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Un concert en clair-obscur.

mercredi 12 mars 2008 par Bertrand Balmitgère
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Marc Albrecht
DR

N’est pas orchestre brucknérien qui veut serait-on tenté de dire après cette symphonie « romantique », donnée dernièrement par l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg.

Jouer Bruckner ne saurait se résumer à faire preuve de puissance et à faire sonner allégrement les cuivres d’un orchestre, il est nécessaire de le rappeler pour mettre en lumières les contresens dont l’OPS a fait montre dans son exécution de cette symphonie. Si Marc Albrecht avait habilement choisi de prendre le taureau par les cornes en adoptant un tempo très rapide, qui sied si bien à cette œuvre, on ne peut pas en dire autant de la couleur et du style qu’il insuffla à sa formation.
La « romantique » dont le nom est évocateur sur les intentions du compositeur, ne doit pas être interprété avec excès à l’image du finale d’une sixième de Mahler par exemple, donnant lieu à une avalanche sonore de cuivre et de percussions, écrasant au passage le reste de l’orchestre. Bruckner ce n’est pas une débauche de sons bruyants visant à transmettre une impression de décadence, bien au contraire. Il s’agit d’une des musiques les plus complexes et minutieusement construites qui soit. Elle nécessite de la part de l’orchestre un éclairage particulier pour en mettre en valeur toutes les couleurs et les nuances. Cela réclame donc une totale maîtrise et une finesse orchestrale de chaque instant, au risque dans le cas contraire de tomber dans le vulgaire. A notre grand regret l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg s’est montré totalement dépassé face à cette œuvre monumentale. L’orchestre s’est livré à soixante huit minutes d’une sorte de concerto pour cuivres et percussions, asphyxiant de ce fait toute la richesse sonore la partition. Peut-être cela était-il délibéré ? Marc Albrecht, conscient des faiblesses de sa phalange dans ce répertoire, a peut-être délibérément fait sonner son orchestre pour les masquer, à l’image de l’arbre qui cache la forêt. Dans cette orgie sonore seuls les vents et surtout les flûtes emmenées par Sandrine François tiraient leur épingle du jeu, donnant une rare touche de finesse à cette décidément trop bruyante prestation. Une note positive tout de même : Strasbourg peut se vanter de disposer de ce souffle tellurique si Brucknérien, mais encore bien insuffisant sans la maîtrise qui pourtant pourrait donner des merveilles. L’OPS est donc à revoir et cette fois pour le meilleur, espérons-le, dans ce même répertoire.

En première partie de cette soirée, le célèbre concerto pour violon de Mendelssohn, joué par Arabella Steinbacher. La jeune violoniste allemande soutenue par la fondation Anne Sophie Mutter, gage de qualité, s’est fait connaître du public français par sa récente interprétation au disque pour Orfeo, des concertos pour violon de Chostakovitch. Enregistrement qui connut un large succès critique, raflant un certain nombre de prestigieuses récompenses.

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Arabella Steinbacher
© Robert Vano

Malheureusement, si le talent de Steinbacher est évident, le choix du répertoire romantique semble vite aller moins de lui-même. En effet, la jeune femme semble peu à son aise dans ce concerto très technique. Se montrant toujours à la limite de la justesse et manquant souvent de puissance dans ses coups d’archet, nous offrant ainsi une performance nettement en dessous de nos attentes. Ce qu’il faut honnêtement plus mettre sur le compte d’un mauvais choix artistique que de la qualité de l’interprète. Il sera très intéressant de revoir Steinbacher dans un registre mieux adapté à son jeu, par exemple dans Chostakovitch où elle semble exceller ou bien encore Stravinsky. Elle pourrait ainsi donner libre court à son talent qui semble assez prometteur.

Et l’OPS dans tout cela ? Il fut bien sûr au diapason de la soliste, assez effacé, comme bridé par son jeu. Dommage, car contrairement à ce qui allait se passer dans Bruckner, l’orchestre maîtrisait son sujet. Surtout les cordes, l’un des points forts de l’OPS, qui disposaient encore de leur espace de liberté. On connaît la suite…

Même si ce concert fut plus qu’en demi teinte nous sommes en droit de rester confiant, car de ce sévère constat d’ensemble, un point positif essentiel transparaît : l’enthousiasme de l’orchestre. L’OPS fait plaisir à voir, on sent un dynamisme, une envie de jouer ensemble, qu’il faut encore canaliser et exploiter au mieux. Gageons que malgré les performances inégales du moment Marc Albrecht y parviendra vite. Donnons donc du temps à l’OPS, il nous le rendra bien !

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- Strasbourg
- Palais de la musique et des congrès
- 05 mars 2008
- Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), Concerto pour violon en mi mineur Op.64 ; Anton Bruckner (1824-1897), Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (Edition Nowak 1953)
- Arabella Steinbacher, violon
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Marc Albrecht, direction






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