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Un final de rêve

mardi 3 juin 2008 par Bertrand Balmitgère
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Yan Pascal Tortelier
DR

Pour ce qui devait être le concert de clôture de sa saison 2007/2008 (bien qu’un concert hors série soit encore prévu en juillet), l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg a gratifié une dernière fois le public d’une prestation de tout premier ordre.

Et pourtant le programme avait tout du piège. En effet en seconde partie du concert était inscrite la deuxième symphonie de Serguei Rachmaninov. Une des œuvres les plus complexes du répertoire symphonique et donc bien problématique pour tout orchestre qui ose s’y mesurer. Composée entre 1906 et 1907, la deuxième symphonie à tout d’un patchwork musical de soixante minutes avec ses mille nuances. Autant dire qu’elle réclame de la part de ses exécutants une rigueur permanente. Avec ses accents « tchaïkovskiens », ce véritable océan sonore, à l’image de l’Ile des Morts atteint des sommets d’intensité dramatique, entre majesté et beauté enivrante. Rendre justice à une telle partition relève donc du quasi exploit.

C’est là qu’intervient la première satisfaction de cette soirée. Avec ses moyens l’OPS, guidé par Yan Pascal Tortelier parvient parfaitement à s’acquitter de sa tache. Revenons un peu sur la personne de Yann Pascal Tortelier. Issu d’une famille d’illustre musicien parmi lesquels bien sur son père le violoncelliste Paul Tortelier, il fit ses classes auprès de Nadia Boulanger et de Michel Plasson. Au fil du temps il est devenu l’un des chefs français les plus en vue à l’étranger, au Royaume-Uni (BBC Philharmonic) et aux Etats-Unis, où il fut en poste à Pittsburgh. Dans sa riche discographie (chez Chandos), Tortelier s’est aussi fait le défenseur d’un répertoire français parfois oublié tel que celui de Dukas, Fauré ou Franck. Il est enfin intéressant de noter que Yan Pascal Tortelier aime diriger sans baguette, ce qui confère à sa gestuelle une plus grande intensité, chaque mouvement de main étant comme une sorte de révélateur de la trame musicale.

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Simon Trpceski
(C) Jillian Edelstein/EMI Classics

Placé sous une telle direction, l’OPS ne pouvait donner que le meilleur de lui-même et laisser libre court à un potentiel que l’on sait prometteur au vu des derniers concerts. Déjà très à l’aise dans Tchaïkovski et Glazounov il y a peu, la phalange strasbourgeoise a montré une fois de plus qu’elle aimait le répertoire russe. Grâce aux cordes de l’orchestre toujours aussi belles et suaves, cette musique sensible et poétique lui convient parfaitement. L’OPS est une formation capable d’émouvoir, d’émerveiller et même d’impressionner son auditoire, ce qui est la clef de son succès ici. Car on est bien là dans l’essence même de cette partition, qui est la recherche de l’émotion sous toutes ses formes et de la nostalgie inhérentes à nos existences. La musique de la vie en somme.

Ce concert avait commencé sous les meilleurs auspices avec la prestation triomphale du jeune pianiste Simon Trpceski dans le deuxième concerto de Saint Säens. Musicien brillant, Simon Trpceski, lorsqu’il est assis au piano nous fait penser par son allure et son jeu tout en puissance à un autre virtuose du piano : Mikhail Pletnev. Comparaison flatteuse mais tout à fait justifiée, tellement le talent de ce jeune artiste de 29 ans est éclatant. Cet homme qui dégage une grande détermination, donne l’impression de vivre la musique intensément, comme si sa propre vie semblait en dépendre. Quel spectacle saisissant ! Et pourtant Dieu sait que cette œuvre de Camille Saint-Saëns composée en moins de trois semaines en 1868 pour le pianiste Anton Rubinstein, réclame une débauche effrénée d’énergie (surtout dans le dernier mouvement véritable tarentelle) et une virtuosité de tous les instants. Mais aussi et surtout une parfaite entente entre le soliste et l’orchestre. Le pari n’était donc pas gagné d’avance, mais il fut brillamment relevé par le trio soliste-orchestre-chef, l’OPS se calquant parfaitement sur le jeu du macédonien que parvenait à anticiper Yann Pascal Tortelier. Tous étaient de concert, se donnant la réplique à la perfection ; si ce n’est des ailes même, tant tout semblait possible et réalisable.

Le public strasbourgeois après un tel numéro réserva à Simon Trpceski une véritable ovation. Satisfecit récompensé par un bis de toute beauté aussi : la première Arabesque de Claude Debussy. Pour sa première apparition sur une scène Strasbourgeoise, Simon Trpceski en aura bluffé plus d’un par sa verve et sa fougue.

Nous finirons notre propos avec quelques mots sur Le Chasseur maudit, un poème symphonique de César Franck daté de 1882.. Une de ces pièces si peut jouées qu’affectionne tant Tortelier, qu’il se fit un devoir de réhabiliter à nos yeux. Usant des cors de l’orchestre il réussit à merveilleusement restituer l’atmosphère sombre et fantastique, de ce poème à la riche orchestration, qui puise clairement son inspiration dans la Symphonie Fantastique de Berlioz.

Difficile de rêver mieux comme concert de fin de saison ! Un final en forme d’ouverture vers un avenir que l’on espère fécond.

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 29 mai 2008
- César Franck (1822-1890), Le Chasseur maudit, poème symphonique ; Camille Saint-Saëns (1835-1921), Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur Op.22 ; Serguei Rachmaninov (1873-1943), Symphonie n°2 en mi mineur Op.27
- Simon Trpceski, piano
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Yan Pascal Tortelier direction






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