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Viardot à l’honneur !

lundi 17 mai 2010 par Pierre Philippe
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@ P. Schmidt / Musée d’Orsay

A l’heure où la Cendrillon de Rossini fait partie du répertoire de nombre de maisons d’opéras, où celle de Massenet semble en pleine renaissance vu le nombre de productions récentes, le Musée d’Orsay nous propose une double découverte : celle de ce petit opéra-comique ainsi que celle de la compositrice Pauline Viardot. Cette initiative est tout à l’honneur du Musée, mais aussi du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. L’Opéra-Comique, qui devait présenter pour deux soirées l’œuvre au mois de février avait quant-à lui changé d’avis au dernier moment. Et pourtant… cette œuvre conçue principalement pour être jouée dans le cercle d’amis de la grande cantatrice possède de grandes qualités qu’il est heureux de ne pas oublier !

Les premiers renseignements que l’on trouve sur Pauline Viardot ne sont pas ceux qui montrent l’étonnante personnalité et l’artiste qu’elle était. En effet, elle est tout de suite qualifiée de « sœur de La Malibran », ou encore de « maîtresse de Tourgheniev » (affirmation qui reste à prouver, leur relation ayant plutôt été platonique selon ses biographes). Et pourtant c’est la restreindre à bien peu de chose : cette femme, fille du grand ténor et pédagogue Manuel Garçia (créateur du rôle d’Almaviva et pour qui Rossini composa le fameux air « Cessa du piu resistere »), jouera un rôle rare pour une cantatrice dans le domaine culturel européen de l’époque.

Elève de Franz Liszt, elle devient une pianiste très douée, se tournant vers la carrière de virtuose. Mais sa sœur meurt en pleine gloire et Pauline va devoir prendre la relève de la famille Garçia. La Malibran était sur scène une immense chanteuse et interprète, mais sa sœur Pauline l’égalera voire même la dépassera pour des rôles comme Desdemone dans l’Otello de Rossini selon des critiques de l’époque. Car Pauline Viardot était plus qu’une simple chanteuse : elle possédait la technique inculquée par son père, lui permettant d’affronter les difficultés les plus ardues, tout en chantant dans tous les registres de la voix féminine. A ces capacités vocales étonnantes, elle ajoute une culture littéraire et historique lui permettant de créer de véritables personnages tragiques : elle s’imprégnait du personnage, faisant avant toute prise de rôle des recherches historiques dans le cas où le personnage avait existé. Grande voyageuse, elle va rencontrer les plus grand musiciens de son temps, et elle les recevra dans son salon parisien, lieu où il fallait être à l’époque. Dans ce salon, on parle bien sûr de musique, mais aussi de tous les arts et même de politique : Pauline n’était pas une grande amie de George Sand pour rien ! Malgré cette grande reconnaissance de son vivant, elle restera très discrète sur ses propres compositions (mélodies pour la plus grande partie) au grand désespoir de Saint-Saëns.

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@ P. Schmidt / Musée d’Orsay

Cendrillon a été composée alors qu’elle avait pris sa retraite à Baden-Baden, faisant salon chez elle et présentant de petits ouvrages composés pour l’occasion. Ainsi cet opéra-comique a été créé dans ce salon, chanté par les filles et les amis de l’ancienne cantatrice, elle-même se trouvant au piano, sous les regards des plus grands de ce monde acceptés dans ce lieu de culture.

Ce soir, c’était donc une sorte d’hommage à cette grande cantatrice, mais aussi compositrice et pianiste exceptionnelle. Pour rester dans l’esprit de l’opéra de salon, Cendrillon ne demande pas une réalisation impressionnante. Dans cette optique, la mise en scène proposée est plutôt bien vue, avec de bonnes idées (l’apparition des meubles par exemple) mais aussi quelques lourdeurs (les deux sœurs jouant continuellement avec leurs poupées par exemple). On se demande aussi quel est l’intérêt de ce prélude où l’on assiste à un cours de chant. Cela fait même craindre une adaptation de la partition comme cela se fait souvent, mais il n’en sera rien. Les seules modifications de la partition seront la suppression d’un grand air de bravoure chanté par une invitée du bal, et l’insertion dans ce même bal de mélodies de différents compositeurs : Pauline Viardot bien sûr (Les Bohémiennes), Saint-Saëns (El deschichado) et Fauré (Tarentelle). De même, une autre mélodie de Pauline Viardot (sur un texte de Feth) est dévolue au Baron au début troisième acte. Mais cette insertion dans le bal est tout à fait normale et prévue par la partition : alors que la tradition voulait que ce soient des compositions de Viardot qui soient ici chantées, on entendra en plus des mélodies de contemporains. La partition montre à quel point Pauline Viardot a été présente pendant plus de 60 ans dans le domaine créatif musical, sachant s’inspirer des différents mouvements musicaux qui se sont suivis pour nous en donner une interprétation personnelle et réfléchie : on ne peut pas ne pas penser à Chopin ou Rossini par exemple durant certains passages.

Réunissant des étudiants du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, la distribution se montre très fraîche et joyeuse. Tous montrent beaucoup d’entrain et déjà une bonne solidité dans la voix. Bien sûr, on pourra chipoter sur les graves de Hasnaa Bennani (Maguelonne), les forte moyennement contrôlés de Xavier de Lignerolles ou encore le manque de légèreté du Prince de Chi Zhe. Le Baron de Hovhannes Asatryan quant à lui mérite bien des éloges pour sa belle voix de basse. Il faut ensuite saluer les deux sopranos principales : Sabine Devieilhe nous propose une voix de soprano légère vraiment intéressante, possédant une technique très solide, des aigus pleins et beaux et une vocalisation très juste. Mais c’est Chloé Briot qui fait la plus grosse impression : la voix est très belle, jeune et fraîche, créant une Cendrillon plus vraie que nature, charmante et piquante. A noter que ces deux derniers rôles demandent de très bonnes chanteuses : n’oublions pas que les voix qui devaient chanter ces rôles avaient été formées à l’école Garçia… Aussi, la technique se doit d’être très solide pour pouvoir briller et passer les embûches proposées.
L’accompagnement d’Emmanuel Olivier montre beaucoup de subtilités et de métier, accompagnant les chanteurs sans décalages et faisant briller les différents joyaux que contient la partition.

Au final, une belle soirée, qui permet de réhabilité une personnalité majeure mais peu connue du monde musical de son époque. Pauline Viardot n’a pas la renommée de La Malibran et pourtant tous ses contemporains s’accordent à dire qu’elle n’en avait pas moins de talent sur scène. Et à celui-ci s’ajoutait une grande érudition et une grande implication dans la vie musicale de son époque. Pour plus de renseignements, une biographie est sortie chez Grasset, écrite par Patrick Barbier. Elle nous donne une vision passionnante de la femme, de la cantatrice ainsi que du monde dans lequel elle évolua pendant près d’un siècle.

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- Paris
- Auditorium du Musée d’Orsay
- 04 mai 2010
- Pauline Viardot (1821-1910), Cendrillon, Opéra Comique en trois actes
- Mise en scène, Emmanuelle Cordoliani ; scénographie, Jane Joyet ; costumes, Sonia Bosc ; lumières, Bruno Bescheron
- Cendrillon, Chloé Briot ; Le Baron de Pictordu, Hovhannes Asatryan ; Armelinde, Johanna Brault ; Maguelonne, Hasnaa Bennani ; La Fée, Sabine Devieilhe ; Le Prince charmant, Chi Zhe ; Le Comte Barugoule , Xavier de Lignerolles
- Emmanuel Olivier, direction et piano






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