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Un ennuyeux directeur

mardi 29 novembre 2011 par Cyril Brun
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©Frédéric Stéphan

L’idée était bonne, voire même judicieuse. La réalisation n’en fut que plus décevante. Faire de Bastien et Bastienne, la pièce salvatrice du Directeur de théâtre comportait en soi tous les ingrédients du succès. Deux pièces courtes pouvant nouer une seule intrigue. L’unité n’en était rendue que plus garantie par le genre lui-même. Deux singspiel, un seul compositeur, une même veine, une même langue.

Plusieurs choix étaient possibles pour la mise en scène. Simplement faire du Directeur l’ouverture et l’épilogue de Bastien et Bastienne ; composer un mixte savant des deux pièces ; ouvrir par le Directeur et dans un second acte passer au conte ; ou encore inclure dans le Directeur, sous forme de répétition, la première partie de Bastien et Bastienne. C’est le choix retenu par Frédéric Bélier Garcia. Un choix bien plus original que la simple juxtaposition ou que le mixte savant. Choix qui rend vraiment l’intention de la commande impériale qui nous valut la création du Schauspieldirektor, montrer l’envers du décor. Jouer sur le contraste d’époque entre un Directeur contemporain, mettant en scène un Bastien classique ne pouvait que renforcer l’unité de la pièce et sa lisibilité. Prendre, enfin, l’habitude mozartienne des ruptures en guise de transition pour passer du Directeur aux répétitions de Bastien semblait pouvoir garantir la réussite du tout. Mais ce fut bien ce procédé que la mise en scène ne réalisa pas. Les ruptures étaient maladroites et peu soutenues par une adaptation française relativement scolaire. La pauvreté des textes affadit considérablement la pièce. Dès lors les ruptures apparaissaient davantage comme des intrusions d’une pièce dans l’autre, créant une réelle confusion et un malaise que le public évoquait dès sa sortie de l’opéra.

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©Frédéric Stéphan

De la même manière, empreint des maladresses de la première partie, Bastien et Bastienne apparut comme surimposé au Directeur de théâtre, malgré une amusante reprise de la « prima dona » au cœur de la pièce. Reprise tout à fait dans l’esprit du genre. L’imbrication discontinue des deux pièces eut surtout un effet désastreux sur Bastien et Bastienne totalement défiguré. Certes, nous avons à faire là à un conte enfantin, féérique et drôle. Mais les amours de Bastien et Bastienne sont bien réels et empreints d’une véritable émotion dramatique. L’interprétation qui n’a misé que sur un comique de situation confinant au benêt a radicalement modifié l’intention de la pièce dépouillée à la fois de son sens et de sa vitalité. Aux amours de Bastien et Bastienne ont été substituées des amourettes sans saveur, simple fil rouge d’une suite de gags singeant la commedia dell’arte, sans en comprendre la subtilité. Du reste le public rit peu. Même le nombreux jeune public se contenta de sourire un peu bruyamment. Bref, une bonne idée à reprendre différemment et plus fidèlement sans doute.

Musicalement, l’orchestre bien présent servit une ouverture relativement molle et quelques passages assez lourds, pour une interprétation de bonne tenue et fort propre. Les voix, difficilement audibles lorsqu’elles étaient parlées, relevaient l’ensemble et tinrent la pièce de bout en bout, si l’on excepte, le ténor qui restait en fond de gorge et légèrement nasillard, et Olivia Doray très approximative dans les vocalises, avec une tendance à prendre les aigus par le bas. Luigi de Donato avec présence et profondeur campa agréablement le rôle du directeur. Il est dommage toutefois que le jeu du directeur fut le même que celui de Colas. Le Duo de Bastien et Bastienne, en plus de l’absence d’émotion, ne fut pas toujours, non plus, bien ensemble. Trônant au-dessus des autres, Mademoiselle Herz, fut certainement la prima donna d’une soirée somme toute ennuyeuse et que des ballets sans envergure n’ont fait que rendre encore plus ridicule.

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- Toulon
- Opéra
- 18 novembre 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Bastien und Bastienne. Singspiel en un acte KV50 ; Der Schauspieldirektor. Singspiel en un acte KV486
- Frédéric Bélier Garcia, Mise en scène ; Jacques Gabel, décors ; Sarah Leterrier, costumes ; Robert Venturi, lumières
- Manuel Nunez Camelino, Monsieur Vogelsang et Bastien ; Olivia Doray, Mademoiselle Silberklang et Bastienne ; Luigi de Donato, Buff et Colas ; Julia Kogan, Mademoiselle Herz ; Ged Marlon, un comédien
- Orchestre de l’Opéra de Toulon
- Pascal Verrot, direction






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