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Un Pelléas et Mélisande « allégé » au Grand-Théâtre de Dijon

jeudi 1er novembre 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Hector Cruz

Après les « Bartokiades » la saison passée, l’opéra de Dijon proposait, du 3 au 14 octobre, les « Debussyades », un mini-festival d’une douzaine de concerts dédié à l’œuvre du célèbre compositeur français. Dans une version chambriste et raccourcie, l’unique opéra (achevé) de Debussy, Pelléas et Mélisande, refermait l’évènement bourguignon.

Arrangé pour un ensemble de chambre (treize instrumentistes) par Annelies van Parys, le chef d’œuvre de Debussy ainsi réduit rend néanmoins pleinement compte de la beauté de sa musique, dont le caractère chambriste n’a jamais été rendu plus évident que par cette instrumentation « allégée ». Certes, avec seulement deux violons, certaines parties sonnent un peu « chétif » - principalement les somptueux préludes de la partition -, mais un quatuor à cordes, une harpe solitaire ou un duo de vents atteignent souvent le même pouvoir évocateur, et parfois plus encore, qu’un orchestre tout entier. Saluons ainsi la prestation de l‘ensemble instrumental Oxalys, formation créée en 1993 par des étudiants du Conservatoire de Bruxelles, parfait de cohésion, ainsi que celle de Marit Strindlund, chef suédoise à la baguette alerte, et artisan à part entière de cette « aventure » qui se poursuivra dans diverses villes de Belgique et du nord de l’Europe jusqu’à la mi-novembre.

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© Hector Cruz

Co-directeur artistique de la compagnie belge Muziektheater Transparant, Wouter van Looy, qui signe la proposition scénique, n’est pas un inconnu à Dijon puisqu’il avait mis en scène, en 2009 au Grand-Théâtre, le Fairy Queen de Purcell, lui aussi « réarrangé ». On retrouve dans le Pelléas de ce soir son univers étrange et onirique - essentiellement basé sur l’usage de la vidéo - qui sied particulièrement bien à la prose de Maeterlinck comme à la musique de Debussy. La scénographie rudimentaire et dépouillée, également signé van Looy, se compose de trois dalles noires qui s’avancent vers la salle et sur lesquelles les protagonistes viennent, tour à tour, chanter leur partie. En retrait de ce dispositif, sur un large écran tripartite, viennent s’imprimer des créations numériques et des projections vidéo (en noir et blanc) où se passe l’essentiel de l’action. Pour accentuer leur côté onirique, toutes les images projetées sont montrées au ralenti et comme réfléchies par un miroir d’eau - esthétisme souvent hypnotique.

Les chanteurs réunis à Dijon jouent le jeu de la proposition scénique et parviennent à s’insérer dans une production qui ne les met pourtant que peu en valeur, la direction d’acteurs s’effaçant la plupart du temps au profit de l’image vidéo. Quasi entièrement non francophone, la distribution s’avère d’un haut niveau, jeune, homogène et elle veille constamment à faire entendre un français soigné et parfaitement intelligible.

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© Hector Cruz

Mélisande gracile, Mijke Sekhuis manque d’épaisseur dans le médium et d’une certaine projection vocale ; elle séduit en revanche par une intelligence musicale et une compréhension du style remarquables. La soprano néerlandaise impose également une présence physique forte, tout en suggérant les zones d’ombre et les fêlures du personnage. Elle trouve dans le baryton allemand Florian Just un Pelléas viril et mystérieux, à la voix admirablement conduite, qui maîtrise avec facilité les écueils d’une tessiture pourtant éprouvante.

L’autrichien Andreas Jankowitsch prête à Golaud sa voix mordante et puissante, pour une incarnation convaincante, bien qu’un peu uniformément brutale. A la fin, cependant, extériorisant ses doutes avec une sincérité poignante et mouillant son chant de larmes, il devient le plus pitoyable des hommes, et émeut profondément. Enfin, la contralto française Marie-Noëlle Vidal donne un certain relief à Geneviève, le sonore et généreux Knut Stiklestad confère noblesse et majesté à Arkel, tandis que le jeune soprano Matthis Perreaux peine, lui, à se faire entendre.

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- Dijon
- Grand-Théâtre
- 14 octobre 2012
- Claude Debussy (1862-1918), Pelléas et Mélisande, opéra en cinq actes. Livret de Maurice Maeterlinck.
- Metteur en scène et décors, Wouter Van Looy ; Costumes, Johanna Trudzinsky assistée de Tina Schott ; Lumières, Thomas Verachtert ; Vidéos, Vivian Cruz, Hector Cruz et Wouter Van Looy.
- Florian Just, Pelléas ; Mijke Sekhuis, Mélisande ; Andreas Jankowitsch, Golaud ; Knut Stiklestad, Arkel ; Marie-Noël Vidal, Geneviève ; Matthis Perreaux, Yniold.
- Ensemble Instrumental Oxalys
- Marit Strindlund, direction






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