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Wozzeck au Metropolitan Opera

lundi 9 mai 2011 par Karine Boulanger
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Alan Held
© Cory Weaver/Metropolitan Opera

L’œuvre âpre d’Alban Berg ne compte sans doute pas parmi les opéras pouvant remplir une salle aussi vaste que la première scène new-yorkaise, mais un large public dans le monde entier (la représentation étant retransmise en direct sur les ondes radiophoniques) a pu apprécier la qualité de la distribution réunie sous la baguette de James Levine, tandis que les spectateurs ont pu juger de la réussite artistique de la production, déjà ancienne, de Mark Lamos.

Créé en 1997, ce Wozzeck se distingue par une scénographie sobre, marquée par de grandes parois coulissantes en porte-à-faux, définissant les différents espaces dans lesquels se noue le drame, magnifiquement éclairées par de forts projecteurs créant des ombres puissantes, renvoyant directement au cinéma expressionniste allemand, et aux œuvres de Fritz Lang en particulier. L’œuvre est située à l’époque de la création de l’opéra à Berlin en 1925 et bénéficie d’une excellente direction d’acteurs, exploitant les talents d’interprètes aussi exceptionnels que Waltraud Meier, Alan Held ou encore Gerhard Siegel. Si l’on ne devait garder qu’une image de cette mise en scène, ce serait sans doute celle de l’entrée fantomatique de Wozzeck dans la chambre de Marie dans la première scène du deuxième acte, ou encore de ce rideau rouge, comme teint par la lune sanglante qui hante Wozzeck, et l’apparition à contre-jour du capitaine et du docteur ne remarquant même pas le corps de Marie étendu sur le plateau au premier plan.

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Waltraud Meier, Alan Held
© Cory Weaver/Metropolitan Opera

James Levine, principal artisan de la réussite musicale, construit le drame pas à pas, à petites touches, rendant justice à la beauté de l’orchestration dans une production où les interludes, joués à rideau baissé, prennent enfin tout leur sens. La première partie manque peut-être d’âpreté, gommant les aspects les plus violents du principal protagoniste (première scène, acte I), mais soulignant la douceur de Marie et sa frustration de plus en plus accentuée. Le troisième acte en revanche est saisissant (interlude précédant la deuxième scène, les quelques mesures suivant la mort de Marie).

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John Albert, Waltraud Meier
© Cory Weaver/Metropolitan Opera

La distribution sans faille est dominée par le Wozzeck d’Alan Held, traduisant dès la première scène la rage refoulée qui dévore le personnage de l’intérieur, face au capitaine idiot, cruel et suffisant de Gerhard Siegel. La folie du personnage est de plus en plus évidente, tout comme son côté presque illuminé (scène avec Andres et scène surréaliste face au docteur, scènes 2 et 4, acte I). L’interprétation du chanteur culmine dans l’extraordinaire mort de Marie où Wozzeck semble retrouver son calme sur un « tot » presque murmuré, à la fois effrayé et délivré.

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Waltraud Meier, Stuart Skelton
© Cory Weaver/Metropolitan Opera

Waltraud Meier retrouve avec Marie l’un de ses grands rôles et dessine une femme douce au cours d’un beau premier acte. La voix semble malheureusement fatiguée, défigurée par des aigus de plus en plus stridents au fur et à mesure de la représentation (« Heiland ! Ich möchte Dir die Füsse salben ! », acte III, scène 1), mais ces problèmes vocaux ne parviennent pas à entacher sa très belle prière à l’acte III.
Gerhard Siegel et Walter Fink sont tous deux excellents dans les rôles du capitaine et du docteur, ce dernier paraissant aussi fou que son patient lors de la quatrième scène du premier acte (« O mein Ruhm ! »).
Les rôles secondaires étaient aussi très bien tenus et les chœurs irréprochables pour cette représentation marquante d’une œuvre difficile.

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- New York
- Metropolitan Opera
- 16 avril 2011
- Alban Berg (1885-1935), Wozzeck, opéra en trois actes sur un livret d’après Büchner
- Mise en scène, Mark Lamos ; décors et costumes, Robert Israel ; lumières, James F. Ingalls
- Le capitaine, Gerhard Siegel ; Wozzeck, Alan Held ; Andres, Russell Thomas ; Marie, Waltraud Meier ; Margret, Wendy White ; le docteur, Walter Fink ; le tambour-major, Stuart Skelton ; les compagnons, Richard Bernstein et Mark Schowalter ; l’idiot, Philippe Castagner ; un soldat, Daniel Clark Smith ; un habitant, Raymond Aparentado ; l’enfant, John Albert
- The Metropolitan Opera Chorus. Chef des chœurs, Donald Palumbo
- The Metropolitan Opera Orchestra
- James Levine, direction






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