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Werther sans Werther

lundi 9 mars 2009 par Karine Boulanger
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© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

La presse musicale s’est suffisamment fait l’écho ces dernières semaines des difficultés vocales et des annulations de divers engagements de Rolando Villazon pour que n’éprouvions pas le besoin de trop épiloguer sur la question.

Il suffira de constater que le ténor mexicain semble effectivement en difficulté, la voix ayant perdu en volume. Si le timbre est intact dans le médium, les aigus sont négociés avec précaution, souvent écourtés ou transposés, paraissant comme vidés de toute substance. Il est évidemment presque impossible de dissimuler ou de composer dans un tel rôle qui demande une grande ampleur. Le chanteur arrive au bout du rôle, musicalement, mais, est-ce dû aux problèmes techniques rencontrés tout au long de la représentation, le personnage ne semble qu’esquissé et ce n’est pas la diction incompréhensible du ténor qui aura aidé le public à ressentir de l’empathie avec le héros.

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© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

Malgré cette réserve de taille sur la représentation d’un opéra qui repose en très grande partie sur le rôle titre, la soirée aura renfermé de grandes beautés. Tout d’abord en raison de la présence de Susan Graham qui campe peut-être une Charlotte un peu trop mûre, trop placide aux premier et deuxième actes, mais qui semble se métamorphoser au troisième, après un air des lettres particulièrement sensible et émouvant, sachant doser les effets dramatiques. Le rôle est superbement chanté, d’une voix ronde et chaude, capable de belles nuances, avec un français excellent. Il est regrettable que le couple qu’elle forme avec Rolando Villazon soit si déséquilibré. Ludovic Tézier fait valoir la beauté de son timbre, sa retenue naturelle et son élégance pour incarner un Albert plus tendre qu’à l’accoutumée au premier acte. On peut simplement regretter la violence inutile envers Charlotte qu’exige de lui le metteur en scène au troisième acte, la tension suggérée par la musique suffisant amplement, semble-t-il, à montrer l’évolution du personnage. Adriana Kucerova est une Sophie charmante, enjouée et mutine, dotée d’un beau timbre aux aigus lumineux. Il ne lui reste qu’à parfaire sa diction pour être impeccable. Citons encore Alain Vernhes, toujours parfait, à l’autorité bonhomme dans le rôle du bailli et les deux compères Schmidt et Johann incarnés avec justesse par Christian Jean et Christian Tréguier.

L’orchestre était dirigé par Kent Nagano qui livre une lecture « allégée » de l’opéra de Massenet, assez sombre et tendue, mettant en relief les différents pupitres, veillant à ne pas accentuer le côté mélodramatique que peut parfois prendre l’ouvrage, mais sans pour autant renoncer à tout lyrisme. Les chœurs d’enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine et de l’Opéra national de Paris n’appellent que des éloges.

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© Bernd Uhlig / Opéra national de Paris

La production présentée sur la scène de l’Opéra Bastille a été créée à Munich en 2006. Sans être exceptionnelle, elle fonctionne assez bien, conçue autour de l’idée de la névrose de Werther, isolé parmi ses livres sur son rocher au centre du plateau, les murs et le rideau étant couverts de brouillons de poèmes. En contrebas, sur un plateau tournant, prennent place les membres de la famille du bailli saisis dans leur vie quotidienne tels qu’ils semblent imaginés et créés de toutes pièces par l’esprit du poète. Les actes III et IV sont plus sombres, tous les éléments pittoresques étant évacués pour recentrer le drame sur Charlotte qui occupe toutes les pensées du héros. Les murs et le sols sont envahis de brouillons, de textes raturés, d’exclamations, l’ensemble donnant une impression d’étouffement et d’emprisonnement. L’action est transposée dans les années 1930 et la direction d’acteurs, sans proposer quoi que soit qui sorte de l’ordinaire, est efficace.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 06 mars 2009
- Jules Massenet (1842-1912), Werther drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux, poème d’Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann
- Mise en scène, décors et costumes : Jürgen Rose ; lumières : Michael Bauer et Jürgen Rose
- Werther : Rolando Villazon ; Albert : Ludovic Tézier ; la bailli : Alain Vernhes ; Schmidt : Christian Jean ; Johann : Christian Tréguier ; Charlotte : Susan Graham ; Sophie : Adriana Kucerova ; Brühlmann : Vincent Delhoume ; Kätchen : Letitia Singleton
- Maîtrise des Hauts-de-Seine et chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris. Chef des chœurs : Gaël Darchen
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Kent Nagano, direction






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