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Une éclatante reprise des Noces de Figaro à l’Atelier Lyrique de Tourcoing

mardi 2 mars 2010 par Richard Letawe
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© Danielle Pierre

Après avoir débuté sa saison avec le Tancredi de Rossini, l’Atelier Lyrique de Tourcoing est désormais occupé à la reprise de la trilogie Da Ponte de Mozart dans la production réglée par Pierre Constant.

Cette triple production date de 1994. Elle a pour principe de recréer les conditions dans lesquelles une troupe aurait pu monter ces opéras à l’époque de leur création. Elle reprend donc les contraintes de budget et de distribution qu’on pouvait rencontrer à cette période en utilisant un seul décor, très simple, pour les trois pièces, un minimum d’accessoires, et en faisant tenir différents rôles par les mêmes chanteurs. Quinze ans d’âge donc pour cette production, qui a déjà été reprise séparément depuis, et qui n’a pourtant pas pris une ride : elle a été dûment retravaillée par son auteur, et le résultat obtenu cette année, sur un matériau de départ qui était déjà brillant, est magistral. On attendra la fin du mois de mars pour Cosi fan tutte, et le mois de mai pour Don Giovanni. Ensuite, à partir du 25 mai jusqu’au 11 juin, les trois œuvres seront montées à la suite au Théâtre des Champs Elysées, sous l’égide de Jeanine Roze Production.

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© Danielle Pierre

Le travail de Pierre Constant est minutieux, précis et inspiré. La direction d’acteurs ne laisse rien au hasard, mais donne une impression de naturel et de vérité ; Ces Noces sont une journée de passion, durant laquelle chaque protagoniste cherche à assouvir son désir, en ne perdant pas trop la tête dans ce tourbillon. Tous les personnages sont traités avec humanité et bienveillance : le Comte est à la fois hautain et colérique, mais il semble plus mu par son affection- charnelle certes- pour Suzanne, que par un véritable désir de possession, en marquant ses privilèges face à la roture. L’échec répété de ses intrigues est finalement assez touchant.

Touchant aussi, le personnage de la Comtesse, au bord du suicide dans Porgi amor, mais qui va progressivement retrouver fierté et joie de vivre en prenant part aux tentatives matrimoniales de ses valets, et reprendre goût à l’amour au contact de Chérubin, auquel elle est plus que proche de céder durant cette journée. On sent bien d’ailleurs que ce n’est que partie remise, et que la Comtesse ne manquera pas de se venger dans ses bras des affronts que lui infligera encore le comte, et même en prenant les devants s’il le faut. Personnage toujours attachant, Cherubino est ici traité, en plus de son caractère exubérant et juvénile habituel avec beaucoup de sensualité. Ce Chérubin-là n’est pas seulement un jeune garçon maladroit qui lutine ses cousines et tremble devant l’inaccessible comtesse, il est un jeune séducteur, au magnétisme érotique troublant, un presque Don Juan déjà… Le traitement des rôles de Suzanne et Figaro est plus traditionnel, mais néanmoins virtuose et enthousiasmant, et le couple de valet est clairement le maître du jeu dans ce château d’Aguas-Frescas.

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© Danielle Pierre

Si la mise en scène est une incontestable réussite, la distribution, quoique fort décente, est un peu inégale. Nicolas Rivenq, le seul à avoir participé à la création de cette production, retrouve le rôle du comte. Il s’y montre convaincant scéniquement, et en bonne forme vocale, mordant et autoritaire. La voix se dérobe quelque peu dans Vedro mentre io sospiro et dans le duo avec Suzanne, où on note quelques détimbrages, mais le chant est néanmoins agréable, et ces petites faiblesses participent à la crédibilité du personnage. Ingrid Perruche montre de grandes qualités d’actrice, mais la voix semble encore un peu jeune, manque de rondeur, de velouté et de stabilité, donnant deux airs crus aux aigus périlleux, au souffle et à la dynamique mal contrôlés.

Malgré le grand succès public que lui a valu sa prestation, et un investissement scénique très notable dans son rôle, nous n’avons pas été convaincu par le chant assez banal de Lina Markeby, au timbre pas assez sombre et fruité à notre goût pour Cherubino, et à la ligne plutôt instable dans Non so piu cosa son. Caroline Allonzo en Marceline a également une voix fort chargée en vibrato, et peine dans les vocalises de son aria. Quant au Bartolo de Bernard Deletré, il commence à accuser le poids des ans.

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© Danielle Pierre

On ne peut en revanche qu’admirer le baryton Joan Martin Royo, à la voix souple et brillante, idéale pour le rôle de Figaro, auquel il apporte toute la rondeur, la souplesse et la fermeté d’un chant superbement posé. Elena de la Merced, déjà remarquable dans Tancredi est encore meilleure en Susanna, où la puissance et la sûreté de son émission, l’éclat de ses aigus font merveille. Il lui reste à approfondir son incarnation vocale, qui manque un peu de variété, notamment dans un « Air des marronniers » qu’on aimerait plus suggestif. Pour terminer, n’oublions pas le Don Basilio très gracieux et bien en voix de Daniel Auchincloss.

A la direction, Jean-Claude Malgoire évidemment, qui donne à cette folle journée une vigueur communicative, et souligne très judicieusement les rythmes des deux grands finales. Son orchestre a de l’enthousiasme et de jolies couleurs, qui compensent les approximations de bois inconstants et une cohésion générale très perfectible.

Rendez-vous est donc pris pour la suite de cette très belle trilogie avec Cosi fan tutte à Tourcoing du 26 au 30 mars prochain.

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- Tourcoing
- Théâtre Municipal
- 23 février 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro KV492. Dramma giocoso en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte
- Mise en scène , Pierre Constant ; Assistant, Grégory Voillemet ; Décors, Roberto Platé ; Lumières, Jacques Rouveyrollis ; Costumes, Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi ; Chorégraphie, Béatrice Massin ; Maquillage et coiffure, Suzanne Pisteur
- Le Comte, Nicolas Rivenq ; La Comtesse, Ingrid Perruche ; Suzanne, Elena de la Merced ; Figaro, Joan Martin Royo ; Chérubin, Lina Markeby ; Marceline, Caroline Allonzo ; Bartolo, Bernard Deletré ; Don Basilio et Don Curzio, Daniel Auchinloss ; Barberine, Marie Planinsek ; Antonio, Christian Helmer
- Ensemble vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction






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