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Une Pastorale bucolique et vivifiante

vendredi 12 août 2011 par Emmanuel Andrieu
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Quelles que soient ses richesses purement musicales, Acis and Galatea continue à occuper une place modeste dans la production lyrique de Haendel. On ignore comment cette Pastorale fut représentée du vivant du compositeur, mais il semble évident qu’elle n’appelle pas de manière criante une mise en scène. La réalisation scéno-chorégraphique de Saburo Teshigawara n’en paraît donc que plus remarquable et elle s’avère un magnifique moment de théâtre et de danse mêlés.

On ne pouvait rêver cadre plus approprié que celui du Grand Saint Jean, superbe mas provençal situé à une dizaine de kilomètres d’Aix-en Provence, pour représenter cette pastorale bucolique tirée des Métamorphoses d’Ovide et composée en 1718 par Haendel (Lully avait préalablement mis en musique cette légende en 1686). L’argument narre les amours de la nymphe Galatée et du berger Acis contrariées par le cyclope Polyphème qui, par jalousie, écrasera mortellement Acis sous un rocher avant que Galatée ne « ressuscite » son amant sous la forme d’un ruisseau.

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Plutôt que d’utiliser la bâtisse comme fonds de scène - comme c’est habituellement le cas - le chorégraphe japonais a choisi de construire un plateau perpendiculaire au bâtiment, offrant ainsi aux spectateurs une superbe perspective sur le parc et l’énorme massif boisé qui le clôt au loin - lequel est éclairé à certains moments de l’action. Le dispositif scénique proprement dit - qui fait écho au décor « naturel » - est constitué de bosquets de joncs, d’où émergent tour à tour les différents protagonistes de l’histoire. Il est signé par le chorégraphe lui-même qui s’est également occupé des costumes et des éclairages fortement dramatiques et souvent d’un bel effet. Mais l’essentiel de son travail repose naturellement sur la partie chorégraphique, toute de fluidité et d’ondulations, et c’est merveille que de voir cette gageure parfaitement relevée par les chanteurs qui ne sont pourtant pas rompus à cet exercice. Par ailleurs, pour ne relever que deux des plus belles images d’un spectacle qui n’en est pas avare, on retiendra celle où l’ombre du Géant Polyphème projetée semble « engloutir » la fragile nymphe (s’inspirant de la célèbre scène du Nosferatu de Murnau ?). La dernière image - celle de la métamorphose d’Acis en cours d’eau - est particulièrement poétique avec ces jets d’eau qui s‘écoulent des manches d’Acis tandis que Galatée s’en inonde les mains pour mieux s’y désaltérer ensuite…

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Et c’est bien la frémissante Galatée de Joelle Harvey que l’on retiendra en premier lieu. D’une grâce innée qui captive dans les parties dansées, elle enchante également par son timbre d’une pureté toute cristalline et grâce à l’agilité fort louable de ses vocalises. Dès son premier air « Ye verdant plains and woody mountains », l’auditoire tombe sous le charme de cette artiste qui illumine littéralement le spectacle par un naturel et une finesse d’interprétation admirables. Le ténor canadien Pascal Charbonneau, dans le rôle d’Acis, lui offre une réplique idéale tant le couple dégage jeunesse et fraîcheur. Outre son physique avenant, il possède un timbre suave et expressif qui convainc autant dans les moments d’éclats - tel l’air « Love in her eyes sits playing » - que dans ceux plus expressément tendres et langoureux. Le Polyphème de la basse russe Grigory Soloviov n’est pas en reste avec une voix sonore et une forte présence dramatique - malgré l’affreux costume en latex dont il est affublé ! Il se tire avec beaucoup de style et d’émotion, sans jamais l’aboyer, de ce rôle de « méchant », certes un peu grave pour lui. Les deux ténors qui complètent la distribution vocale, Rupert Charlesworth (Damon) et Zachary Wilder (Coridon), n’appellent eux aussi que des éloges.

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Nouveau pilier des Festivals d’Ambronay et de Beaune, le talentueux chef argentin Leonardo Garcia Alarcon dirige l’Orchestre baroque de l’Académie européenne de musique qui compte une quinzaine de musiciens, recrutés dans des conservatoires aux quatre coins de l‘Europe. D’une baguette vive et alerte, il tire de son ensemble un maximum d’expressivité instrumentale et de nuancement rythmique. On gardera tout particulièrement en mémoire la magnifique prestation, aussi fabuleuse au hautbois qu’au piccolo, du jeune instrumentiste israélien Shai Kribus. Aux côtés de Teshigawara, Alarcon a bien été le pivot de cette formidable réussite et ce n’est que justice si le public lui a fait fête à l’issue du spectacle, comme d’ailleurs à l’ensemble des interprètes.

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- Aix en Provence
- Domaine du Grand Saint Jean
- 23 juillet 2011
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Acis and Galatea, Opéra pastoral en un acte
- Mise en scène, décors, lumières et costumes, Saburo Teshigawara
- Acis, Pascal Charbonneau ; Galatée, Joelle Harvey ; Polypheme, Grigory Soloviov ; Damon, Rupert Charlesworth ; Coridon, Zachary Wilder
- Chœur de solistes (Magali Arnault Stanczack, Christopher Lowrey et Joseph Barron)
- Orchestre baroque de l’Académie européenne de musique
- Leonardo Garcia Alarcon, direction






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