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Valeriy Sokolov : Paysages austères

jeudi 29 avril 2010 par Carlos Tinoco
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Valeriy Sokolov
© Stéphane Pinter

Le concert de ce dimanche était placé sous le signe de l’éruption volcanique islandaise. Ayant rejoint Paris difficilement, Valeriy Sokolov a du au dernier moment se passer de sa complice habituelle, Svetlana Kosenko, remplacée au pied levé par Ilia Rachkovski. Si le jeune pianiste russe n’a pas démérité, faisant montre d’un très beau toucher, il est évident qu’on ne pouvait attendre que le jeu de l’un ou de l’autre se déploie en toute liberté. On prendra donc avec précaution les remarques qui vont suivre.

Valeriy Sokolov, jeune violoniste ukrainien de 23 ans, ayant parachevé sa formation à Londres, arrive précédé d’une réputation flatteuse et bardé de lauriers aux concours internationaux. On sait assez avec quelle prudence il faut accueillir ces distinctions pour saluer comme elles le méritent les qualités bien réelles de cet interprète. Maîtrise technique, rigueur du geste interprétatif, sècheresse et intensité de la sonorité, Sokolov est bien un représentant de ce qui fut un jour l’école soviétique, celle d’un Oïstrakh ou d’un Kogan. Que le nom de ce dernier vienne à l’esprit pour évoquer l’ardeur et l’intransigeance avec laquelle Sokolov attaque la moindre note, c’est dire à quel niveau on se situe. Dans ce Schubert, pas de joliesse mais du feu, de la glace ou de l’acier. C’est intimidant, mais c’est aussi un engagement risqué. Car il y faut un très grand lyrisme pour qu’on n’ait jamais l’impression de raideur. C’est là que le concert de ce dimanche n’a pas toujours été satisfaisant. Est-ce parce que Sokolov et Rachkovski se découvraient ? Toujours est-il que leur Schubert notamment nous a laissé sur notre faim.

Il faut avouer que les partitions pour piano et violon de celui-ci sont redoutables car d’apparence anodine et nombre d’interprètes n’en ressortent que le caractère mineur. En outre Julia Fischer et Martin Helmchen ont placé la barre très haut. Elle paraît encore inatteignable pour Sokolov, a fortiori quand les conditions sont contraires. Mais, si la hauteur de vue et l’absence d’effets sont comparables à celles de l’allemande, il manque au violoniste ukrainien cette souplesse d’archet qui permet d’aller droit à l’essentiel sans perdre en musicalité.

Cette limite a été moins sensible dans les œuvres de Prokofiev. Valeriy Sokolov y a fait montre d’un lyrisme fougueux qui convient parfaitement à la première sonate. Il y a été soutenu en outre par un excellent Ilia Rachkovski qui a su utiliser tout l’ambitus dynamique de son clavier sans jamais détimbrer. Le contraste entre la sauvagerie du deuxième mouvement et la délicatesse du troisième, jamais évident à articuler, l’a été magnifiquement par les deux partenaires. C’est dans le finale qu’on a ressenti à nouveau les limites de la complicité entre Sokolov et Rachkovski, déjà aperçue dans les mélodies de l’op. 35 : là où les changements de registre doivent se succéder à grande vitesse, quand l’humour et la fantaisie doivent jaillir du dialogue entre les deux instruments, on s’est souvenu des impondérables qui ont pesé sur ce concert.

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- Paris
- Théâtre du châtelet
- 18 avril 2010
- Franz Schubert (1797-1828), Grand Duo pour violon et piano en la majeur op.162 D.574
- Serge Prokofiev (1891-1953), Cinq Mélodies op. 35 bis ; Sonate pour violon et piano n°1 en fa mineur op. 80
- Valeriy Sokolov, violon
- Ilia Rachkovski, piano











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