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Un public bien élevé !

jeudi 30 juillet 2009 par Cyril Brun
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Katia et Marielle Labèque
© Brigitte Lacombe

Et pourtant le public a ovationné les artistes ! Un tonnerre d’applaudissements pour les sœurs Labèque et pas moins d’enthousiasme pour Dvorak. Malgré cet apparent engouement, les commentaires du public en remontant l’esplanade du Champ de Mars étaient beaucoup plus nuancés, voire franchement contradictoires. Ce qui finalement est rassurant, car à dire vrai le concert fut loin d’être enthousiasmant.

Une fois le prometteur premier accord de Printemps posé avec une belle douceur par les contrebasses, les choses se sont immédiatement gâtées avec des clarinettes très en dehors. Loin d’une interprétation debussyste – il est vrai que l’orchestration n’est pas de lui et que ce n’est pas une œuvre de maturité – , l’orchestre s’unissait autour de la clarinette comme en un accompagnement. Cette unité homogène, peu conforme à Debussy qui cherchait le son de chaque instrument individuellement et non collectivement, laissa une insatisfaction, comme si la partition n’était pas écrite pour ça. Et pour cause ! S’il faut souligner une bonne gestion des nuances, en revanche il faut également signaler l’absence du discours musical. Les motifs se télescopent, se bousculent, sans laisser à l’instrument la place qui est la sienne dans une œuvre de Debussy, laissant l’œuvre comme désarticulée. Le second mouvement fut plus en douceur, avec de belles nuances différenciées et une vraie finesse de l’appel de trompette, mais les crescendi manquaient de netteté dans la distinction des sons, le thème fut démesurément allongé et le ritenuto très maladroit, tandis que la reprise du thème peinait à se démarquer. Le tutti très lourd était accentué par l’entrée stridente des flûtes, encore une fois trop indépendantes. Le final très enlevé – quoique fort peu idiomatique – ravit le public.

Mais ce ne fut rien à côté de ce que l’on peut appeler le massacre de Gershwin. Il n’est jamais agréable de dire d’une interprétation qu’elle est mauvaise et il est rare qu’elle le soit de bout en bout, mais là…. Même avec la meilleure intention du monde, il est difficile de sauver quelque chose. Dès l’ouverture, les accents bien trop marqués n’avaient rien du jazz. Les syncopes, toutes trop lourdes n’avançaient pas. S’il y avait plus de jazz chez les sœurs Labèque, leur interprétation tonitruante a littéralement massacré ce concerto revu et corrigé par leurs soins avec une certaine surcharge scripturaire. Les fins de phrase laissaient toujours une trainée absolument contraire à l’esprit jazz, et la différence de style entre les pianistes et l’orchestre a inévitablement conduit à des décalage. La reprise du thème par les vents fut très approximative, alors que les deux pianos manquaient d’ensemble et se répondaient mal, dans une interprétation incroyablement martelée, brisant toute respiration, ne laissant qu’une désagréable impression de bruit.

Bien que moins tonitruante, la Symphonie n°7 de Dvorak ne fut guère mieux servi. En fait Dvorak fut joué comme Debussy, comme Gershwin. Les instruments, toujours très indépendants, étaient en décalage sur le premier thème, tandis que les accords très frappés doublaient des tutti approximatifs, toujours lourds. Impression renforcée par les timbales et les trombones. L’ensemble de la symphonie fut malheureusement de la même veine, laissant une impression vague de non-sens, comme si la partition n’allait nulle part, faite de ruptures et de juxtapositions. On attendait bien mieux du tandem Krivine Luxembourg.

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- Montpellier
- Opéra Berlioz
- 18 juillet 2009
- Claude Debussy (1872-1918), Printemps, suite symphonique.
- Georges Gershwin (1898-1937), Rhapsody in Blue pour deux pianos et orchestre (arrangement Katia et Marielle Labèque).
- Antonin Dvorak (1847-1904), Symphonie n° 7 en ré mineur op. 70.
- Katia et Marielle Labèque, piano
- Orchestre Philharmonique du Luxembourg
- Emmanuel Krivine, direction






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