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Une année de Carmen : l’Opéra Royal de Wallonie

mardi 11 janvier 2011 par Richard Letawe
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© Jacques Croisier

En visite à Charleroi dans le cadre du Pôle Lyrique, l’Opéra Royal de Wallonie proposait Carmen, l’œuvre qui avait occupé son mois de décembre à Liège, dans une production venue de l’Opéra de Toulon. Contrairement à Thérèse de Massenet qui n’avait guère fait recette en novembre dernier, le public carolorégien remplissant le Palais des Beaux-Arts, a répondu présent pour cette Carmen, une œuvre à la popularité évidemment sans commune mesure…

La production est réglée par l’espagnol Emilio Sagi, l’actuel directeur du Théâtre de Bilbao, qui à l’instar du directeur de l’ORW Stefano Mazzonis di Pralafera poursuit en parallèle sa carrière de metteur en scène lyrique.

La mise en scène d’Emilio Sagi a pour principal mérite d’assurer la lisibilité de l’action, dans un cadre résolument espagnol, mais sans verser dans un folklore de pacotille. Le quatrième acte, où la feria est trop souvent transformée en une lourde parade de cirque est ici rendue avec simplicité et sobriété, une poignée de danseurs assurant seuls le spectacle, tout en traduisant bien la tension avant les combats et la mystique teintée d’adulation qui entoure les toreros.

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© Jacques Croisier

Cependant, cette mise en scène manque la plupart du temps de force théâtrale, Sagi se contentant trop souvent de placer ses personnages principaux au milieu de la foule. On se surprend d’ailleurs souvent à scruter les figurants, aux gestes bien réglés, quand les héros ont des attitudes plus erratiques ou plus convenues. Il est donc difficile de se passionner pour ce spectacle classique et agréable à contempler, mais qui est trop souvent privé d’élan dramatique et d’images fortes.

Dirigeant à l’Opéra de Wallonie pour la première fois, le jeune chef Massimo Donadello conduit son orchestre avec flegme, obtenant de jolies couleurs de ses pupitres, mais son interprétation manque un peu de tension et de tranchant, et il perd parfois pied dans les grands ensembles, où il n’évite pas certains décalages. L’orchestre de l’ORW est en bonne condition, sérieux et discipliné, malgré quelques solistes (flûte, violoncelle) un rien timides.

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© Jacques Croisier

Sur un total de dix représentations, la distribution a connu trois Don José, deux Escamillo, deux Micaëla et deux Carmen différents. Après José Cura et Calin Bratescu, c’est Marc Laho qui reprenait le rôle du brigadier avec un succès certain. Le ténor liégeois n’est peut-être pas un acteur de premier ordre, mais vocalement, il assure sans faiblir,, et offre une composition émouvante et franche, soignant la diction, négociant les aigus avec une belle maîtrise, et allégeant judicieusement l’émission. Seul son duo du deuxième acte avec Carmen le trouve un peu précautionneux et peu engagé, mais le reste est de toute beauté.

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© Jacques Croisier

Succédant à Carla Dirlikov, la jeune Marie Kalinine est une très belle Carmen, bien chantante, assumant la tessiture sans efforts, et proposant une incarnation scénique très séduisante. Mais c’est cependant encore une Carmen en bouton, qui reste encore très age, et offre un chant poli et soigné, à la diction un peu lâche, et qui manque de passion et de la minuscule parcelle de vulgarité nécessaire pour être véritablement le personnage, dont elle ne fait pour le moment que dessiner les contours, ne creusant pas très profondément la matière de son rôle.

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© Jacques Croisier

Les deux autres premiers plans sont moins en vue : Anja Van Engeland est une Micaëlla à la voix aigre et chevrottante, alors que l’Escamillo de Vitali Rrozynko est correct et appliqué, mais pas très subtil, avec une émission qui manque de clarté et de franchise.
Malgré une pointe d’acidité passagère de la part de la Mercédès d’Alexise Yerna, tous les petits rôles sont très bien tenus, avec une mention pour le Moralès sonore de Roger Joakim.

Même si elle n’était pas une production inoubliable, cette Carmen de bonne facture, à la distribution intéressante, était une belle occasion de renouer avec l’art lyrique après la trêve de Noël.

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- Charleroi
- Palais des Beaux-Arts
- 08 janvier 2011
- Georges Bizet (1838-1875), Carmen. Opéra en quatre actes sur un livret de Meilhac et Halévy d’après la nouvelle de Mérimée
- Mise en scène, Emilio Sagi ; chorégraphie, Nuria Castejon ; décors, Gerardo Trotti ; Costumes, Llorenç Corbella ; Lumière, Eduardo bravo
- Carmen, Marie Kalinine ; Micaëla, Anja Van Engeland ; Don José, Marc Laho ; Escamillo, Vitali Rozynko ; Frasquita, Priscilla Laplace ; Mercédès, Alexise Yerna ; Zuniga, Jacques Calatayud ; Le Dancaîre, Patrick Delcour ; Le Remendado, Pietro Picone ; Moralès, Roger Joakim
- Chœurs et Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie, Chœurs d’Opéra de Namur. Chef de chœur, Marcel Seminara
- Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie
- Massimo Donadello, direction






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