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Valery Gergiev et le LSO à Pleyel : de l’existence de l’âme slave ?

lundi 5 octobre 2009 par Thomas Rigail
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Valery Gergiev
DR

Ce deuxième concert du week-end, avec ses contradictions et ses réussites, ne donnera guère de réponses aux questions que l’on peut se poser face à Valery Gergiev : qui est donc ce chef, et que veut-il ?

Valery Gergiev et le London Symphony Orchestra avaient déjà donné le 1er avril 2007 La mer de Debussy, et certains avaient pu croire à un poisson d’avril. Il est certain que ceux-ci n’auront pas changé d’avis ce soir car si la finition orchestrale est supérieure et la direction mieux tenue dans ses choix, les intentions n’ont pas vraiment changé : ici, pas de recherche du beau son ni d’une quelconque subtilité orchestrale mais un investissement de la partition rustre, un peu vulgaire, qui intègre à la limite de la complaisance une absence de raffinement dans les contrastes dynamiques, les choix de tempos extrêmes dans les passages lents (le « presque lent » au chiffre 13 est plutôt un « lentissime ») et les sonorités orchestrales, plus proche de la fantaisie un peu sauvage de Rimsky-Korsakov que du bon goût à la française qui accompagne une certain idée de la musique de Debussy. Il y a là, dans les contrastes dynamiques, les choix de tempos, les phrasés, une brutalité de traitement, une absence de subtilité qui fera que cette interprétation sera uniment rejetée par certains. Est-elle pour autant hors de propos ? On sait que la mer de Debussy a toujours été pour lui plutôt le maelström de flammes et de bleus de Turner que la paisible mare des impressionnistes français. On connaît également l’influence des musiciens russes sur Debussy, certes sans que l’on sache très bien la place de Rimski-Korsakov dans cette influence. L’œuvre est placée sous le patronage de la musique de la fin du XIXème siècle pour une interprétation plus narrative qu’éthéré, plus tempétueuse que sensuelle.

Evidemment, le résultat est ambivalent : si les cors sonnent parfois comme à la foire et si la direction cède dans les climax (surtout celui du premier mouvement) au pompeux, le deuxième mouvement, avec ses timbres âpres, ses motifs s’entrechoquant et l’investissement de la direction dans le mouvement, est un jeu plutôt terrestre que marin allant parfois jusqu’au brutal, le début du dialogue du vent et de la mer a rarement paru aussi menaçant, et tout le passage au chiffre 54 - pris très lentement -, s’emplit d’une tension inhabituelle. En un sens, ce genre d’interprétation, malgré ses ratages et ses approximations, est bon pour une œuvre comme La mer, car il rappelle qu’elle n’est pas une œuvrette lisse dédiée au beau son et à une vague idée de l’évanescence, mais que son contenu dépasse ce qu’une vision un peu trop univoque de la musique Debussy pourrait laisser entendre.

Là où Gergiev dans la onzième symphonie de Chostakovitch livrait une lecture rapide, spectaculaire et pas vraiment fine, il donne de la huitième une version volontairement désincarnée et rejetant le pathos, avec des choix parfois curieux. Orchestre allégé, désengagement du phrasé, débordements sonores contrôlés : ce refus d’en rajouter dans le drame contredit des choix inhabituels, comme celui de réduire à presque rien le silence à la troisième mesure du largo. Le plus réussi est sans doute le premier mouvement : équilibré et bien construit, il permet de faire entendre un orchestre en grande forme, imposant sans être massif et coloré sans céder au « beau son ». Le climax au chiffre 31 manque peut être un peu de mordant mais le solo de cor anglais, déjà remarqué le soir précédent, qui suit est superbe. La suite est plus ambivalente : sans céder à un spectaculaire superficiel, les deux mouvements suivants apparaissent lissés, presque objectifs, et un peu vidés de contenu expressif. Ce Chostakovitch « dés-affecté », qui prend à contre-courant les attentes, ne manquera pas d’intéresser, surtout venant d’un Gergiev que l’on aurait pu craindre dans la démonstration de puissance, mais perd en force à cause d’un orchestre aux individualités instrumentales fortes mais qui manque de la sécheresse dont sont capables les orchestres russes. Le dernier mouvement est le plus problématique : souvent plus lent que les tempos de la partition, le mouvement apparaît déstructuré et pose les limites des choix du chef. Pris entre un désengagement général et des entorses à la partition, la direction n’est pas tout à fait aboutie, à l’image finalement de ces deux concerts qui auront intrigué plutôt que convaincu.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 27 septembre 2009
- Claude Debussy (1862-1918), La Mer
- Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Symphonie n°8 en ut mineur op. 65
- London Symphony Orchestra
- Valery Gergiev, direction











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