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Un programme original par l’Orchestre d’Auvergne

lundi 24 novembre 2008 par Benoît Donnet
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Peter Csaba
DR

Le concert de ce mardi à Clermont-Ferrand avait le mérite de présenter un programme comprenant plusieurs œuvres très rarement exécutées : aux côtés de Mozart, Jean Françaix, Miklos Rosza et Domenico Cimarosa étaient à l’honneur, avec une oeuvre méconnue de Jean Sibelius. Un moment agréable en compagnie d’interprètes imparfaits mais enthousiastes.

Il était très bienvenu - et nous en remercions les programmateurs - de permettre au public clermontois de découvrir une oeuvre comme L’Heure du Berger de Jean Françaix, compositeur plein d’humour et de bonne humeur, dont le style rappelle parfois Poulenc, avec son élégance toute française et son néoclassicisme de façade. L’oeuvre que l’on a pu entendre sous la baguette de Peter Csaba, alerte et tonique, est une suite pour cordes et piano en trois mouvements qui évoquent dans un style très librement programmatique un temps d’apéritif dans la France bonhomme et riante des années 1950 - année de la composition de la pièce. Le premier mouvement, Les vieux beaux, ressemble à une musique de piano-bar, avec des portamenti démesurément expressifs et un humour d’ensemble qui tient beaucoup du sarcasme ; le deuxième volet, Pin-up girls, avec ses accents jazzy qui ne doivent pas masquer une influence debussyste évidente dans les progressions harmoniques, est le moment le plus lyrique et le plus inspiré, dégageant une réelle poésie. La verve comique reprend le dessus dans le pétulant finale, Les Petits nerveux, peinture extrêmement amusante de bons Français pédalant à toute vitesse sur des bicyclettes pour épater les dames à l’heure du
Pastis et du soleil matinal. La motricité rythmique comme le sens très poulencien de la mélodie placent cette oeuvre dans un héritage évidemment français. Entre musique populaire et savante, Jean Françaix croque une France souriante et délicieusement « béret, baguette et vin rouge » que nous avons eu plaisir à traverser, malgré quelques imprécisions au niveau de la justesse des cordes, que nous pardonnerons bien volontiers au vu de la rareté de l’oeuvre.

Après cette introduction brillante et détendue, deux oeuvres concertantes pour hautbois étaient programmées : le concerto de Mozart était précédé de celui de Cimarosa, qui est en fait un arrangement à partir de plusieurs sonates pour hautbois, orchestrées et agencées par le compositeur Arthur Benjamin. Malgré son caractère artificiel, l’oeuvre nous a largement séduit par une inventivité - en particulier sur le plan rythmique, comme en témoigne un deuxième mouvement délirant - qui la distingue parmi la masse de concertos classiques souvent plats et prévisibles. Le premier volet, un Larghetto d’une grande poésie, débute par une arabesque en mineur du hautbois soliste qui donne le ton de l’oeuvre, à la façon poétique, presque préromantique, et surtout très originale. Si le troisième mouvement apparaît, en regard du reste, plus banal et attendu, le finale renoue avec l’inspiration fougueuse du deuxième, et le brio de l’ensemble convainc largement de l’intérêt de ce compositeur oublié. L’orchestre n’a ici montré aucun défaut de justesse flagrant et la nervosité du chef s’est parfaitement accordée avec un François Leleux que l’on qualifiera sans hésitation ni flagornerie de stupéfiant, tout à fait à l’aise, survolant avec une déconcertante facilité phrasés, cadences et respirations, dégageant une superbe impression de naturel et de spontanéité, s’ajoutant d’ailleurs à une sonorité magnifiquement fruitée.

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François Leleux
DR

Sa prestation a été encore meilleure dans le concerto KV 314 de Mozart, dont il a restitué sans difficulté la poésie, la douceur et la mélancolie, avec notamment une excellente gestion du rubato et des silences à l’intérieur de ses interventions. Si le deuxième volet nous a semblé un peu statique malgré sa grande beauté, les deux mouvements vifs ont été de larges et incontestables réussites que le public n’a d’ailleurs pas boudées - il faut dire qu’avec sa gestuelle dansante et ses mimiques, le soliste François Leleux sait immédiatement se montrer sympathique. Peter Csaba a
là aussi été à la hauteur et l’on n’a rien à reprocher de très substantiel aux interprètes, vifs et visiblement enthousiastes. En bis, le hautboïste nous a offert une très amusante pièce du chef d’orchestre Antal Dorati, qui fut aussi compositeur de façon marginale, La Cigale et la Fourmi, rhapsodie burlesque et pleine de vitalité dont le soliste a su rendre tout le foisonnement rythmique et la discontinuité dialogique, qui épouse la progression d’une narration de manière très caractérisée.

Après l’entracte, la thématique s’est faite plus sérieuse avec la suite pour cordes, triangle et percussions de Jean Sibelius, Rakastava, oeuvre de jeunesse peu connue du compositeur, que nous avouerons n’avoir jamais entendu auparavant malgré tout l’attachement que nous portons à l’oeuvre du Finlandais. Les amateurs du musicien ne seront d’ailleurs pas désorientés : malgré sa brièveté, la suite en trois mouvements est très caractéristique de l’univers mélodique et harmonique de Sibelius, avec aussi ces rythmes bouillonnants en pianissimo aux cordes, si personnels, et des interventions typiques - bien que marginales - de la percussion. Le souffle lyrique de l’oeuvre est évident et l’on a pu apprécier la beauté sonore des cordes de l’Orchestre d’Auvergne, sans aucune raideur ni aucun épanchement, malgré là encore une justesse parfois légèrement approximative - sans que cela vienne vraiment gâter notre plaisir.

Enfin pour clore le concert, le Concerto pour cordes de Miklos Rosza (1943), compositeur hongrois réfugié aux Etats-Unis et qui fit une carrière fructueuse à Hollywood, à l’image de son aîné Wolfgang Korngold, a été exécuté avec un grand enthousiasme (quelles belles attaques et quels accents bien marqués) par les cordes de l’orchestre, dirigées avec vivacité par Peter Csaba. Si ce concerto, assez prévisible dans ses violentes dissonances et son registre perpétuellement acerbe et déprimé, ne nous semble pas un chef d’oeuvre marquant, il n’est en tous cas pas du tout désagréable à écouter : la maîtrise rythmique et l’utilisation de mélodies folkloriques - saupoudrées, comme il se doit, de cyanure - nous ont assez séduits ; à défaut d’être extraordinairement subtile, personnelle et novatrice (Bartok avait écrit la même chose dans son concerto pour piano n°2), l’oeuvre est immédiatement plaisante et le public n’a pas hésité à saluer la performance très tonique des interprètes, même s’il nous semble étonnant de terminer un concert sur une oeuvre aussi sombre et intransigeante -conclure sur Jean Françaix aurait été plus heureux.

Un concert extrêmement intéressant et bienvenu de par son programme ; l’Orchestre d’Auvergne a le mérite de la curiosité, et c’est là un atout majeur dans un paysage musical que nous trouvons généralement trop formaté autour des « grands » surjoués et rebattus par le commun des musiciens.

L’orchestre d’Auvergne sera aux Flâneries musicales de Reims le 27 juin prochain.

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- Clermont-Ferrand
- Maison de la Culture, salle Jean-Cocteau
- 18 novembre 2008
- Jean Françaix (1912-1997), L’heure du Berger, suite pour piano et cordes
- Domenico Cimarosa (1749-1801), Concerto pour hautbois en ut mineur (arr. Arthur Benjamin)
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour hautbois en ut majeur KV 314
- Jean Sibelius (1865-1957), Rakastava op.14, suite pour cordes, triangle et timbales
- Miklos Rozsa (1907-1995), Concerto pour cordes op.17
- François Leleux, hautbois
- Orchestre d’Auvergne
- Peter Csaba, direction






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