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Un avenir plein de promesses

samedi 3 mai 2008 par Bertrand Balmitgère
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Thomas Dausgaard
© Agnete Schlichtkrull

Emmené par l’excellent chef invité Thomas Dausgaard, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg a démontré une fois de plus après le concert Schumann d’il y a un mois, qu’il était décidemment très à l’aise dans le répertoire romantique. Et quelle meilleure œuvre que la quatrième symphonie de Johannes Brahms pour en faire l’éclatante démonstration, véritable couronnement symphonique d’un XIXème alors à son crépuscule (1885).

On savait donc le danois Thomas Dausgaard familier, pour ne pas dire excellent dans Beethoven (cf. son cycle symphonique chez Simax), on le retrouve encore ici à son aise. Voilà bien un chef injustement méconnu du grand public. Car de nos jours de tels musiciens aux idées claires et à la ligne directrice ferme ne sont pas légion. Dausgaard semble être le genre de personnage à se conformer à son idéal et donc à tout faire pour le mener à bien. Ce qui musicalement, vous l’aurez compris, fait des merveilles, car sa direction s’en ressent et est d’une rare cohérence. Adepte d’une interprétation « chambriste », Dausgaard dose toute son interprétation très intelligemment, et ne laisse rien au hasard, jusqu’au geste le plus infime, et surtout jamais d’excès ! De ce fait, les musiciens savent qu’ils peuvent se confier corps et âmes à leur chef, le résultat sera au rendez-vous.

Il le fut ! Et de quelle manière ! Brahms interprété aussi bien que ce soir devient irrésistible. Dès la première mesure, l’auditoire est conquis. C’est Brahms dans tout ce qu’il a de meilleur, loin des lourdeurs et des lenteurs qu’il a trop souvent dû subir. Dausgaard est de ceux qui cherchent à redonner à Brahms ses vertus originelles. Il imprime un tempo vif, allant à son premier mouvement, toujours à la recherche de la moindre parcelle de finesse, donnant une impression de perpétuelle respiration. De plus, l’OPS répond présent de la plus belle des manières, donnant corps musicalement à la moindre intention de son chef d’un soir. Les très belles cordes de l’orchestre donnent à l’œuvre toute sa gravité mais jamais de façon empesée. Les trois mouvements suivants donnent lieu à l’étalage de toute la palette des prodiges dont est capable la formation strasbourgeoise : caractère, puissance, brillant, flexibilité… Oscillant parfaitement entre le recueillement du difficile deuxième mouvement, et le brillant de l’Allegro giocoso, pour enfin mieux laisser éclater sa force et sa fureur dans le finale.

En rédigeant ces lignes nous apprenons que l’OPS sous la direction de son directeur musical, Marc Albrecht, va dans un futur proche sortir une série d’enregistrements pour le compte du label Pentatone. A l’écoute de cette quatrième de Brahms (déjà donnée par Dausgaard en mars au Théâtre des Champs Elysées), on comprend d’autant mieux pourquoi.

La première partie du concert fut marquée tout d’abord par une très belle interprétation du bref prélude à l’acte II de Saül et David de Carl Nielsen, répertoire au combien taillé pour Thomas Dausgaard, mais surtout par la performance violoniste Julian Rachlin. De sa formation musicale, Rachlin garde donc une grande connaissance du répertoire russe et le moins que l’on puisse dire c’est que cela s’est entendu dans le deuxième concerto pour violon de Prokofiev, qui en émerveilla plus d’un. Il faut avouer que Rachlin a beaucoup de charisme, Guarneri à la main, mais surtout énormément de talent. Son coup d’archet est implacable, rappelant par moment un autre grand représentant de l’école russe : Maxim Vengerov. Mais à ceci près que Rachlin va bien plus en profondeur et soigne sa sonorité avec beaucoup d’application. La concentration de Rachlin en est même impressionnante, tant il semble plonger dans l’œuvre. La communion avec l’orchestre, bien aidé en cela par Dausgaard qui semble devancer les intentions de son soliste, est totale. Ce qui frappe le plus, au-delà de la performance de l’orchestre, de son chef et du soliste, c’est l’intelligence des trois parties, où réussissent à mettre en relief le lien étroit entre cette musique et l’époque troublée de sa conception. L’OPS réussit aussi à montrer la proximité qui unit parfois ce concerto avec l’œuvre de Chostakovitch, l’autre grand de son époque, surtout dans l’ambiguïté qui ressort de cette partition. Un coup de maître assurément.

Une chose est certaine à l’issue d’une telle prestation, si l’OPS continue à enchaîner ce genre de production musicale, nul doute qu’il fera vite figure de référence orchestrale au niveau national si ce n’est pas déjà le cas. Un avenir plein de promesses en somme !

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 24 avril 2008
- Carl Nielsen (1865-1931), Saül et David Op.25, Prélude de l’Acte II ; Serge Prokofiev ( 1891-1953), Concerto pour violon et orchestre n°2 en sol mineur Op.63 ; Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°4 en mi mineur Op.98
- Julian Rachlin, violon
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Thomas Dausgaard, direction











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