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Ambronay 2011 : Déploration sur la mort de Ockeghem

jeudi 29 septembre 2011 par Laurent Marty

Au fil de ses trente et quelques années d’existence, le festival d’Ambronay s’est peu à peu éloigné de ses attaches pour rayonner désormais dans la région lyonnaise. Ainsi, ce deuxième week-end, sur les quatre que durent les manifestations, débutait par un concert dans la basilique Saint-Martin d’Ainay, en plein cœur de Lyon. Une belle occasion de découvrir ce petit bijou roman caché entre Bellecour et Perrache, l’un des rares monuments de cette époque à avoir échappé à l’hausmannisation de la presqu’île, pas sans avoir pu éviter cependant quelques remaniements saint-sulpiciens, comme l’immense lustre qui pend du plafond en mosaïque faussement byzantine.

La mort de Johannes Ockeghem, à un âge sans doute fort vénérable, semble avoir été un choc pour ses contemporains. Véritable chef de file de toute une école de chantres et compositeurs, maître de chapelle royal mais également personnage important de la vie publique à la fois trésorier de l’Abbaye Saint-Martin de Tours et diplomate à l’occasion, il a été chanté, loué, pleuré et déploré par la plupart de ses contemporains éminents.

Autour d’une lecture de la Déploration sur le trespas de feu Okergan par Guillaume Crétin (mort vers 1575), poète, premier chantre de la saint Chapelle, aumônier et chroniqueur royal, Antoine Guerber a concocté un beau programme d’œuvres composées en hommage au maître vénéré, panorama très vivant de cette période charnière de la Renaissance.

« Musiciens pensez de lamenter, Deuil angoisseux debvez en l’ame enter, Et vous monstrer par tristesse remis, Quand vous voyez celluy à terre mys Qui de vostre art a sçeu parlamenter. »

On a pu ainsi apprécier les différences d’écriture entre ces compositeurs, la polyphonie flamboyante de Busnoys s’opposant au style plus concentré de Josquin Desprez, sans doute le plus aventureux harmoniquement, dont le « Nymphes de bois » sur un poème de Jean Molinet est un pur joyau d’une émotion très pure, émouvant hommage au maître disparu.

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Diablous in Musica
© Benjamin Dubuis

En rupture avec toute une tradition d’interprétation de la musique de cette époque, portée généralement aux couleurs fondues et à la retenue expressive, l’ensemble Diabolus in musica ose une vision dramatisée, franche, saturée de couleur et toujours renouvelée. On apprécie ainsi que l’ensemble varie sa composition pour combiner au mieux les timbres très différenciés des chanteurs selon le caractère des pièces abordées, parfois même entre deux sections d’une même messe. On n’en comprend que mieux les différences entre ces compositeurs dont les styles peuvent parfois sembler remarquablement homogènes au profane. La qualité des chanteurs, toujours remarquable, est certainement plus étonnante dans les pièces réduites à quelques voix, où l’on apprécie au mieux la variété des timbres vocaux, les grands ensembles montrant quelques disparités dans leurs puissances relatives.

Une ouverture exigeante, vivante et passionnante pour ce beau week-end de l’édition 2012 du festival d’Ambronay. Mais le reste ne vous décevra pas, comme vous pourrez le lire les dans les pages qui ne manqueront pas de suivre.

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- Lyon
- Abbaye d’Ainay
- 15 septembre 2011
- Pierre de la Rue (ca. 1452-1518), Plorer, gémir, crier
- Jean de Ockeghem (ca. 1420-1497), Kyrie de la Missa mi-mi
- Antoine Busnois (ca. 1430-1492), In hydraulis
- Johannes Lupus (actif vers 1518-1530), Ergone canticuit
- Josquin Desprez (ca. 1450-1521), Nymphes de bois
- Jacob Obrecht (ca. 1457-1505), Missa Sicut spina rosam
- Ensemble Diabolus in musica
- Antoine Guerber, direction











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