ClassiqueInfo.com



Un nouvel éclairage sur Rinaldo

dimanche 13 juin 2010 par Richard Letawe
JPEG - 74.5 ko
© Hana Smejkalová

Dernière production lyrique de la saison du Grand Théâtre de Luxembourg, ce Rinaldo était originaire de Prague, où la production a été créée l’hiver dernier au Théâtre des Etats, la même salle qui a vu il y a deux siècles la naissance de Don Giovanni.

Production singulière que ce Rinaldo, car son équipe de mise en scène , emmenée par Louise Moaty, longtemps assistante de Benjamin Lazar, y utilise des moyens matériels aussi proches que possible de ceux de l’époque de la composition, du moins les moyens visibles par le spectateur. La scène est donc éclairée exclusivement à la bougie, les machineries sont les plus traditionnelles possibles, et costumes et accessoires ne comportent aucun détail moderne.

JPEG - 65.6 ko
© Hana Smejkalová

Le spectacle réalisé d’après ces recettes au demeurant fort simples produit un effet poétique rarement vu sur scène. C’est la lumière qui produit cet effet, avec ces couleurs chaudes, les visages éclairés par le dessous, qui acquièrent plus d’expressivité, et cette semi-pénombre qui donne un effet d’espace, force l’attention et semble enrober l’action de mystère. Histoire de chevalerie mêlant intrigue amoureuse et magie, Rinaldo est une œuvre qui est particulièrement adaptée à ce traitement qui rend parfaitement son caractère merveilleux. Outre la lumière, il y a aussi un très intéressant travail sur la gestuelle des personnages. La direction d’acteurs peut sembler un peu figée, surtout dans le premier acte, mais elle s’accompagne d’une gestique qui renoue avec une rhétorique ancienne, très expressive et naturelle dans ce cadre. On devine que ce travail pourrait être plus poussé, que l’ensemble des gestes est pour le moment une ébauche, mais cette base est déjà très prometteuse, et il faut savoir que les chanteurs font partie de la troupe du Théâtre national de Prague, ce qui leur laisse un temps de répétition assez court par rapport à une production qui aurait été montée dans un théâtre de saison. Même si elle est relativement peu utilisée, la machinerie fait également un bel effet, avec l’entrée spectaculaire d’Armida sur un fantastique char volant. Notons aussi les chorégraphies, qui prennent naturellement leur place dans cet ensemble.

JPEG - 75.7 ko
© Hana Smejkalová

Finalement, le mérite ultime du travail très recherché, subtil et onirique de Louise Moaty et de son équipe est d’avoir saisi tout l’esprit de cet opera seria plein de magie et de rebondissements, et d’avoir réalisé un spectacle qui reste somptueux et fascinant même lorsqu’il est donné dans une vaste salle comme celle du Grand Théâtre de Luxembourg, très différente d’un théâtre baroque.

Musicalement, ce Rinaldo est également de très bonne facture, avec une distribution stylistiquement au point, même si tous ses membres ne sont pas au même niveau d’excellence. Parmi ses membres les plus satisfaisants, Yeree Sun en Almirena, voix petite mais fraîche et tendre, techniquement très sûre, qui ornemente impeccablement et varie ses da capo de façon très expressive et prenante. Même constat pour l’Armida de marie Fajtova, une voix légère aux aigus radieux et à la vocalisation précise, qui fait preuve de style, de vigueur et de musicalité. On entend également un Argante de premier plan en la personne d’Adam Plachetka, voix bien timbrée, à l’aise sur toute la tessiture, au chant plein d’autorité et de vaillance, et qui se révèle être un redoutable adversaire pour les chevaliers croisés. Une distribution soignée également pour les petits rôles, avec un mage/Aroldo très solide et bien chantant, et par des sirènes subtiles, à la vocalité séduisante.

JPEG - 70.5 ko
© Hana Smejkalová

Les trois autres protagonistes importants sont un peu moins convaincants, Stanislava Jirku en Goffredo et Marketa Cukrova en Eustazio réalisant des prestations presque identiques : un chant correct, sans défaut véritable, mais manquant clairement de caractérisation et d’ampleur, les deux interprètes se cantonnant à une expression très prudente, sans projection et sans saveur. Enfin, la prestation de Mariana Rewerski dans le rôle-titre est la plus problématique : l’intonation est fausse presque de bout en bout, et legato et phrasé semblent des notions qui lui sont étrangères ce soir. Son investissement étant en plus très limité, on tentera d’oublier vite ce faux-pas, alors que l’ayant entendue à l’automne, dans une partie bien moins exposée il est vrai, nous l’avions trouvée assez prometteuse.

L’orchestre vient également de République tchèque, c’est le Collegium 1704, un ensemble créé en 2005. Celui-ci se distingue par son énergie et par l’excellente qualité de ses solistes, dont toutes les interventions sont tranchantes et pleine de verve. La sonorité de l’ensemble est un peu verte, mais ses musiciens sont disciplinés, et conduits avec un sens dramatique très sûr par leur chef Vaclav Luks.

JPEG - 76.2 ko
© Hana Smejkalová

Voici donc une production de Rinaldo qui fera date dans l’histoire de l’opéra haendelien, et même plus généralement dans celle de l’opéra baroque. Aux reconstructions modernistes, aux transpositions hasardeuses répond ici un travail qui fait confiance à l’œuvre, à sa dramaturgie et à sa musique, et qui force à regarder la scène avec une attention émerveillée par la poésie des lumières et des décors.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Luxembourg
- Grand Théâtre
- 09 mai 2010
- Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Rinalod. Opera seria en trois actes sur un livret d’Aaron Hill et Giacomo Rossi
- Mise en scène, Louise Moaty ; scénographie, Adeline Caron ; costumes, Alain Blanchot ; lumières, Christophe Naillet ; chorégraphie, Françoise Denieau ; maquillage, Mathilde Benmoussa
- Rinaldo, Mariana Rewerski ; Almirena, Yeree Suh ; Goffredo, Stanislava Jirku ; Argante, Adam Plachetva ; Armida, Marie Fajtova ; Eustazio, Marketa Cukrova ; Mago/Aroldo, Jan Martinik ; Sirena/Donna, Stanislava Mihalcova ; Sirena, Andrea Brozakova
- Danseurs : Andrea Miltnerova, Romana Konradova, Viktor Badinka, Jan Brezina, Germans Filipovs, Petr Kriz
- Collegium 1704
- Vaclav Luks, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 551407

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License