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Yundi Li, pianiste pressé

vendredi 9 mai 2008 par Vincent Haegele
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Yundi Li
© Randall Slavin

Une Grande polonaise brillante aux allures de cavalcade, des Tableaux d’une Exposition parcourus au pas de course, des Mazurkas enchaînées avec beaucoup (trop ?) d’entrain : bienvenue dans le monde de Yundi Li, pianiste pressé et au jeu pourtant intense. Si ce concert du 5 mai pouvait laisser l’auditeur un peu sur sa faim, l’interprète aura su cependant ménager de très beaux moments de musique. C’était bien là le plus important de l’affaire.

Deux mots sur le programme : la part du lion était réservée à Chopin et à Moussorgski. Yundi Li, déjà auteur de plusieurs disques-récitals consacrés au piano romantique du XIXe siècle se trouve sur son territoire et entend le démontrer dès les premières mesures du prélude n°2 de l’opus 9. Beaucoup de poésie, mais peu d’intériorité, l’impression d’une ouverture un peu obligée avant de passer à un morceau bien plus consistant, les quatre mazurkas de l’opus 33. Si la deuxième est éblouissante par son côté volontairement tapageur (voulu par Chopin), on est un peu désarmé face à la volonté du pianiste de privilégier avant tout l’aspect technique de ces danses. Car, si je ne me trompe pas, il s’agit bien de danses de salon… Et toute la difficulté d’une mazurka réside bien dans son côté oublié. Il ne s’agit ni d’une valse (que l’on danse encore de nos jours), ni d’une polka. Yundi Li fait passer la danse derrière le piano. Ce n’est pas à proprement parler un défaut, mais c’est un peu regrettable.

Ce qui frappe d’emblée chez l’interprète, c’est la présence parfois exagérée d’une main gauche capable d’appuyer lourdement les entrées ou de souligner à grands traits ce qui ne devrait être qu’évoqué (par exemple une base harmonique dans une mazurka…). Ce festival de main gauche se poursuit durant tout le concert, que ce soit dans Widmung, l’arrangement par Liszt du lied de Schumann ou dans l’introduction (Andante spianato) de la Grande polonaise brillante. Entre les deux œuvres, un court détour par la Chine avec une pièce de Jian-Zhong Wang (l’auteur du Concerto pour piano Fleuve jaune), dans laquelle il est question de nuages pourchassant la lune (au-dessus d’une rivière). On sent très bien que Yundi Li tient beaucoup à faire partager ce répertoire méconnu en Europe. Le piano classique chinois et ces arrangements de pièces populaires sur instruments occidentaux sont loin d’être souvent entendus. Est-ce pour autant regrettable ? Par leur côté un peu kitsch et leur ressemblance avec d’autres pièces du grand répertoire français (Ravel et Debussy notamment), ces charmantes estampes n’apportent rien et sonnent désespérément creux. Mais cette poursuite nuageuse constitue une bonne transition entre Liszt et la Grande polonaise, qui, elle aussi, fait plus penser à une grande parade qu’à une danse.

De cette première partie, on pourra dire qu’elle aura retenu l’attention et fort bien préparé l’auditeur aux Tableaux d’une Exposition de Moussorgski. Lesquels sont entamés sur les chapeaux de roue : la promenade de Yundi Li est loin d’être rêveuse. Lorsqu’il se rend dans un musée, c’est pour en voir le maximum et en avoir pour le prix de son ticket d’entrée… Quelques faiblesses techniques (fausses notes, discontinuités rythmiques) sont la contrepartie de cette démonstration de force. Il est par ailleurs dommage que Yundi Li fasse plus référence aux Tableaux orchestrés qu’aux pièces pour piano. Quelques grands moments néanmoins, avec Bydlo, Gnomus ou la Cabane de Baba-Yaga. Les petits poussins dans leurs coques sont charmants, tout comme est animée la place du marché de Limoges. Que demander de plus ?

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- Paris
- Salle Gaveau
- 05 mai 2008
- Frédéric Chopin (1810-1849) Prélude n°2 en mi bémol, op. 9, n°2 Quatre Mazurkas, op. 33 ; Robert Schumann (1810-1856) Widmung (Rückert-Lieder), arrgt Franz Liszt ; Jian-Zhong Wang (1933) Rosy clouds chasing after the Moon ; Frédéric Chopin Andante spianato et Grande polonaise brillante en Mi bémol majeur, Op.22 ; Modest Moussorgski (1839-1881) Tableaux d’une Exposition
- Yundi Li, piano











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