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Un mélange de Mozart et d’Espagne à Besançon

dimanche 16 janvier 2011 par Nicolas Mesnier-Nature
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Jean-François Heisser
© Simone Poltronieri

L’Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté donnait ce soir un programme assez éclectique : d’abord consacré à Mozart, puis à Falla dans une rareté bienvenue avec, entre les deux un avant-goût espagnol au piano seul.

Pour débuter un concert, quoi de mieux qu’une ouverture ? Celle de la Clémence de Titus ne fait pas partie des tubes mozartiens. Son écriture plus roide qu’à l’accoutumée (opéra seria oblige) convient bien pour l’échauffement d’un orchestre. Une bonne dynamique et de nombreux contrastes entre le piano et le forte y sont le maître mot. Jean-François Heisser dirige debout derrière son piano, ce qui n’est pas commode, sans arriver toutefois à faire surgir la poésie sous-jacente et la finesse cachée de l’oeuvre.

Puis vient le très fameux concerto n°21. Le piano, au centre, est entouré par l’orchestre. Heisser joue et dirige, comme le fit Mozart en son temps. Le principe a déjà fait ses preuves et a du bon. Il évite ainsi le conflit possible entre un chef égocentrique et un pianiste super-star dont le compositeur fait immanquablement les frais. Présentement, on n’aura ni l’un ni l’autre. Jean-François Heisser se contente de donner les départs, l’orchestre suit, il joue sa partie. L’équilibre entre les familles instrumentales reste à trouver : dans la mauvaise acoustique du théâtre, les cordes s’opposent nettement au groupe des cuivres, eux-mêmes à celui des bois. La douceur un peu raide des unes s’unit mal à des bois trop en avant dans leurs interventions et à des cuivres plaqués dans leurs accords. Les tutti ont tendance à forcer le son, mais la dynamique est bonne. Le piano cherche sa voie comme il peut mais téléphone ses interventions. Le second mouvement tombe, comme neuf fois sur dix, dans le panneau du trop lent. Précisons que le tempo voulu est andante et non adagio. Avec ses huit bonnes minutes, on roule largement au-dessous de la vitesse autorisée d’autant plus qu’à l’époque de Mozart, andante se jouait plus rapidement qu’aujourd’hui. Mais seuls de très rares interprètes (dont fait partie ce trublion de Christian Zacharias) osent respecter la pensée du compositeur qui n’est pas un romantique attardé dans le XIXè siècle comme on a trop tendance à nous le faire croire. Il est vrai que l’écriture de ce mouvement se prête aisément à une vision romantico-élégiaque pourtant démentie par le pianisme très premier degré de Jean-François Heisser. Le Finale ne fait que ressortir les défauts déjà cités : trop de « rentre dedans », trop d’interventions « cheveu dans la soupe » du piano, lourdement virtuose et une cadence à la pédale traînante. Mozart a donné du fil à retordre aux plus grands. Cette version ajoute une pierre de plus à l’immense cathédrale des demi-réussites.

On connaissait par le disque l’affinité de Jean-François Heisser pour l’Espagne. Pourtant, les deux premières pièces d’Iberia ont du mal à trouver leur voie : noyées dans l’acoustique hall de gare du théâtre, renforcée par un balcon vide, les sonorités brumeuses et vaporeuses d’Evocacion, surchargées de bémols s’enfoncent dans un flou artistique désagréable. Ses douces dissonances, son rythme envoûtant deviennent imperceptibles. Le contraste absolu avec la seconde pièce, El Puerto, échappe aussi en partie à l’interprète : les indications de la partition comme « fort et très en dehors », « très brusque », « sombre et sonore », « souple et caressant », « très langoureux » ne sont pas nettement perçues. Heisser hésite entre l’évocation purement poétique et moderne, en quelque sorte « déshispanisée », et l’approche franchement « ibérisante ». Heureusement, la transposition des danses de l’amour sorcier de Falla se trouve enfin en phase avec un pianisme libéré, dans une virtuosité brute qui convient parfaitement au texte, sans tension inutile et sans esbroufe folklorisante.

La grande réussite de cette soirée jusqu’à présent en demie-teinte restera les Tréteaux de Maître Pierre. Déjà brillamment confié au disque, l’opéra de chambre a tout à gagner sur scène, les rôles principaux étant tenus par des marionnettes. Trois chanteurs non acteurs prêtent leurs voix aux personnages du mini-théâtre. Saluons d’emblée les prestations sans failles de Chantal Perraud, au débit vocal impressionnant, du ténor Mathias Vidal et de Laurent Alvaro à la belle voix de baryton stentor. Le théâtre de marionnette Bambalina dirige l’action avec brio. Les nombreux enfants dans le public ont pu apprécier leurs qualités d’animation : le Truchement devant le rideau noir, les autres personnages en représentation dans la partie supérieur, Don Quichotte et Sancho Pança assis devant. Des rangées de bougies allumées de chaque côté recréaient avec succès l’ambiance d’époque. La formation orchestrale, bien que réduite, a légèrement eu tendance à couvrir par moment les solistes mais l’ambiance visant à recréer l’atmosphère musicale du siècle d’or espagnol est parfaitement réussie. Bien que Jean-François Heisser ait pris le temps d’expliquer l’œuvre, son contexte et son contenu, il aurait été peut-être judicieux de sur-titrer les paroles-commentaires de l’action. Mais on aurait sans doute trop lu et pas assez regardé.

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- Besançon
- Le Théâtre Musical
- 14 janvier 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1754-1791), Ouverture La Clémence de Titus ; Concerto pour piano n°21 en Ut majeur KV467
- Isaac Albeniz (1860-1909), 2 extraits d’Iberia
- Manuel de Falla (1876-1946), transcriptions pour piano des danses de l’Amour Sorcier
- Manuel de Falla (1876-1946), le Retable de Maître Pierre.
- Mise en scène et direction, Jaume Policarpo
- Théâtre de marionnettes (Espagne) Bambalina
- Le Garçon, Chantal Perraud ; Maître Pierre, Mathias Vidal ; Don Quichotte, Laurent Alvaro
- Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté
- Jean-François Heisser, piano et direction











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