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Une Rusalka littérale et féérique au MET

jeudi 19 mars 2009 par Thomas Deneuville
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Renée Fleming, Aleksandrs Antonenko
© Ken Howard/ Metropolitan Opera

Alors que la grande pomme, verte pour un jour, vibrait au son des jigs et reels irlandais de la Saint Patrick, le rideau se levait sur Rusalka au Metropolitan.

Très tôt dans le premier acte, Renée Flemming, apparaît, perchée dans un arbre côté cour et délivre le célèbre « Chant à la Lune ». Sa technique est irréprochable, la matière sonore est ductile et l’on se retrouve vite suspendu à des portamenti qui nous figent dans l’instant. Toutefois, la ligne, trop lisse, semble manquer d’apex et même dans ses aigus la soprano ne réussit pas à inclure le public dans son interprétation. Ce « mur du son » ne sera franchi qu’à deux ou trois reprises dans la soirée puisque Rusalka passe la majeure partie de l’opéra dans un mutisme enchanté.

La plus belle surprise de cette représentation est toutefois à venir, et c’est Stephanie Blythe qui nous l’offre. Campant une Ježibaba si attachante dans la scène du philtre (entourée d’une flopée d’enfants déguisés en musaraignes, grenouilles et autres libellules), elle se révèle effroyable dans la scène de la tentation du troisième acte. Sa technique vocale est largement à la hauteur de sa prestation d’actrice et la voix de la mezzo retentit dans la salle, dans tous les registres sans jamais compromettre la diction.

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Renée Fleming
© Ken Howard/ Metropolitan Opera

Le letton Aleksandrs Antonenko, dans le rôle du Prince, a également contribué à rendre cette soirée spéciale. La voix solide du jeune ténor est à la mesure de sa stature et il évolue avec facilité dans la quinte supérieure. Il s’impose sans peine comme figure princière, et l’on aimerait être de ceux qui le verront incarner Cavaradossi à Paris ce printemps.

Ce qui frappe enfin dans cette production, c’est sa candeur assumée. En effet, d’aucuns pourraient regretter une lecture trop littérale de la féerie dans l’œuvre de Dvořák, mais les applaudissements que suscitent à eux seuls les décors, à chaque lever de rideau, suffisent à nous convaincre que le public est aussi là pour ça. Les premier et troisième actes se déroulent dans un sous-bois que l’on croirait emprunté à une illustration de Bilibine.

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Stephanie Blythe
© Ken Howard/ Metropolitan Opera

Le corps de ballet (réduit) fait une brève apparition au milieu du deuxième acte et la chorégraphie de Carmen De Lavallade nous ancre un peu plus dans l’imaginaire.

Jiri Belohlávek semble fort à son aise dans ce répertoire et donne toute son ampleur à l’orchestration sublime de Dvořák. On aura notamment apprécié de belles nuances dans les bois.

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Aleksandrs Antonenko
© Ken Howard/ Metropolitan Opera

A noter, enfin, la soprano Christine Goerke dans le rôle de la Princesse Etrangère, séductrice, haïssable et vocalement convaincante, ainsi que Kate Lindsey, jeune mezzo-soprano issue de l’atelier de jeunes chanteurs du Met, qui incarne avec beaucoup d’humour et de fraîcheur le garçon de cuisine.

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- New York
- Metropolitan Opera
- 17 mars 2009
- Antonín Dvořák (1841-1904), Rusalka B. 203 (op. 114). Conte lyrique en trois actes, livret de Jaroslav Kvapil, inspiré de La Petite Sirène d’Hans Christian Andersen.
- Mise en scène, décors et costumes : Otto Schenk, Günther Schneider-Siemssen, Sylvia Strahammer
- Rusalka : Renée Fleming ; La Princesse Etrangère : Christine Goerke ; Ježibaba : Stephanie Blythe ; Le Prince : Aleksandrs Antonenko ; Vodník : Kristinn Sigmundsson
- The Metropolitan Opera orchestra and Chorus
- Jiri Belohlávek, direction











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