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Un dimanche en Trio

dimanche 7 décembre 2008 par Pierre Brévignon
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Xavier Phillips
© Karim Ramzi

Bien que son utilisation par Stanley Kubrick dans Barry Lyndon ait grandement contribué à accroître sa popularité, le Deuxième Trio avec piano de Schubert n’est pas si souvent à l’honneur en concert. Qu’il soit défendu, en ce dimanche matin hivernal, par trois solistes de grande classe et voisine à l’affiche avec une autre partition chambriste majeure, le Trio de Ravel, laissait pressentir un concert alléchant.

Las ! Dans un contexte d’écoute il est vrai peu favorable (avec les concerts du dimanche matin au Châtelet, le spectacle est aussi dans la salle, où grincements de strapontins, chuchotis et raclements de gorge déroulent avec une belle constance leur basse continue), le trio improvisé rassemblant, autour du « patriarche » Dalberto, deux trentenaires bardés de prix (Menuhin et Long-Thibaud pour Daishin Kashimoto, Helskini et Rostropovitch pour Xavier Phillips) peine à trouver la cohésion et l’allant nécessaires pour nous offrir une interprétation pleinement satisfaisante de ces deux œuvres.

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Michel Dalberto
DR

Le Trio de Schubert, donné ici avec les reprises dans le dernier mouvement, est dominé, pour ne pas dire écrasé, par le piano de Michel Dalberto. Ce dernier, auteur chez Denon dans les années 80-90 d’une quasi intégrale Schubert aux séductions très hautaines, semble bien décidé à mener la partition tambour battant, au détriment du climat de lyrisme fiévreux que les cordes tentent d’installer. Cela fonctionne à peu près dans l’Allegro initial, avec sa volubilité très déclamatoire ; les choses se gâtent dans le mouvement lent. Certes, la notion d’avancée est bien présente dans la notation Andante con moto mais, là où les transmissions de motif d’un pupitre à l’autre pourraient donner lieu à une véritable théâtralisation de la musique, nos trois compères semblent curieusement réticents à jouer cette carte. Ils « déroulent » chacun de son côté, rechignent à investir pleinement le caractère à la fois douloureux et arachnéen de cette musique, font un sort à chaque note sans pour autant donner l’impression de l’inscrire dans un jeu d’ensemble. On en vient à se demander si c’est le même Kashimoto qui donnait, début 2008, une subtile intégrale des sonates pour violon et piano de Schubert à Nantes (avec Frank Braley). Le charme opère heureusement dans les deux derniers mouvements, un Scherzo dansant un peu extérieur animé par l’esprit du Ländler et un Allegro moderato où se déploient les « divines longueurs » caractéristiques de la temporalité schubertienne. Ici, nos trois musiciens semblent enfin prendre plaisir à jouer ensemble, assument plus franchement les facettes changeantes de cette musique d’une schizophrénie toute schumanienne, où l’alternance majeur/mineur nous fait glisser insensiblement d’Eusébius en Florestan.

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Daishin Kashimoto
DR

Changement d’atmosphère avec le Trio de Ravel, partition terminée juste avant la Première Guerre mondiale et qui s’inscrit dans le même champ esthétique que les trois Sonates de Claude de France. Ici, Phillips et Kashimoto prennent le pouvoir sur le piano de Dalberto, et unifient par leur dialogue inspiré la relative disparité thématique de l’œuvre (couleur basque du thème d’ouverture, Malaisie à l’honneur dans le Pantoum, forme baroque de la passacaille du troisième mouvement…). Constituée d’une succession de micro-duos, cette partition offre aux cordes quelques moments de grâce, notamment dans l’échange d’abord paisible puis d’une intensité allant crescendo entre Phillips et Kashimoto dans le troisième mouvement, véritable cœur dramatique de l’œuvre avec sa structure en arche. La tension retombe hélas dans un Finale enlevé assez platement, où de nouveau les trois interprètes semblent jouer l’un contre l’autre, dans une mise en place trop nerveuse pour emporter l’auditeur. Seule échappe à cette surenchère sonore l’introduction irisée, où Michel Dalberto rappelle qu’il est aussi un interprète sensible de Debussy. Avec la belle lecture du choral pour piano du deuxième mouvement et les couleurs automnales trouvées par le violoncelle de Xavier Phillips, c’est un peu juste pour graver dans notre mémoire cette matinée musicale somme toute assez bancale.

Xavier Phillips se produira au prochain Festival Juventus qui se tiendra à Cambrai du 02 au 14 juillet.

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- Paris
- Théâtre du Châtelet
- 30 novembre 2008
- Franz Schubert (1797-1828), Trio en mi bémol majeur pour piano & cordes n°2 D929 Op.100
- Maurice Ravel (1875-1937), Trio avec piano en la mineur
- Daishin Kashimoto, violon
- Xavier Phillips, violoncelle
- Michel Dalberto, piano






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