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Virtuose, presque avec une âme

dimanche 30 mars 2008 par Théo Bélaud
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Myung Whun Chung
DR

Nous retrouvions hier le Philharmonique de Radio France, cette fois avec son directeur Myung Whun Chung, dans un programme ambitieux : deux grands "classiques" du XXe siècle, faisant la part belle à la démonstration de qualités instrumentales. Il en faut néanmoins plus pour offrir de grands Concerto pour Violon de Stravinsky et Concerto pour Orchestre de Bartok : une attente partiellement comblée.

Devant, à nouveau, une Salle Pleyel pas franchement comble, la soirée s’ouvrait assez logiquement par un petit concerto pour percussion, celui de Graciane Finzi, composé en 1999. Ce n’est en fait pas exactement un concerto pour percussion, mais un concerto pour timbales (cinq), augmentées de tambours en peaux et d’une cymbale suspendue. L’oeuvre se veut manifestement figurative, par l’ajout de « seconds solistes » (clarinette basse et les deux violoncelles solistes dialoguant), développant des motifs obstinés, fixes et oniriques, supposés illustrer une corne de brume dans le désert. On peut regretter que Finzi n’ait pas exploité cette idée pour faire de sa partition un véritable concerto grosso, car le résultat final oscille entre les genres sans se déterminer vraiment, et sans qu’une forme clairement exposée n’émerge. En définitive, c’est un plaisant quart d’heure de musique qu’on a malgré tout tôt fait d’oublier. Ce n’est pas lui faire injure que de dire qu’avant Stravinsky et Bartok, il eut été judicieux de faire entendre pour la première fois à Paris Der Gerettete Alberich de Christopher Rouse [1]., page éminemment accessible et bien plus riche et développée... y compris pour le percussionniste solo (excellent Adrien Perruchon au demeurant).

Venait ensuite le Stravinsky. Profitons de l’occasion pour dire que cette page est encore trop peu jouée en regard d’autres chef d’oeuvres du compositeur, et qu’il fait partie des très grands concertos pour violons du XXe siècle, et que, comme celui de Britten par exemple mériterait d’être aussi aimé et reconnu que ceux de Berg ou Chostakovitch. Nous n’avons donc pas boudé notre plaisir d’entendre Sayaka Shoji livrer une exécution solide et le plus souvent juste (au sens strict) de l’oeuvre, ce qui ne va déjà pas de soi. Elle n’est peut-être pas la plus habitée des solistes dans ce répertoire, mais elle le défend sérieusement et sait faire un sonner son très beau Stradivarius Joachim de 1715. Le sommet spirituel de cette page, la seconde Aria, atteignait une relative plénitude (mais la croche était-elle vraiment à 48 ?). Toute la difficulté de ce concerto est néanmoins de transcender sa froideur de surface pour en extraire non seulement les pastiches et les grimaces mais l’intensité dramatique. Cela suppose un accompagnement particulièrement transparent et tranchant à la fois. Or, nous avons eu la confirmation du principal (quoique relatif) talon d’Achille de l’OPRF : sa petite harmonie, peinant ici à prendre sa part du discours serré de la Toccata initiale [2]. Chung imposait peut-être aussi un tempo un peu forcé dans le Capriccio, mettant davantage en difficulté les mêmes pupitres par une battue peu engagée [3]. Les cuivres donnaient en revanche globalement satisfaction. Tout cela tendait à se confirmer par la suite.

L’Introduzione du concerto de Bartok laissait augurer des meilleurs auspices. On avait enfin l’occasion d’entendre la confirmation de ce que laissait voir le concert Bruckner de Järvi : les cordes de l’OPRF sonnent et savent faire du « grand son ». Cela allait se confirmer tout au long du concerto, aussi tirons nous notre chapeau à elles toutes et à l’encore excellent Svetlin Roussev au poste de konzertmeister. De surcroît, Chung s’impliquait davantage et maîtrisait bien les changement de tempo du mouvement [4]. Les cuivres, vraiment en grande forme, emballaient glorieusement la conclusion. Malheureusement, les problèmes de petite harmonie déjà évoqués ne manquaient pas de réapparaître dans le Giuoco delle Copie. A l’exception d’une belle clarinette solo, la même impression de timidité, de brouillard sonore parfois, en définitive d’absence de certitude et d’élan collectif [5]. Cela ne pardonne guère dans cette page, de même pour le début de l’Elegia - heureusement, les cordes s’illustraient à nouveau magnifiquement dans la section centrale [6], a contrario des harpes, peu audibles, ce qui est... fâcheux. Mais moins fâcheux que le pénible solo de piccolo dans les dernières mesures...

Tout le monde reprenait un peu de poil de la bête dans l’Intermezzo interrotto, avec notamment un superbe pupitre d’alto pour son passage à nu, juste ! [7] Le hautbois solo s’affirmait enfin. Ouverts par de très vigoureux cors (au football, on dirait virils mais corrects), le Finale a fait d’abord un peu peur, Chung retombant manifestement dans l’attentisme d’une battue molle. Être attentiste à l’entame de cette page est tout de même étrange ! Et pourquoi diable les altos posent-ils leurs archets comme demandé par Bartok et pas les violoncelles ?! Cela ne fait pas très sérieux. Mais passé cette exposition délicate, les choses s’arrangeaient, toujours grâce au brio étonnant de tous les pupitres de cuivres [8], et malgré une réexposition désordonnée des bassons qui laissaient traîner bien des notes [9]. Très brillante conclusion, succès respectable assez mérité. Globalement, le piège de l’heure et demi de démonstration virtuose gratuite aura été évité.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 28 Mars 2008
- Graciane Finzi (1945) :Brumes de Sable , concerto pour percussion ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Concerto pour Violon en Ré ; Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour Orchestre
- Adrien Perruchon, timbales
- Sayaka Shoji, violon
- Orchestre Philharmonique de Radio France
- Myung Whun Chung, direction

[1] Lequel a été en revanche joué à Bordeaux ! Nous y étions.

[2] Dès l’exposé, quand les hautbois prennent la suite des trompettes, après le chiffre 2, ou à la conclusion, le stacatissimo du 3e basson, 3 mesures après 50.

[3] Par exemple aux chiffres 112 à 114, flûtes pour le moins timides voire approximatives.

[4] I, mesures 63-76, 205-216, 231, etc.

[5] Par exemple, nous n’avons pas du tout entendu la multitude d’indications dynamiques et stylistiques de Bartok aux flûtes (II, M 60-83), et le reste à l’avenant.

[6] III, M 43 et suivantes, puis M 93 et suivantes.

[7] IV, M 43 et suivantes.

[8] Avec une véritable démonstration : V, M 565-587, cela ne se refuse pas !











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