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Werther version baryton à l’Opéra de Paris

vendredi 27 mars 2009 par Karine Boulanger
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© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

Longtemps évoquée à titre de simple curiosité, la version pour baryton de Werther a connu depuis quelques années un regain d’intérêt, imposée tout d’abord par Dale Duesing en 1989 peu de temps après la découverte de la partition, par Thomas Hampson, puis reprise par d’autres interprètes, et semble en passe de s’inscrire, durablement peut-être, au répertoire.

Pourtant, faut-il vraiment parler de nouvelle version ? Mise au point à la demande de Mattia Battistini désireux de chanter l’œuvre et d’incarner le rôle complexe du poète, l’ensemble retravaillé par Massenet paraît plutôt se limiter à une réécriture de la ligne vocale du rôle de Werther exigeant une solide extension dans l’aigu, soutenue par un orchestre fourni mais ne couvrant jamais les chanteurs, restant très proche de l’original pour ténor. La juxtaposition des deux éléments (ligne vocale abaissée et orchestration peu retouchée) fonctionne la plupart du temps mais accuse parfois des limites (notamment à l’acte III) lorsque le rôle, plus bas, semble noyé par l’orchestre gardant des couleurs plus brillantes destinées primitivement à soutenir une écriture vocale plus haute.

Cependant, malgré ces particularités, le rôle du poète y gagne une sobriété bienvenue, loin de la frénésie suscitée par les aigus et les longues phrases tendues et fiévreuses auxquelles nous sommes habitués. On louera donc l’habile solution trouvée par l’Opéra national de Paris dans la difficile gestion des annulations de Rolando Villazón, initialement prévu sur toute la série des représentations, qui a consisté à proposer aux spectateurs une « version alternative », l’opéra disposant dans l’un des chanteurs de la distribution initiale d’un interprète connaissant le rôle dans sa seconde version.

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© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

Ludovic Tézier trouve en Werther un rôle qui met en relief toutes les qualités remarquées au fil des ans : beauté du timbre, qualité du chant, du phrasé et de la diction, homogénéité de la voix aux aigus aisés et jamais détimbrés. Le rôle du poète lui offre de plus le moyen de montrer ses talents d’acteur : l’allure naturellement digne et posée du chanteur, la sobriété de son jeu, conviennent particulièrement bien à ce rôle et à cette version moins brillante et démonstrative. En accord avec la mise en scène, Ludovic Tézier esquisse le portrait subtil d’un homme introverti, d’abord séduit par le cadre « idyllique » de la maison du bailli, puis renonçant avec difficulté à Charlotte, souffrant des attentions que lui portent Sophie et Albert (« Au bonheur dont mon âme est pleine », acte II), risquant le tout pour le tout en laissant libre cours à ses sentiments (« Ah ! Ciel ! Ai-je compris ? », acte III), puis renonçant presque sereinement à la vie. Sa déclamation des vers d’Ossian fut particulièrement réussie, chantée avec mélancolie, comme un rêve éveillé, puis avec fièvre.

Susan Graham, plus encore que lors des représentations précédentes, compose une Charlotte presque idéale, tiraillée entre le devoir et ses désirs, formant un couple plus équilibré avec ce Werther-baryton. La chanteuse paraît moins placide à l’acte I, laissant entrevoir une véritable inclination envers le poète et suggérant la difficulté de renoncer à ce rêve pour tenir le serment fait à sa mère. L’ensemble est exceptionnel, chanté d’une voix au timbre chaleureux, avec goût, refusant les effets faciles (notamment lors du duo de l’acte III) et avec une excellente diction. La voix est parfaitement homogène sur toute la tessiture, les aigus pleins et puissants, les graves naturels, jamais artificiellement gonflés. Tous les aspects du personnage imaginé par Massenet d’après le modèle de Goethe sont là avec ce côté conformiste, la douceur, la volonté de toujours bien faire qui peuvent agacer, mais aussi la passion et le courage de cette femme qui finit, trop tard, par suivre Werther (pour ensuite retourner bien sagement chez elle ?).

Le reste de la distribution ne démérite pas. On reprochera sans doute à Franck Ferrari une absence regrettable de legato (surtout perceptible aux actes I et II), quelques sons engorgés et une certaine absence de charisme qui relègue le personnage à l’arrière plan, sans jamais donner l’impression de danger que véhicule pourtant l’orchestre soulignant ses interventions. La Sophie de Adriana Kucerova est vocalement irréprochable, avec un joli timbre, une certaine fraîcheur qui sied au rôle, mais aussi une diction qui demande à être travaillée. Le trio formé par Alain Vernhes, Christian Jean et Christian Tréguier (respectivement le bailli, Schmidt et Johann) est parfaitement en place et assez truculent, les enfants n’appellent que des éloges.

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© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

Jean-François Verdier succédait à Kent Nagano à la tête de l’Orchestre de l’Opéra et, s’il propose une vision moins tendue et moins ouvertement dramatique de l’œuvre, il n’en réussit pas moins une lecture très équilibrée aux tempi larges, attentive aux nuances, aux changements d’atmosphère (préludes, transition au retour du bal délicatement amenée à la fin de l’acte I). L’ensemble se signale aussi par un sens évident du théâtre, utilisant à cet effet toutes les ressources fournies par la partition sans jamais tomber dans le piège d’un certain sentimentalisme que l’on a souvent reproché à tort ou à raison à l’œuvre de Massenet.

Finalement, le véritable événement de cette série de représentations de Werther aura été cette version pour baryton, hélas donnée dans un théâtre loin d’être rempli, et qui aurait sans aucun doute plus mérité les honneurs de la vidéo que la version originale.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 24 mars 2009
- Jules Massenet (1842-1912), Werther drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux, poème d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann
- Mise en scène, décors et costumes : Jürgen Rose ; lumières : Michael Bauer et Jürgen Rose
- Werther : Ludovic Tézier ; Albert : Franck Ferrari ; le bailli : Alain Vernhes ; Schmidt : Christian Jean ; Johann : Christian Tréguier ; Charlotte : Susan Graham ; Sophie : Adriana Kucerova ; Brühlmann : Vincent Delhoume ; Kätchen : Letitia Singleton - Maîtrise des Hauts-de-Seine et chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris. Chef des chœurs : Gaël Darchen
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Jean-François Verdier , direction











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