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Un somptueux Radamisto à l’ENO

mercredi 3 novembre 2010 par Richard Letawe
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© Clive Barda

Au cours de sa riche histoire, l’English National Opera a souvent défendu les opéras de Haendel- toujours dans une traduction en anglais comme pour toutes les œuvres qui y sont montées- mais n’avait jamais proposé de Radamisto. C’est chose faite depuis cette saison avec cette nouvelle production, en collaboration avec l’Opéra de Santa Fe, qui alternait en ce mois d’octobre avec La Bohème.

Quelques lignes d’abord pour évoquer le lieu, l’imposant Coliseum, situé dans le bourdonnant quartier des théâtres londonien, est un fleuron de l’architecture édouardienne, un style qui ne manque pas d’éclat, mais qu’on peut aussi trouver un peu surchargé… Comme comme théâtre de music hall au début du XXème sièce puis transformé en cinéma avant d’être enfin utilisé par l’ENO (à l’époque Sadler’s Well) à partir de 1960, ce bâtiment aux vastes proportions n’est pas l’écrin rêvé pour l’opéra baroque, mais la visibilité est bonne d’à peu près partout, et l’acoustique, si elle n’est pas fameuse dans les balcons, est très bonne au parterre.

La dernière fois que nous avions assisté à un spectacle mis en scène par David Alden, c’était à Munich pour un Orlando assez déplorable, qui ne nous donnait aucun espoir en vue de ce Radamisto londonien. Et pourtant, il semble que le metteur en scène britannique se soit considérablement assagi depuis lors, ou qu’il ait été particulièrement inspiré par l’œuvre, car il réalise un Radamisto tout en sobriété et en subtilité, exploitant un décor très épuré, mais magnifié par des éclairages très soignés qui évoquent avec finesse l’Orient où se déroule l’action, et par des costumes d’une magnificence peu commune. Les accessoires sont rares mais éloquents, et le plateau ne laisse jamais une impression de nudité car l’attention est concentrée sur les personnages, dirigés sans fioriture, mais de manière efficace et précise, et qui existent autant en chair qu’en ombres portées sur les murs des décors. L’action, l’émotion des situations, les conflits entre le tyran Tiridate, son peureux allié Tigrane et le trio composé de Farasmane, de son fils Radamisto et de l’épouse de ce dernier Zenobia, sont ainsi rendus de manière parfaitement lisible, ce qui fait de cette production une sorte de modèle de ce que peut être une production d’opéra baroque respectueuse de l’œuvre, éclairante et élégante, sans verser dans le concert en costumes ou le modernisme à tout crin.

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© Clive Barda

Comme il est de règle à l’ENO, ce Radamisto est chanté en anglais, ce qui ne gêne pas le moins du monde, la traduction étant fort bien faite, le tout donnant l’impression que l’œuvre a été pensée dans cette langue autant qu’en italien.

Pour défendre cette version, une belle distribution de jeunes chanteurs anglo-saxons menée par deux interprètes déjà confirmés, Christine Rice et Lawrence Zazzo. Dans le rôle-titre, Zazzo fait une bonne impression, laissant parler une technique d’ornementation très brillante et un style très sûr, toujours à la recherche des phrasés les plus élégants et les plus subtils. S’il n’avait eu à émettre quelques aigus un peu éteints, sa prestation aurait été parfaite. Christine Rice fait encore mieux, donnant une interprétation intense du point de vue dramatique- quel beau personnage, riche et émouvant de caractère que celui de Zenobia ! –en ne sacrifiant jamais la qualité du chant, aux bases techniques très solides, puissant et glorieusement projeté, faisant entendre un magnifique timbre sombre et corsé.

Autre point fort de la distribution, la basse Henry Waddington, qui dans le rôle de Farasmane, prisonnier de son ennemi Tiridate qui convoite Zenobia, fait preuve dans son air d’une noblesse, d’une grandeur, d’une autorité qui font passer des frissons dans la salle. Un peu moins marquante, la Polissena de Sophie Bevan, chanteuse sensible et stylée, en léger problème dans le haut de la tessiture, qui défend néanmoins ses airs avec beaucoup de classe.

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© Clive Barda

Les deux personnages les plus négatifs de l’histoire sont aussi les moins bien chantés : le Tiridate du baryton Ryan McKinny manque de projection, d’abattage et de caractère, et est un adversaire très falot pour Lawrence Zazzo et Christine Rice. Ailish Tynan en Tigrane, a le bénéfice de ses bons talents d’acteurs, mais son chant aux aigus faux et détimbrés et aux graves poitrinés est encore très anarchique, malgré un investissement qu’il faut féliciter. Elle est d’ailleurs plus à l’aise dan son dernier air, où elle fait preuve de courage et de brio.

Dans la fosse, c’est le scrupuleux Laurence Cummings qui dirige l’orchestre maison, avec flegme dans la première partie, élégante mais un peu passe-partout et manquant d’accents saillants, avec bien plus de fougue et de contrastes dans la deuxième partie, où la poésie et l’émotion des airs est parfaitement rendue par l’ensemble instrumental.

Avec ses quelques faiblesses et ses nombreuses qualités, un Radamisto qui confirme l’English National Opera comme place-forte de l’opéra haendelien en Grande-Bretagne, et comme acteur de grande valeur dans le paysage musical londonien.

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- Londres
- Coliseum
- 22 octobre 2010
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Radamisto
- Mise en scène, David Alden ; Décors, Gideon Davey ; Lumières, Rick Fisher
- Radamisto, Lawrence Zazzo ; Zenobia, Christine Rice ; Tiridate, Ryan McKinny ; Polissena, Sophie Bevan ; Farasmane, Henry Waddington ; Tigrane, Ailish Tynan
- Orchestra of the English National Opera
- Lawrence Cummings, direction






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