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Varèse et uniquement Varèse

jeudi 8 octobre 2009 par Thomas Rigail
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Edgar Varèse
DR

Pour cette seconde moitié de l’intégrale de la musique d’Edgar Varèse donnée à la Salle Pleyel, nous pourrions presque faire un copier/coller de notre critique du soir précédent tant les qualités (musicales) et les horreurs (visuelles) furent exactement les mêmes.

Nous ne nous attarderons pas sur les images de Gary Hill : elles étaient du même niveau que le soir précédent, c’est à dire insipides et insignifiantes, et leur réalisateur sera copieusement hué à la fin du concert. A noter quand même que les chèvres ont remplacé les moutons : nous laissons chacun méditer sur ce fait. A noter également que la seule pièce qui ait été accompagnée d’images projetées lors de sa création, Poème électronique, était diffusée dans le noir. Les mystères de la création, sans doute, et bis.

Musicalement, ce fut également, et heureusement, du même niveau que le soir précédent. Nocturnal montre une Anu Komsi, dans un costume un peu moins ridicule que le soir précédent, plus à son aise dans les registres schizophrènes de la pièce que dans Un grand sommeil noir, et soutenue par un chœur (Capella Amsterdam) et un orchestre qui se glissent habilement dans les couleurs mystérieuses de la partition. Arcana débute sur un tempo un peu trop rapide et l’ensemble, toujours dans la force, manque peut être un peu de subtilité dans le détail, mais la couleur, le dessin des plans orchestraux et la vigueur de l’orchestre restent remarquables malgré la taille de l’effectif. La direction de Peter Eötvös s’affine dans les œuvres pour ensembles de la deuxième partie, avec notamment l’Étude pour espace, pièce préparatrice à la pièce Espace qui accompagnera longtemps Varèse dans sa quête de nouveaux sons et de nouvelles manières de penser la musique mais qui restera inachevée, les esquisses étant plus tard intégrées à Déserts. Étude pour espace est donnée ici en création française : à l’origine réduite à deux pianos et six percussions faute de trouver l’orchestre envisagé par Varèse, elle a été réorchestrée par son assistant, Chou Wen-Chung. Issue des mêmes réflexions sur la spatialisation du son que Déserts, l’œuvre est du pur Varèse et une belle addition au catalogue limité des œuvres du compositeur - du reste, il est étonnant que la version originale n’ait pas encore été enregistrée puisqu’elle fut dirigée par Varèse de son vivant. Les autres œuvres permettront d’apprécier les talents individuels des instrumentistes : les percussionnistes de l’ensemble Asko/Schönerg dans Ionisation, Jeannette Landré à la flûte pour Density 21.5... Que dire de plus quand la qualité d’exécution est aussi constante durant tout le concert ?

Le ratage intégral que constitue la volonté - réelle intention artistique, idée tenace que la musique de Varèse est absconse pour le public, ou, pire encore, impression que cette musique ne peut évoluer qu’au sein de stéréotypes du spectacle de la modernité ? - de transformer ces deux concerts en spectacle total, ratage non pas de principe mais entièrement dû à l’inanité du travail de Gary Hill qui renvoie aux pires heures de l’art vidéo et à ce qu’il peut présenter de plus prétentieux, vide et laid, ne doit pas détourner de ce qui devra rester dans les mémoires, à savoir l’excellente qualité musicale de l’exécution et la chance de pouvoir apprécier en salle cette grande musique jusque dans ses œuvres les plus rares.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 04 octobre 2009
- Edgard Varèse (1883-1965), Nocturnal ; Arcana ; Ionisation ; Ecuatorial ; Density 21.5 ; Étude pour espace ; Dance for Burgess ; Déserts ; Poème électronique
- Gary Hill, création images, mise en espace
- Anu Komsi, soprano
- Asko/Schönberg ensemble
- Orchestre Philharmonique de Radio France
- Peter Eötvös, direction











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