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Xerse mi-figue, mi-raisin.

jeudi 8 octobre 2009 par Philippe Houbert
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Jérôme Corréas
DR

L’idée de présenter l’un des opéras les plus importants du XVIIème siècle, le Xerse de Cavalli, était excellente, si l’on considère le faible nombre de représentations scéniques ou en version de concert de cette œuvre. On verra que, sans complètement démériter, l’ambition mise par Jérôme Corréas en s’attaquant à ce projet était sans doute surdimensionnée compte tenu des moyens mis à sa disposition.

Francesco Cavalli occupe une place considérable, et encore trop méconnue, dans l’histoire de l’opéra. Avec quarante opéras composés entre 1639 et 1673, le vénitien se situe juste après la figure capitale de Monteverdi qui, en peu d’années, avait fait passer le genre de la fable allégorique (opéra de cour) à une véritable entreprise commerciale fondée sur le mélange des registres (sujets historiques assortis d’éléments comiques plus ou moins hérités de la commedia dell’arte). Au milieu du siècle, Cavalli va faire évoluer les sujets historico-romains en utilisant une veine exotique. Les voyages en Chine, en Inde, dans l’empire ottoman, éveillent les sens. La littérature, le théâtre, bientôt la musique, vont être gagnés par cette mode.

Xerse va participer de cette veine et sera le second volet d’une trilogie persane dans les années 1654-1655 pour le théâtre San Giovanni e Paolo de Venise. Le premier élément, Il Ciro, fut une adaptation vénitienne par Cavalli d’un opéra napolitain de Francesco Provenzale. Le troisième, Statira, principessa di Persia, fut le dernier opéra de Cavalli composé sur un livret du vieux complice Busenello, avec lequel notre vénitien collaborait depuis quinze années. Cette œuvre nous fut révélée au disque par l’excellente équipe réunie autour d’Antonio Florio et de sa Capella della Pieta de’ Turchini (Opus 111).

Le livret que Nicolo Minato concocta pour Xerse prend la matière historique comme prétexte à une série de comédies de mœurs où les sentiments amoureux sont sans cesse contrariés. Dieu sait si certains livrets d’opéras italiens de l’époque baroque sont compliqués à souhait, mais celui de Minato pulvérise des records dans ce genre. Le personnage-titre, souverain perse du Vème siècle avant notre ère, est le prototype de l’anti-héros propre à nombre d’œuvres de l’époque. Incapable de gérer ses propres passions, Xerse abuse de son pouvoir politique pour imposer ses choix amoureux, en l’occurrence, Romilda, entichée du frère du roi, Arsamene. En agissant ainsi, il délaisse celle à laquelle il est promis, Amastre. Cette dernière, déguisée en soldat et prête à tout pour défendre son amour, va donner lieu à de nombreux quiproquos, parmi lesquels les personnages comiques que sont Elviro (valet d’Arsamene) et Clito (page de Romilda), joueront un rôle important. Ajoutez-y Adelanta, sœur de Romilda et amoureuse d’Arsamene qui ne lui rend pas ses sentiments, et Ariodate, père des deux sœurs et qui, à force de ne rien comprendre à l’intrigue, va la dénouer par accident, et vous aurez un beau méli-mélo dans lequel il est bien difficile de se repérer.

Xerse est très important dans l’histoire de l’opéra italien car s’y opère la distinction entre récitatif et air. En ce qui concerne le récitatif, si le monologue montéverdien est encore présent, il se fait rare (supplication de Xerse à Romilda au premier acte ; scène comique d’Elviro sur le pont au deuxième ; détresse de Romilda au troisième). La conversation musicale va devenir la règle et c’est elle qui va constituer la structure de l’œuvre. Cette forme de récitatif réclame du rythme et on touche ici la première pierre d’achoppement de cette version de concert proposée par Jérôme Corréas. Bien que coupée en de nombreux endroits, la partition sembla manquer de ce rythme nécessaire à une bonne participation du spectateur à l’œuvre.

Les arias ne sont rien d’autre que l’esquisse d’une humeur. Les duos sont nombreux et c’est même un quatuor réunissant les deux couples reconstitués qui achèvera l’œuvre dans une ambiance allègre. L’orchestre, étroitesse de la fosse des théâtres vénitiens oblige, est restreint à deux violons, deux violes de gambe, un violone, deux flûtes à bec, deux trompettes et le continuo. Deuxième handicap de cette représentation : le faible effectif instrumental était noyé dans l’acoustique du Théâtre des Champs-Elysées, peu rempli ce soir là. Ce problème a été, à notre sens, accentué par la disposition scénique choisie. Au lieu d’intégrer les chanteurs à l’ensemble instrumental, ils étaient disposés de part et d’autre, donc souvent à grande distance l’un de l’autre et, de toute façon, trop loin des instruments.

La distribution vocale proposée était très inégale, cumulant le meilleur et le pire. Eliminons tout de suite ce dernier. On nous dit qu’Isabelle Philippe est un des plus beaux espoirs du chant français. Bigre ! Le chant français va-t-il si mal que ça ? Quand on cumule vibrato, timbre aussi agréable que celui produit par un doigt sur le bord d’un verre et technique baroque inexistante, que reste t-il pour prétendre chanter Cavalli ? Peu de choses, n’est ce pas ? Fort dommage car le personnage de Romilda est central dans cet opéra et que, du coup, même si le reste de la distribution avait été parfait, il eût été difficile de compenser ce déséquilibre.

Magali Léger, elle, est non seulement très jolie, mais le timbre de sa voix est à son image. Exprime-t-elle pour autant les tourments d’Adelanta ? Sa technique de chant baroque est elle au niveau de ce que l’on est en droit d’attendre ? Certainement pas. En Arsamene et Ariodate, deux chanteurs que nous vénérons pour tout ce qu’ils ont apporté, depuis plus de vingt ans, au chant baroque. Si Jean-Paul Fouchécourt compense un aigu très tiré par un abattage formidable, que dire des problèmes de tessiture de l’immense Guillemette Laurens, très gênée dans le grave, au point de devoir enlaidir sa voix dans ce registre.

Tout le reste de la distribution est quasiment parfait, à commencer par les grands seconds rôles - Isabelle Druet, Eumene impeccable de technique et d’expression, Jean-François Lombard, formidable Elviro (scène du jardinier extrêmement drôle) et Arnaud Marzorati, très efficace Aristone, le sage ami d’Amastre, Eugénie Warnier, lucide Clito. Mais la palme revenait à Anna Maria Panzarella, à la voix veloutée et à l’expression pleine de tendresse (mais pourquoi chanta-t-elle tout trop fort dans la première partie ?) et surtout à l’interprète du rôle-titre, Kristina Hammerström, miracle de suavité, de projection, de sensibilité, de ligne de voix.

En résumé, un magnifique projet élaboré par Jérôme Corréas et ses Paladins, indiscutablement handicapé par une salle inadaptée à ce type de répertoire, avec une distribution vocale et un ensemble instrumental réunissant vraies perles et lacunes trop criantes. On a d’autant plus envie de dire « dommage » que l’ambition est fort louable.

Magali Léger sera présente au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 29 septembre 2009
- Francesco Cavalli (1602-1676), Xerse opéra sur un livret de Nicolo Minato
- Xerse, Kristina Hammerström ; Arsamene, Guillemette Laurens ; Romilda, Isabelle Philippe ; Adelanta, Magali Léger ; Amastre, Anna Maria Panzarella ; Ariodate, Jean-Paul Fouchécourt ; Eumene, Isabelle Druet ; Elviro, Jean-François Lombard ; Aristone, Arnaud Marzorati ; Clito, Eugénie Warnier
- Les Paladins
- Jérôme Corréas, direction











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