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Une matinée avec Messiaen et Bach à Saintes

jeudi 17 juillet 2008 par Benoît Donnet
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Daniel Reuss
DR

Ce midi à l’Abbaye aux Dames, le concert associait quatre pièces pour orgue d’Olivier Messiaen, exécutées par Thomas Lacôte, à une cantate et à un motet de Bach, interprétés tous deux par Daniel Reuss et le chœur qui avait ouvert le festival jeudi dernier.

Pour ouvrir ce concert matinal, l’organiste Thomas Lacôte donnait, du fond de l’abbatiale, peu visible par le public, quatre extraits d’œuvres pour orgue d’Olivier Messiaen. La première d’entre elles était tirée de l’Ascension : il s’agissait de Majesté du Christ demandant gloire à son père , pièce méditative et émouvante, bien qu’un peu convenue. La deuxième était nettement plus intéressante : extraite de la Nativité du Seigneur , les Bergers est harmoniquement fascinante ; tout le monde spirituel et mystique du compositeur français y est condensé dans une synthèse aussi concentrée que captivante pour l’auditeur, et le timbre de l’orgue y est exploité avec une grande originalité. Suivait un morceau des Corps glorieux , moins abouti musicalement parlant, mais néanmoins fort agréable à entendre, lyrique et doux ; et enfin, deux extraits du Livre des Saints-Sacrements concluaient cette compilation Messiaen que l’organiste Thomas Lacôte, avec un style remarquable de couleurs et de poésie, a fort bien exécutée.

Mais l’essentiel du concert était consacré à Jean-Sébastien Bach, lequel mobilisait, à travers son motet « O Jesu Christ, mein Lebens Licht » BWV 118 et sa cantate « Herr, gehe nicht ins Gericht mit deinem Knecht » BWV 105, le chœur du Collegium Vocale de Gand sous la direction de Daniel Reuss, un petit orchestre à cordes agrémenté d’une flûte à bec, et quatre solistes. A ce sujet, précisons que deux d’entre eux avaient été modifiés à la dernière minute : Dorothee Mields et York Felix Speer, malades, ont été remplacés respectivement par la soprano Katharine Fuge et le baryton Thomas Bauer.

Il faut bien dire que la prestation de ces interprètes, qui avaient été excellents dans Haendel au concert d’ouverture, a moins su nous convaincre aujourd’hui. Si la direction de Daniel Reuss est toujours aussi précise dans ses mouvements et attentive, l’orchestre à cordes nous a semblé plus raide, plus acide que la dernière fois, cela étant peut-être dû à l’absence totale de vibrato ; et surtout le chœur nous a déçu : il n’a pas retrouvé l’extrême précision qu’on lui avait trouvé dans Bruckner et Haendel, et surtout, il a manqué de puissance et de corps, donnant l’impression d’un son assez confus et étriqué, même si à bien y entendre, chaque section n’avait pas à rougir de sa performance. C’est une certaine cohésion d’ensemble qui a fait défaut, et la prononciation approximative, quelques défauts de justesse et une carence dans l’équilibre des sections – si admirable dans Bruckner samedi soir – ont rendu cette prestation décevante, d’autant plus que l’on sait le niveau de ce chœur exceptionnel.

Très sensibles dans le motet, ces défauts ont été moindres dans la cantate, où Daniel Reuss a su insuffler plus d’énergie et d’ardeur à ses troupes. Par ailleurs, les solistes n’ont pas démérité, à part Jan Kobow, ténor décevant par son manque de puissance – sa voix, au timbre agréable mais insuffisant, s’est noyée dans le flot de l’orchestre. Le baryton Thomas Bauer, au vibrato et à la puissance impressionnantes, s’est révélé merveilleux pour le peu que l’œuvre de Bach lui a permis de s’illustrer ; Damien Guillon, l’alto, a été convaincant comme à son habitude ; mais surtout, il faut saluer la prestation très enthousiasmante de Katharine Fuge, remplaçante de dernière minute dont on ne regrettera pas la venue, tant sa voix puissante et cristalline a été brillante dans le récitatif.

Si, par rapport aux autres concerts du festival, cette prestation apparaît en retrait, d’une qualité inférieure, elle n’est pas non plus un naufrage honteux, et il faut saluer le travail respectable des interprètes, que l’on espère retrouver dans une meilleure forme par la suite.

Damien Guillon sera présent au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Saintes
- Abbaye aux Dames
- 15 juillet 2008
- Olivier Messiaen (1908-1992), Extraits de : L’Ascension, La Nativité du Seigneur, Les Corps glorieux, Le Livre des Saints-Sacrements
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Motet BWV 118 « O Jesu Christus, mein Lebens Licht », Cantate BWV 105 « Herr, gehe nicht ins Gericht mit deinem Knecht »
- Thomas Lacôte, orgue
- Katharine Fuge, soprano ; Damien Guillon, alto ; Jan Kobow, ténor ; Thomas Bauer, baryton
- Collegium Vocale Gent
- Daniel Reuss, direction











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