la production originale de cette Dame de Pique donnée il y a deux ans, on reste un peu sur sa faim : les décors ayant été brûlés dans un incendie, tout n’a pas pu être reconstitué. Mais, si l’on oublie ce détail, le résultat est quand même très beau. Dès le premier acte, on apprécie la Maîtrise de l’Opéra, qui fait toujours son effet. Les enfants sont vraiment très disciplinés, et leurs interventions sont tout à fait réussies. Il en est de même pour le chœur d’adolescentes qui intervient un peu plus tard dans l’acte, dans la chambre de Lisa. Le jeu des airs accompagnés au piano est très bien réalisé : on pourrait croire que les chanteuses s’accompagnent effectivement elles mêmes. La tsarine (qui arrive à la fin du bal du second acte) n’est matérialisée que par un immense tableau projeté sur le rideau de fond de scène : cela fait partie des décors qui n’ont pas pu être reconstruits à l’identique ; on y perd vraiment de la matière par rapport à la gigantesque statue qui venait originellement trôner sur la scène. La Comtesse est tout à fait effrayante et bien jouée, notamment dans cette scène où elle s’écroule sous la menace d’Hermann. Et toujours au même niveau quand c’est son spectre qui apparaît. La mise en scène est ici aussi largement modifiée : on ne retrouve plus l’immense spectre squelettique si effrayant ; seulement deux comtesses sur scène (l’une pour représenter la vision, l’autre pour le spectre réel), et Hermann perdu entre les deux, ne sachant pas bien laquelle est la réelle en écoutant le discours.

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La Dame de pique
© Bertrand Stofleth

Chanteurs, chœur et orchestre sont tous d’un excellent niveau. Les voix correspondent tout à fait aux différents personnages, et les acteurs sont tous convaincants et crédibles. Seuls les décors pêchent un peu en grandeur, en majesté et en matière. Simples rideaux de différentes couleurs en fond de scène, plus ou moins grand suivant les moments, l’effet n’est pas très heureux.

Changement de situation dans Mazeppa par rapport à la soirée précédente, puisque l’action se déroule en Ukraine, représentée par un décor désertique et sablonneux. Les costumes sont aussi particulièrement orientaux.

Dès le début, le chœur donne le ton. Tout au long des trois soirées, on aura noté le haut niveau de l’ensemble des chœurs, la grande maîtrise de la partition, du texte en russe, la précision et le soin apporté à tous les détails. Les prestations des différents solistes dans leurs scènes et leurs airs sont également très appréciables, notamment celles de Nikolaï Putilin (Mazeppa), et d’Olga Guryakova (Maria), qui se retrouvent superbement dans le long duo au milieu du second acte. Marianna Tarasova, jouant la mère de Maria, est également remarquable. Elle se sert à merveille du timbre particulier de sa voix de mezzo, et chacune de ses apparitions, seule ou en duo, est admirable.

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Mazeppa
© Bertrand Stofleth

La scène de la torture de Kotchoubeï par Orlik est assez saisissante, que ce soit au niveau de l’émotion du condamné ou du détachement et de l’absence d’humanité du bourreau. Au moment de l’exécution, Peter Stein choisit de donner la musique de scène directement sur le plateau : les musiciens, richement costumés également, prennent donc place au milieu du peuple pour plus de réalisme. Mazeppa et son ami Orlik rentrent sur de véritables chevaux. Avec tout ce monde et tous ces effets, la scène est particulièrement grandiose et théâtralisée… jusqu’aux bourreaux qui soulèvent carrément les têtes tranchées de Kotchoubeï et Iskra ! Pour les dernières scènes, Mazeppa et Orlik déchus viennent de nouveau à cheval sur scène ; face à eux, Maria joue très bien la folie qui s’empare d’elle, puis la solitude, berçant Andreï en chantant, les yeux dans le vide.

Dans Eugène Oneguine, on notera encore l’abondance et la qualité des costumes et des décors, mais aussi les magnifiques scènes de bal et de danse. L’excellence de leur réalisation dans l’ensemble des détails couronne réellement l’œuvre.

On retrouve ici encore les chœurs dès les premières scènes, qui en plus de leur haut niveau vocal montrent également de grandes qualités d’acteurs et de danseurs. On a largement de quoi mesurer aussi la qualité des chorégraphies, où ils accompagnent si bien les dix danseurs professionnels qu’on ne remarque pas la différence dans les grandes scènes de ballet.

Les décors et lumières sont admirables et soignés, qu’il s’agisse de la chambre de Tatiana, des champs, du salon des Larine, du Palais du Prince Grémine… Certaines scènes sont vraiment saisissantes. On se souviendra du bal du second acte, avec les nombreuses danses qui ponctuent les dialogues ; mais aussi de la scène du duel, excellemment réalisée. Edgaras Montvidas (Lenski) nous offre ici un air magnifique, qu’il sert à merveille ; avec le duo qu’il chante quelques minutes plus tard avec Alexey Markov (Onéguine), ce sont à coup sûr deux des plus beaux moments de la soirée, absolument délectables. Enfin, on savoure toutes les scènes de bal du dernier acte également, dans le Palais du Prince Grémine, qui sont du vrai grand spectacle. L’opéra se termine sur le duo entre Tatiana et Onéguine, ici aussi d’un très haut niveau musical et émotionnel.

En guise de conclusion, nous n’aurons que des louanges à adresser. La performance qui s’annonçait de présenter trois opéras en même temps, par des distributions très similaires, le même chef, a réellement tenu ses promesses, voire plus. L’orchestre était à son haut niveau habituel dans chacune des soirées, malgré l’alternance des musiciens par parties. Kirill Petrenko a dirigé l’ensemble avec une maîtrise absolue, et le résultat est tout à fait excellent.

- Lyon
- Opéra
- 04 mai 2010
- Piotr Illytch Tchaïkovski (1840-1893)
- La dame de pique.
- Mise en scène, Peter Stein
- Misha Didyk, Hermann ; Nikolaï Putilin, Tomski ; Alexey Markov, Eletski ; Jeff Martin, Tchékalinsky ; Alexey Tikhomirov, Sourine ; Marianna Tarasova, La Comtesse ; Olga Guryakova, Lisa ; Elena Maximova, Pauline ; Margarita Nekrasova, La Gouvernante

- 06 mai 2010
- Mazeppa
- Nikolaï Putilin, Mazeppa ; Anatoli Kotscherga, Kotchoubeï ; Marianna Tarasova, Lioubov ; Olga Guryakova, Maria ; Misha Didyk, Andreï ; Alexey Tikhomirov, Orlik ; Edgaras Montvidas, Iskra ; Jeff Martin, Cosaque ivre

- 07 mai 2010
- Eugène Oneguine
- Alexey Markov, Eugène Onéguine ; Olga Mykytenko, Tatiana ; Edgaras Montvidas, Lenski ; Elena Maximova, Olga ; Michail Schelomianski, Le Prince Grémine ; Marianna Tarasova, Madame Larina ; Margarita Nekrasova, Filipievna la nourrice ; Jeff Martin, Monsieur Triquet ; Alexey Tikhomirov, Zaretski

- Chœurs et Maîtrise de l’opéra de Lyon
- Orchestre de l’Opéra de Lyon
- Kirill Petrenko, direction




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