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Une Finta giardiniera so british ..

lundi 18 juillet 2011 par Philippe Houbert
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Rosemary Joshua
© Ruth Crafer

Le Théâtre des Champs Elysées a eu une belle idée d’inclure la Finta giardiniera dans son cycle Mozart 2011, même s’il s’agissait d’une version de concert. Longtemps plus connu dans sa version Singspiel allemand avec dialogues parlés, cet opéra, né d’une commande de la cour de Munich pour le carnaval 1774-75, ne fit vraiment sa réapparition sur les scènes et au disque que lorsque la partition intégrale du premier acte fut redécouverte dans les années 1970.

Le livret, attribué à Giuseppe Petrosellini, tient un peu de Marivaux, jusqu’en son titre, mais l’accumulation de quiproquos y est telle que l’on finit par s’y perdre. Une noble dame, Sandrina, réputée morte, revient, sous un faux nom, séduire son assassin présumé, Belfiore, qui lui, entre temps, s’est entiché d’une autre, Arminda. Devenue jardinière au service du podestat, Sandrina se voit courtisée par son patron. Ce dernier est convoité par sa servante, Serpetta, que Nardo, valet déguisé de Sandrina, trouve fort à son goût. Ajoutons-y un Ramiro, amoureux délaissé d’Arminda, et qui apportera la vérité sur le passé « criminel » de Belfiore, et nous voici face à toute une série de cachotteries, dévoilements, retournements de situation, trois actes durant. Si certains aspects de l’œuvre peuvent faire penser aux Noces de Figaro et, notamment, à l’abracadabrant final du deuxième acte, il manque ici la patte de Da Ponte et une petite dizaine d’années d’expérience théâtrale supplémentaire pour Mozart. Mais l’œuvre est plus qu’agréable et mériterait d’être donnée plus souvent.

C’est une distribution d’Outre–Manche qui se livrait à l’exercice. Nous n’avons aucune raison de mettre en doute l’amour de Richard Eggar, de ses musiciens de l’Academy of Ancient Music (AAM) et des chanteurs pour cette partition. Mais est ce suffisant ? C’est avec grand plaisir que nous retrouvions cette chère AAM, à laquelle nous devons tant de bonheurs discographiques sous la houlette de son créateur, Christopher Hogwood. Mais, comme bon nombre de chefs nous ayant fait découvrir ce que pouvaient être les répertoires baroque et pré-classique, Hogwood a considérablement élargi son horizon musical et laissé les rênes de l’AAM à Richard Eggar, claveciniste un brin ennuyeux et dont la prestation ce soir-là s’avéra issue du même tonneau. Et quel dommage car l’AAM demeure sans doute l’orchestre le mieux armé pour s’attaquer à ce Mozart-là. L’homogénéité des cordes, le timbre fruité des vents, la justesse de chaque instrumentiste, sont des atouts que l’on aimerait voir encore mieux mis en valeur par un chef inventif. Ce que fait Richard Eggar n’est pas mauvais mais est terriblement prévisible et, surtout, manque de théâtralité.

La distribution réunie fut de qualité moyenne correcte avec quelques vrais plus du côté féminin. Du côté des hommes, le podestat Don Anchise était chanté par le ténor Andrew Kennedy. Très jolie technique, malheureusement un peu gâchée par un timbre un peu nasal et une diction britannique transformant tous les o et a en un moyen terme assez lassant à la longue. Andrew Foster-Williams fut un efficace Nardo, très drôle, avec un très beau timbre de baryton sombre quoique l’aigu soit un peu tendu. Le point faible de la partie masculine fut James Gilchrist en Belfiore. Si la technique est souveraine, la voix bouge désormais beaucoup, ce qui rendit assez pénible le Care pupille de l’acte 2.

Le plateau féminin fut, lui aussi, très hétérogène. Daniela Lehner, en Ramiro (rôle travesti), possède un joli timbre mais la technique de vocalise et le manque d’engagement furent très problématiques tout du long de la représentation. Elizabeth Williams fut une Serpetta assez quelconque, essayant de compenser un timbre acidulé assez peu agréable par moult minauderies. Gardons le meilleur pour la fin ! Rosemary Joshua est une formidable chanteuse, déjà saluée icipour sa performance dans le Messie des Sixteen en début de saison. Le timbre est d’une rare luminosité, l’engagement dans la moindre phrase en fait une Sandrina parfaite et la technique, tant de legato que de vocalise, en fait une des très belles voix du moment pour le répertoire qui va du baroque à Mozart. Klara Ek, entendue dans de nombreuses productions baroques, et particulièrement le Tolomeo ed Alessandro de Domenico Scarlatti relaté ici, fut à nouveau remarquable en Arminda. La voix est ample, la technique impeccable et, elle aussi sut pallier les difficultés inhérentes à une représentation de concert pour vraiment incarner son rôle.

Regrettons qu’un opéra aussi long (plus de trois heures) ne débute qu’à 20 heures (il ne faudra pas s’étonner que seuls les parisiens intra muros viennent au concert dans ces conditions !). Mais saluons néanmoins cette programmation d’une Finta Giardiniera à laquelle ne manquèrent qu’un peu de folie et des voix masculines au niveau de celles de mesdames Joshua et Ek.

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 28 juin 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), La Finta giardiniera, opéra bouffe en trois actes k.196, sur un livret attribué à Giuseppe Petrosellini – version de concert
- Don Anchise, Andrew Kennedy ; Sandrina, Rosemary Joshua ; Belfiore, James Gilchrist ; Arminda, Klara Ek ; Ramiro, Daniela Lehner ; Serpetta, Elizabeth Williams ; Nardo, Andrew Foster-Williams
- Academy of Ancient Music
- Richard Eggar, direction











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