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Un rêve de Cenerentola au Liceu

mardi 15 janvier 2008 par Richard Letawe
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Antoni Bofill©

Le Liceu a fait l’événement ces dernières semaines dans le monde lyrique avec la Cenerentola, coproduction déjà montée à Houston et en Ecosse, qui a bénéficié à Barcelone d’une distribution exemplaire, pour laquelle de nombreux lyricomanes ont fait le déplacement. Ils ne sont pas venus pour rien, car chaque élément du spectacle s’est parfaitement imbriqué aux autres pour donner au final une de ces soirées d’opéra idéales qu’on ne vit que quelques fois par saison, si on a beaucoup de chance. .

La production, bien rodée, est un régal à voir, et soutient l’attention à chaque instant. Les décors sont vastes, clairs et sans surcharge. Les diviser en deux niveaux est une bonne idée, même si l’étage est un peu sous-utilisé. Les costumes XVIIIe sont l’aspect visuellement le plus marquant de la production. Spectaculaires, très élaborés, ils sont de couleurs vives, acidulées même et mal assorties pour le trio des persécuteurs constitué par Don Magnifico et ses deux filles, soulignant ainsi leur goût du tape-à-l’œil et leur artificialité. Les habits de Don Ramiro et de Dandini sont mieux assortis, mais pas forcément plus sobres, il faut d’ailleurs toute la prestance physique de Juan Diego Florez pour ne pas avoir l’air amusant dans sa parure de prince. Angelina seule est, c’est bien logique, vêtue dans des tons neutres.
Avec tous ces ingrédients, Joan Font élabore une mise en scène de qualité, drôle et animée, qui va au-delà de l’aspect de dessin animé des éléments visuels, et donne de l’épaisseur et du caractère aux personnages. Il s’aide de six figurants, déguisés en souris, qui font office de compagnons et de confident pour l’héroïne, qui commentent ou soulignent parfois l’action par leurs mimiques, et assurent également le déplacement des éléments du décor.

L’orchestre du Liceu est une bonne formation, à la sonorité d’ensemble agréable, à la discipline solide, et dont les solistes sont d’un très bon niveau général. L’orchestre est dirigé avec professionnalisme par Patrick Summers, qui ne cherche pas à tirer la couverture à soi, mais offre un accompagnement confortable et sécurisant aux chanteurs.

Ceux-ci forment une distribution idéale, parmi laquelle on aurait bien du mal à trouver un point faible, car même les petits rôles sont très bien tenus. Enfant du pays, Joan Martin Royo est un Alidoro de classe, dont la jeune voix manque un peu de grave, mais dont le chant stylé et l’agilité sont une belle satisfaction. Le style de David Menendez (Dandini), à la voix assez rude, est moins recherché, mais c’est un excellent acteur, qui compose son personnage de faux-prince avec beaucoup de talent comique. Des deux sœurs, c’est la Clorinda de Cristina Obregon, à la projection puissante et aux aigus ardents qui fait le plus impression, alors que la Tisbe bien chantante mais discrète d’Itxaro Mentxaka est moins mémorable. Enfin, l’inusable Bruno De Simone, épatant comme à son habitude, est un Don Magnifico au caractère teigneux, qui ne sacrifie jamais la qualité du chant à la performance d’acteur.

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Antoni Bofill©

Tous ces rôles secondaires sont d’un excellent niveau, mais doivent cependant céder devant le superbe couple vedette constitué par le Ramiro de Juan Diego Florez et l’Angelina de Joyce DiDonato. Lui, se joue des périls de son rôle avec une déconcertante impression de facilité. Les aigus sont solaires, d’une justesse à toute épreuve, émis sans jamais forcer ni détimbrer, et le reste de la tessiture est un nectar, doux et sucré, tout à fait irrésistible. Peu réputé pour ses dons d’acteur, il fait pourtant preuve d’une présence scénique tout à fait appréciable, et confirme ainsi qu’il est le ténor rossinien idéal de notre époque.

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Antoni Bofill©

Elle est annoncée souffrante avant le lever de rideau, ce qui se traduit par une très légère prudence au premier acte, où l’on sent que la projection et les aigus sortent à quelques pourcents de leur capacité maximale. Lui reste cependant l’essentiel, un médium riche, aux sublimes couleurs claires, et une musicalité à l’apparence fragile de très grand style. Il n’est plus question d’indisposition au deuxième acte, dont elle illumine la scène finale, grâce à sa vocalité raffinée, à ses colorations formidablement variées et à ses variations dynamiques impressionnantes. A lui l’insolence naturelle, à elle la délicatesse et la générosité expressive, et à eux deux, le couple le plus attachant et le mieux chantant qu’on puisse entendre dans cette œuvre.

Cette production sera reprise au Grand Théâtre de Genève du 13 au 25 février.

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- Barcelone
- Gran Teatre del Liceu
- 11 janvier 2008
- Gioachino Rossini (1792-1868), La Cenerentola, Dramma giocoso en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti direcion : Giuliano Carella
- Mise en scène, Joan Font ; Décors et costumes, Joan Guillen ; Lumières, Albert Faura ; Chorégraphie, Xevi Dorca
- Don Ramiro, Juan Diego Florez ; Dandini, David Menendez ; Don Magnifico, Bruno De Simone ; Clorinda, Cristina Obregon ; Tisbe, Itxaro Mentxaka ; Angelina, Joyce DiDonato ; Alidoro, Joan Martin-Royo
- Cor Del Gran Teatre del Liceu ; Chef de chœur, Jose Luis Basso
- Orchestra del Gran Teatre del Liceu
- Patrick Summers, direction











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