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XIIème Festival de Musique Ancienne de l’Épine-en-Champagne

lundi 12 décembre 2011 par Gilles Charlassier

Sise au milieu de la Champagne et de chemins de pèlerinages, la Basilique Notre-Dame de l’Epine-en-Champagne accueille depuis douze ans un festival de musique ancienne qui se déroule sur plusieurs week-ends, entre les mois d’août et d’octobre. Elle est, entre autres, le lieu de résidence de l’Académie Sainte-Cécile, dirigée par Philippe Couvert, qui donne en cette fin de septembre une reconstitution de la Markus-Passion de Bach.

L’ouvrage fut créé à Leipzig, pour le Vendredi Saint – le 23 mars 1731. La partition autographe ayant été perdue, les reconstitutions successives se sont basées sur le livret de Picander, conservé dans un recueil de poésies contemporain. Diethard Hellmann en propose une en 1964, qui se fonde uniquement sur des parodies de la Trauer Ode BWV 198. Andor Gomme en publie une autre en 1997 chez Bärenreiter, qui utilise en plus du matériel choral des Cantates BWV 204, 216, 120a et 54. Les récitatifs et les turba (mouvements de foule) sont tirés de la passion homonyme de Reinhard Keiser. C’est de ce travail que s’inspire la performance de ce soir, fruit de la collation réalisée par Jean-Christophe Leclère, claveciniste et continuiste du concert – faisant l’économie de l’apport des Cantates BWV 204 et 216. Mentionnons seulement que Ton Koopman a élaboré de son côté une tentative qui substitue les chœurs des BWV 25 et 179 à ceux de la Trauer Ode.

C’est d’ailleurs à la Cantate BWV 198 qu’est emprunté le matériel musical du chœur d’ouverture, plus concis que dans les Johannes et Matthaüs-Passion, comme si Bach avait au fil des compositions resserré la dramaturgie de la scène inaugurale. Les premiers numéros ont subi l’altération de l’oubli – le dispositif de projection de l’argument et des airs, excellente initiative des organisateurs, fait glisser un peu rapidement les indications scénographiques de ces morceaux muets, sans doute sous la pression d’une baguette privilégiant le contenu musical. La viole de gambe accompagne l’air d’entrée de l’alto (n°9). Plus loin, au 19, on la retrouve concertant avec le violon solo. La seconde partie s’ouvre sur un grand air de ténor, avec hautbois et flûte, que s’est réservé le chef, Julian Podger, à l’émission et à l’équilibre parfois perfectibles. Le chœur final, également puisé dans la Trauer Ode, conclut avec l’émotion et l’ampleur requises.

L’effectif choisi, avec huit solistes tenant lieu de chœur, chacun ayant à son tour son morceau de gloire, favorise une concentration incisive dans la conduite du discours musical, placé sous la férule de Julian Podger, à la tête de l’Académie Sainte-Cécile, à laquelle se sont joints les membres du Trinity Baroque. Les chanteurs réunis font chacun honneur à la partition. Retenons l’Evangéliste hors pair qu’est Charles Daniels, attentif aux inflexions harmoniques et sémantiques, livrant une incarnation de grande valeur. Le Jésus de Peter Harvey ne lui cède en rien, faisant preuve d’une intelligence remarquable, doublée d’une présence vocale intègre. Le reste du plateau ne démérite nullement : Kate Hamilton et Catherine King, alti, Cristina Maria Rembeck et Susan Ryden, soprani, Christopher Adams, basse, et Nils Gibelshausen, ténor.

Le lendemain, Philippe Couvert et l’Académie Sainte-Cécile ont proposé une intégrale des Quatuor Parisiens de Telemann, le matin dans le salon de l’Hôtel de Ville de Châlons-en-Champagne, et l’après-midi, dans la Basilique de l’Epine – violon, flûte, viole de gambe, clavecin et violoncelle doublant la basse continue. Chacune des six pièces se compose de six parties, hommage à la suite française. A la fin des deux concerts, l’ensemble a gratifié l’assistance de la Chaconne conclusive du Sixième Quatuor, merveille où le compositeur, fin dramaturge, a réservé sa page maîtresse pour la fin du recueil, lorsque l’assistance, ayant épuisé les mondanités, aurait l’oreille plus avide de notes que de rumeurs. Philippe Couvert et ses acolytes en livrent un éclairage différent à chaque fois, tirant parti de la liberté laissée aux interprètes dans cette chaconne, clef de voûte des formes à variation de l’ère baroque. La condescendance que l’on réserve parfois à cette musique de table ne saurait désormais avoir cours.

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- L’Epine-en-Champagne
- Basilique Notre-Dame
- 24 septembre 2011
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Markus Passion, livret de Picander, reconstitution réalisée par Jean-Christophe Leclère, à partir des cantates BWV 198, 54, 120a, 120, Markus Passion de Keiser (récitatifs et turba)
- Charles Daniel, ténor, Evangéliste ; Peter Harvey, basse, Jésus ; Kate Hamilton, alto ; Cristina Maria Rembeck, soprano ; Christopher Adams, basse ; Susan Ryden, soprano ; Catherine King, alto ; Nils Gibelshausen, ténor.
- Académie Sainte-Cécile ; Trinity Baroque
- Julian Podger, direction musicale

- Châlons-en-Champagne, Hôtel de ville
- L’Epine-en-Champagne, Basilique Notre-Dame
- 25 septembre 2011
- Georg Philipp Telemann (1681-1767), Quatuors Parisiens
- Membres de l’Académie Sainte-Cécile, Philippe Couvert, violon, Jean-Christophe Leclère, clavecin











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