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Un programme varié pour l’ouverture de saison de l’Orchestre d’Auvergne

vendredi 17 octobre 2008 par Benoît Donnet
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© Arie Van Beek

Le concert de ce mardi soir a ouvert la saison de l’Orchestre d’Auvergne avec un programme hétérogène et mené de bout en bout avec brio : symbole et exemple de la diversité stylistique et de la variété de répertoire dont sont capables les musiciens de l’orchestre, sous la houlette de l’excellent Arie van Beek, en pleine forme ce soir.

Le concert a été présenté – assez longuement – par Frédéric Lodéon, que l’on ne présente plus, mais qui a offert au public une description aussi pertinente que détendue de la saison à venir. Juste après son discours, le concert a été ouvert par une pièce de l’anecdotique mais charmant Johann Stamitz, compositeur classique que l’on peut qualifier de pré-mozartien, dont la musique agréable, fraîche, mais fort lisse et sans aucune originalité, constituait moins un morceau de bravoure qu’une petite mise en bouche pour ce qui allait suivre. Dans cette « Sinfonia à quatre », qui ressemblait fort à un quatuor à cordes avec contrebasse arrangé pour orchestre à cordes, l’Orchestre d’Auvergne, à défaut de transcender une œuvre qui ne dépassait guère l’intérêt d’une pure décoration, s’est montré fort à son aise, et l’on peut constater avec quelle intelligence Arie van Beek adopte ici une démarche d’inspiration baroqueuse, sans excès, sans militantisme, avec naturel et hauteur de vue. Les cordes, sans vibrato, se distinguent clairement les unes des autres mais ne récusent pas l’idée d’une pâte sonore pleine et agréable ; l’incorporation, fort discrète, d’un clavecin et la vigueur de la direction du chef ont aussi contribué à cette impression d’un musicien qui réfléchit et sait ce qu’il doit faire.

D’autant qu’une rupture stylistique s’imposait avec la programmation, directement après Stamitz, du Concerto pour violon n°2 de Prokofiev, œuvre lyrique, plus mélodique et moins violente que le n°1, mais tout de même riche et fort exigeante pour le soliste. Celui-ci était ce soir Raphaël Oleg, violoniste célèbre dont la prestation a été irréprochable : justesse impeccable, intonation toujours assurée, vibrato adéquat et excellente intégration au tissu de l’orchestre, fort réduit, il est vrai, la section de cordes ne comptant guère plus d’une quinzaine d’exécutants. Cette lecture « allégée » n’est pas sans posséder de charme : tous les détails orchestraux ressortent avec précision et sans agressivité ; on a pu apprécier en particulier la poésie d’un Andante assai très lyrique, hautement soutenu, mais qui jamais ne cède au sentimentalisme facile. La section de bois et les cuivres, qui sont venus s’adjoindre aux cordes de Stamitz (jouant cette fois avec vibrato), mérite les éloges, tout comme la gestion habile et intelligente de van Beek, qui mène ses troupes de façon minutieuse et nullement maniérée, témoignant visiblement d’une belle connaissance du répertoire.

La troisième pièce programmée ressortait, cette fois, à la musique contemporaine : le Staline Cocktail pour orchestre à cordes de Rodion Chtchedrine a été composé en 1992 sur la base d’une chanson populaire à la gloire de Staline, pour « célébrer » avec une ironie acerbe toute russe la fin de la dictature et le retour d’une liberté d’expression teintée de morgue. Le ton y est résolument déprimant, mais la musique en elle-même est assez aisée à écouter pour l’auditeur, les bribes mélodiques de la chanson populaire persistant tout au long de la pièce ; elles se noient certes dans un flot effrayant de glissandi, déployés à tous les instruments, ce qui donne un sentiment de flou, de brouillard fort intéressant. A cette masse volontairement informe et comme flottante, viennent s’ajouter des pizzicati « alla Bartok » qui claquent comme des détonations ; et l’œuvre de se conclure sur un hurlement de tous les musiciens de l’orchestre, référence au Mambo de Bernstein, qui exploite le même effet. Assurément, l’œuvre a de l’intérêt et beaucoup d’originalité, comme on pouvait l’attendre du musicien inspiré qu’est Rodion Chtchedrine, compositeur prolifique depuis plus de quarante ans, auteur notamment de plusieurs superbes symphonies et d’une parodie en forme de suite, de la Carmen de Bizet. Dans ce répertoire difficile à interpréter, en raison d’une écriture foncièrement atonale, et même amodale, puisque la notion même de hauteur se dissout dans le glissando perpétuel, l’Orchestre d’Auvergne s’est montré tout à fait convaincant, même si les pizzicati des contrebasses étaient parfois légèrement décalés – ce qui est tout à fait marginal et ne gâche nullement une admirable performance.

Pour conclure ce concert d’ouverture enthousiasmant, la Huitième symphonie de Beethoven, interprétée avec inspiration par Arie van Beek, qui montre dans ce répertoire surjoué qu’il sait se positionner sur le créneau des « baroqueux » sans donner dans le militantisme ou la facilité de solutions qui, à force d’enregistrements, finissent par être aussi prévisibles que les « tics » romantisants de la génération précédente. Certes, les timbales grondent et l’orchestre est en petite formation, mais le vibrato des violons, d’une excellente tenue, le lyrisme des bois et l’équilibre, parfaitement mis en place, de l’ensemble savent nous convaincre de la compétence d’un chef bien mieux qu’un dogmatisme interprétatif aux résultats limités. La lecture était d’ailleurs fort juste et pertinente, avec des tempi dosés et un sens de la motricité tout beethovénien, dans le trio du menuet en particulier, que l’on a rarement entendu aussi champêtre et haydnien. La prestation obtient d’ailleurs un franc succès qui permet à van Beek de diriger en guise de bis l’ouverture des Noces de Figaro, parfaitement interprétée par un orchestre décidément mieux que provincial, et qui mérite une réputation au-delà du périmètre local de Clermont-Ferrand !

L’orchestre d’Auvergne et Arie Van Beek seront aux Flâneries musicales de Reims le 27 juin prochain.

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- Clermont-Ferrand
- Maison de la Culture, salle Jean-Cocteau
- 14 octobre 2008
- Johann Stamitz (1717-1757), Sinfonia a quattro en fa majeur ; Sergueï Prokofiev (1891-1953), Concerto pour violon n°2 en sol mineur op.63 ; Rodion Chtchedrine (né en 1932), Staline Cocktail ; Ludwig van Beethoven (1770-1827), Symphonie n°8 en Fa majeur op.93
- Raphaël Oleg, violon
- Orchestre d’Auvergne
- Arie van Beek, direction











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