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Une Symphonie « Résurrection » de grand luxe à Monte-Carlo

mardi 3 janvier 2012 par Richard Letawe
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Mark Wiggelsworth
© Ben Ealovega

L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo pleure toujours son directeur musical, Yakov Kreizberg décédé cet été, et qui aurait dû diriger ce concert, consacré comme par un symbole à la Symphonie « Résurrection » de Mahler. Pour le remplacer, appel a été fait à l’anglais Mark Wiggelsworth, l’ancien éphémère chef titulaire au Théâtre royal de la Monnaie.

Les apparitions de Mark Wiggelsworth dans la fosse bruxelloise ne nous avaient guère convaincu, ni dans Debussy ni dans Mozart, mais il est tout de même un chef compétent, dont la discographie comporte une intégrale en voie d’achèvement des symphonies de Chostakovitch, ce qui devrait le qualifier pour mener à bon port cette symphonie de Mahler. Pourtant, le premier mouvement n’est pas très électrisant, on semble assister à une mise en place circonspecte, le chef faisant de la prudence la mère de la sûreté. L’allure générale du mouvement est lente, ce qui peut tout à fait se concevoir, mais est surtout inhabitée, manquant trop de tension et de hargne. Le chef peine à traduire l’impact dramatique et la violence du mouvement, lissant les phrasés, gommant les dynamiques, et n’exploitant pas les capacités d’un orchestre pourtant de très bonne volonté, qui montre peu de faiblesses : une première entrée des bois un peu tonitruante, qui s’intègre mal dans le jeu des cordes, de petits décalages passagers entre les cuivres, mais pour le reste, les pupitres sont excellents et très homogènes, avec en tête de la marche des violoncelles et contrebasses qui se couvrent de gloire dès les premières minutes.

Mark Wiggelsworth retrouve le bon fil dans le deuxième mouvement, qu’il ne surcharge pas d’effets d’intention, laissant l’orchestre exprimer tout le charme et l’élégance requis par l’écriture tout en finesse de Mahler. Les violoncelles y poursuivent sur la lancée de leur somptueux premier mouvement, alors que le soyeux et la légèreté des violons font merveille.

Très vif, le troisième mouvement est lui aussi très bien mené par le chef britannique. Les bois s’ébrouent facétieusement et semblent beaucoup s’amuser, laissant admirer de très jolies couleurs, mais les sonorités manquent un peu de caractère et de rusticité, l’aspect de fanfare sarcastique, la gouaille que l’on n’entend que dans les meilleures exécutions de ce mouvement est ici aseptisée par la netteté trop prononcée des accents et par la sûreté d’exécution un rien trop affichée des pupitres.

La partie vocale de cette symphonie a été particulièrement soignée, avec la présence dans l’Urlicht de la grande Nathalie Stutzmann, . cette voix ample et profonde de contralto semble avoir été conçue dans un seul dessein, celui de chanter cette page sublime, et à l’exacte adéquation des moyens, Nathalie Stutzmann ajoute une simplicité, un abandon à la plus pure expression du texte, sans arrière-pensée apparente, qui frôle le génie. Les traces de fatigues de l’instrument de la chanteuse, perceptibles ça et là, ajoutent encore à la prégnance de l’émotion de cette interprétation hors du temps.

Mouvement qui nécessite comme le premier endurance et sens des contrastes de la part du chef, le finale est plutôt mieux mené que ce dernier par Mark Wiggelsworth qui assure toujours une très bonne mise en place et instaure le bon climat pour chaque épisode. Néanmoins, on peut regretter un certain manque d’investissement du chef, qui ne laisse pas l’orchestre s’abandonner totalement à la sauvagerie de l’Allegro Energico, et qui vibre de façon aussi contrainte dans la conclusion. Toute cette interprétation laisse en fait une impression de fabriqué, de soupesé et de calcul, toujours extrêmement compétent et maîtrisé, mais rarement sincère, et on aurait aimé entendre quelque chose de moins propre mais de plus vrai et spontané. Il y avait surtout plus à tirer de l’orchestre, glorieux et infatigable, dont tous les pupitres tiennent leur partie sans faiblesse, mais qui n’est jamais vraiment poussé dans ses retranchements par son chef de ce soir. Du point de vue vocal, c’est encore le grand luxe dans ce dernier mouvement avec l’impeccable soprano Malin Hartelius, Nathalie Stutzmann sur sa lancée, et la participation pour quelques trop courtes minutes du partenaire choral habituel de l’OPMC, le Rundfunkchor Berlin, aux phrasés d’une incroyable netteté.

Il y avait ce soir tous les ingrédients pour faire de cette symphonie un concert mémorable, dommage que le chef n’ait pas su fendre l’armure.

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- Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°2 en ut mineur « Auferstehung »
- Malin Hartelius, soprano
- Nathalie Stutzmann, contralto
- Rundfunkchor Berlin. Simon Halsey, chef de choeur
- Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
- Mark Wiggelsworth, direction






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