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Une Carmen sulfureuse à l’Opéra de Lyon

vendredi 20 juillet 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Stofleth

Après Bâle et en même temps que la reprise à Venise de la production - loin de tous les clichés hispanisants trop souvent attachés à ce titre - mise en scène par Calixto Bieito, c’était au tour du trublion Olivier Py de donner « sa » version de Carmen de Bizet à Lyon. Les deux hommes partagent le même goût de la provocation, redonnant à l’œuvre son vrai statut de tragédie, une histoire emplie de violence et de sexe mêlés.

La première idée d’Olivier Py est de transposer l’habituelle Espagne de pacotille faite de clichés (exit castagnettes et autres éventails) dans l’univers d’un cabaret parisien. Pour un metteur en scène qui aime la nudité, voilà qu’il peut s’en donner à cœur joie, avec des meneuses de revue (en lieu et place des cigarières) aux formes affriolantes et aux seins charnus (sous forme de prothèse tout de même…). On y trouve aussi la drogue, le sexe tarifé, les trafics en tout genre, les flics véreux, la violence quotidienne de nos villes modernes. Et le parti pris fonctionne, même s’il fait grincer des dents et se raidir certains. La seconde force du spectacle réside dans l’imposant décor conçu par le fidèle Pierre-André Weitz, composé d’un plateau tournant qui propose successivement un cabaret, le bar de Lilas Pastia, une place où se font face un bordel et un commissariat de police, des loges et les coulisses d’un théâtre. De façon intermittente, la mort rôde grâce à un cercueil qui investit de temps à autre le plateau. Et comme toujours chez Olivier Py, on savoure une admirable direction d’acteurs.

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Il est ainsi dommageable qu’on ne retrouve pas sur la plateau de l’Opéra de Lyon une distribution digne de la proposition scénique. Ainsi, la Carmen de la mezzo espagnole José Maria Lo Monaco déçoit. Elle ne possède ni l’éclat méditerranéen, ni la projection ensoleillée exigés par le rôle. Voix parfois étouffée, jeu souvent sommaire, timbre trivial, manque criant de charisme et de supplément d‘âme, elle n’est en rien une Carmen.

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Dans le rôle de Don José, le ténor coréen Yonghoon Lee n’enthousiasme pas davantage : chant par trop vériste - même si on lui reconnaît une solide technique -, et diction approximative qui met à mal une interprétation sans finesse. Quant à l’Escamillo du baryton italien Giorgio Caoduro, son émission autant que son jeu - tous deux proches de la caricature - sont tout simplement rédhibitoires !

En revanche, Nathalie Manfrino - seule chanteuse de la distribution à porter haut les couleurs du chant français -, s’avère la plus intensément poétique des Micaëla, maniant l’art des demi-teintes - malgré sa voix large - avec une finesse confondante. Elle émeut et électrise à la fois dans un « Je dis que rien ne m’épouvante » jubilatoire !

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Angélique Nodus (Mercedes) et Elena Galitskaya (Frasquita) forment un duo de charme, tandis que le Zuniga de Vincent Pavesi brille par sa prestance. Les Chœurs sont de bonne tenue, et les enfants eux-mêmes font preuve d’un aplomb imperturbable.

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Plus habitué au répertoire baroque - dans lequel le chef italien s’est fait une solide réputation -, Stefano Montanari a néanmoins défendu avec panache l’ouvrage de Bizet, à la tête d’un Orchestre maison très diligent, quoique souvent à la recherche de la juste couleur. La lecture du chef s’impose par un solide sens du rythme, mais manque cruellement de sensualité, certains raffinements dans les préludes et les scènes directement inspirées par l’esthétique de l’opéra-comique paraissant un rien trop précieux.

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- Lyon
- Opéra
- 03 juillet 2012
- Georges Bizet (1838-1875), Carmen, Opéra-comique en 4 actes. Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, d’après la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée.
- Mise en scène, Olivier Py ; Décors et Costumes, Pierre-André Weitz ; Lumières, Laurent Killy.
- José Maria Lo Monaco, Carmen ; Yonghoon Lee, Don José ; Giorgio Caoduro, Escamillo ; Nathalie Manfrino, Micaëla ; Vincent Pavesi, Zuniga ; Angélique Noldus, Mercedes ; Elena Galitskaya, Frasquita ; Christophe Gay, Le dancaïre ; Carl Ghazarossian ; Pierre Doyen, Moralès ; Cédric Cazottes, Lilas Pastia.
- Chœur et Maîtrise de l’Opéra national de Lyon ; Alan Woodbridge, direction de chœurs.
- Orchestre de l’Opéra national de Lyon
- Stefano Montanari, direction.






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