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Valery Gergiev et le Mariinsky en tournée : Tchaïkovski à Luxembourg

mercredi 27 janvier 2010 par Richard Letawe
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© Philharmonie de Luxembourg

L’Orchestre du Théâtre Mariinsky et Valeri Gergiev son chef emblématique sont en ce moment en tournée en Europe occidentale, jouant notamment trois soirs à Paris pour donner l’intégrale des symphonies de Tchaïkovski, deux fois à Bruxelles, et ce samedi soir à la Philharmonie de Luxembourg.

La Symphonie « Rêves d’hiver » de Tchaïkovski pour débuter, dans une interprétation intéressante, mais assez inégale, et donnant l’impression d’un certain manque de finition. C’est surtout le cas dans le premier mouvement, où l’orchestre est plutôt imprécis, et où le chef semble suivre le mouvement plutôt que de le mener, sans conception bien arrêtée, enchaînant les épisodes à la file. Les cordes de l’orchestre sont très âcres et dérapent quelque fois, avec une mention particulière pour des altos pauvres de sonorité et sans caractère, les bois sont crus et trop en dehors, le timbalier est timide. A part quelques belles interventions des flûtes, quelques phrases inspirées des violoncelles, il ne se passe rien de très notable dans cette lecture sans mystère et sans frémissement. Ce sont les mouvements pairs qui soutiennent l’attention avec un Adagio fiévreux et inquiet, aux phrasés pleins de relief, et aux détails bien dosés. L’émotion semble légèrement surjouée dans la deuxième partie, mais il s’y passe au moins des choses intéressantes, et les bois y font preuve de caractère. Les cors également, un peu rustiques, mais au chant généreux font honneur à leur partie.

Il est dommage que le chef retombe dans ses travers dans le troisième volet, n’en proposant qu’un survol chic et choc, usant de tempi trop rapides, pour un résultat machinal et sans grâce. Rondement mené, le finale est assez excitant. Malgré des épisodes fugués un peu laborieux, l’orchestre y retrouve toute la verve nécessaire, et le chef sait y être énergique et vivant, tout en restant sobre et efficace.

Avec la Symphonie Pathétique, Valeri Gergiev se confrontait au souvenir encore vif de la récente version qu’en avait donnée Vladimir Jurowski à la tête du London Philharmonic, une exécution mémorable, profondément vécue, à la sobriété et à la sensibilité extraordinaires. La version de ce soir joue sur un tout autre registre, est moins profonde et sensible, mais reste d’une grande qualité et propose une conception très convaincante.

C’est une lecture virtuose et spectaculaire qui est donnée par Valeri Gergiev et son orchestre, qui restent un peu à la surface de la musique, mais qui sont admirables de cohésion et de brio dans un premier mouvement plein de caractère, où la sonorité typée des cuivres, la chaleureuse présence des cordes, le relief des phrasés sont très séduisants. Gergiev use beaucoup du rubato dans l’Allegro con grazia, où il ne sollicite pourtant pas le texte, mais reste toujours léger et charmeur, avant de laisser la parole à une formidable décharge d’artillerie cuivrée dans un troisième mouvement très excitant.

Jusque là brillante mais un peu anecdotique, la symphonie est couronnée par un Adagio final en forme de coup de tonnerre, un véritable cri de douleur et de révolte, à la passion dévorante et aux sentiments exacerbés. Ce brûlot éclaire rétrospectivement les mouvements précédents, et donne une grande cohérence à cette lecture extravertie de la Symphonie Pathétique, qui restera certainement comme l’un des grands moments de cette saison luxembourgeoise.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 23 janvier 2010
- Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonies n°1 en sol mineur « Rêves d’hiver » Op.13 ; n°6 en si mineur « Pathétique » Op.74
- Orchestre du Théâtre Mariinsky
- Valery Gergiev, direction






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