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Un concert moins dogmatique qu’attendu

mercredi 1er avril 2009 par Richard Letawe
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© Philharmonie de Luxembourg

Concert-apéritif ce dimanche à 11h00 à la Philharmonie de Luxembourg, où se produit l’Orchestre de la Radio de Stuttgart sous la direction de son chefdirigent Roger Norrington.

Quelques jours après l’avoir entendue dans Szymanowski, on a le plaisir de retrouver Patricia Kopatchinskaja dans un autre concerto rare, celui de Stravinski. Patricia Kopatchinskaja a de nombreuses vertus musicales, dont la principale est à notre avis de rendre tout ce qu’elle joue familier et naturel à l’auditeur, abordant chaque page avec un enthousiasme et une énergie communicatifs. On retient beaucoup de choses de son interprétation du concerto de Stravinsky : sa vigueur bien sûr, qui se manifeste dans les deux mouvements extrêmes, avec un premier mouvement pétulant, à la rythmique entraînante, puis un finale à l’engagement formidable, où les qualités d’articulation ne sont jamais sacrifiées à la vélocité. Moins spectaculaires, les parties centrales sont tout aussi belles : l’Aria I est chanté avec une émotion toute en retenue, alors que les phrasés de l’Aria II, concentrés, dépouillés de tout superflu, sont d’une profondeur admirable. Roger Norrington accompagne la soliste avec tact et légèreté. Un rien placide dans le premier mouvement, il est ensuite bien plus vif, précis et enthousiaste.

Avec la Symphonie n°7 de Bruckner, la seconde partie du concert apporte une satisfaction au départ plus mitigée, ce qui n’est guère une surprise quand on connaît la réputation iconoclaste de Roger Norrington. De fait, cette lecture inhabituelle est surprenante, et même carrément dérangeante, et sans convaincre toujours, est assurément intéressante. D’abord, le RSO Stuttgart est vraiment un bon orchestre, dévoué corps et âme à son chef, qui n’a aucune véritable faiblesse, et possède quelques pupitres excellents, comme les cors, sonores et généreux en nuances, ou encore les violons, qui ont fait du jeu senza vibrato une seconde nature. La disposition de l’orchestre à la viennoise, avec les contrebasses en fond de scène et les violons face à face est également louable, car elle permet un son clair et aéré, même à pleine puissance.

Le jeu sans vibrato de l’orchestre n’est en fait pas gênant, l’oreille s’habituant très rapidement à ce son légèrement acéré, qu’on aurait quand même beaucoup de mal à qualifier de « beautiful and warm », comme le fait le chef dans le texte de présentation. La conduite du premier mouvement par le chef britannique est difficile à accepter. Roger Norrington y précipite les tempi, bouscule les lignes, et semble courir la poste. La tension est uniforme, et trop forte, les phrasés sont raides, les transitions expédiées, et tout le mouvement, insipide et sans intérêt, est privé de sa noblesse et de son énergie naturelle. Il faut en fait attendre un adagio d’une remarquable limpidité pour entendre quelque chose de convaincant. Là, Norrington fait chanter son orchestre avec chaleur et souplesse, sans excès d’intentions et sans brutalité, à une allure plutôt rapide, mais en n’étant jamais précipité. Enthousiasmant également, le Scherzo est pris à un rythme rapide idéal, emmené par des cuivres en parfaite santé, et un intéressant petit air canaille de fête populaire, mais est stoppé net par un trio très statique, sans grâce et sans mystère. Pour finir en beauté, un dernier mouvement très bien mené, avec élan, mais en sachant ménager les plages de détente, dans lequel le chef s’appuie sur un orchestre ici encore plus remarquable, avec notamment un magnifique pupitre de violoncelles, des cornistes au jeu fin, pratiquement irréprochables, et des dialogues entre les cuivres tout à fait singuliers et fascinants, très bien mis en valeur par l’acoustique de la salle.

Le triomphe fait à cette interprétation par le public, un tout petit peu moins nombreux qu’à l’habitude, normal pour un dimanche matin, était donc parfaitement mérité, malgré les quelques errements du chef.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 15 mars 2009
- Igor Stravinsky (1882-1971), Concerto pour violon en Ré majeur
- Anton Bruckner (1824-1896), Symphonie n°7 en Mi majeur
- Patricia Kopatchinskaja, violon
- Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR
- Roger Norrington, direction






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