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Un Parsifal « écologiste » à l’Opéra National de Lyon

jeudi 12 avril 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Jean-Louis Fernandez

Après trente-cinq ans d’absence, le Bühnenweihfestpiel du maître de Bayreuth revenait dans la capitale des Gaules, dans une production signée François Girard. Le metteur en scène canadien est bien connu à Lyon pour y avoir monté un mémorable Siegfried ou encore la création mondiale de Kaja Saariaho : Emilie (avec Karita Matila dans le rôle-titre). Coproduite avec la Canadian Opera Company de Toronto et le Metropolitan Opera de New York, la production a enchanté un public lyonnais qui a fait un triomphe à l’ensemble de l’équipe artistique.

Ce nouveau Parsifal est un spectacle mûrement pensé, qui se veut une réflexion sur les souffrances infligées à la Terre par l’Homme, tout autant que celles de la condition humaine. Projet ambitieux, puissamment conduit, auquel fait néanmoins parfois défaut la clarté dans le développement des symboles, au point de laisser le spectateur plus d’une fois sur le bord de la route quant à la signification de telle ou telle idée de mise en scène. Mais globalement, nous ne pouvons que nous incliner devant l’intelligence du travail de François Girard - et de son dramaturge Serge Lamothe -, devant sa virtuosité dans les mouvements des interprètes, dans le traitement des silences et des instants où le temps s’arrête, sans oublier la magie de certains tableaux, d’une stupéfiante beauté et magistralement éclairés par David Finn. Il faut également saluer les superbes vidéos, confiées à Peter Flaherty, qui viennent ça et là ponctuer l’action théâtrale, et qui montrent essentiellement de saisissants phénomènes naturels et/ou météorologiques, qui évoquent le dernier film de Terrence Malick, The Tree of life.

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© Jean-Louis Fernandez

L’acte I présente un paysage dévasté et stérile où coule, en son milieu, un ruisseau de sang (celui du péché) qui sépare le monde des hommes de celui des femmes, renfermés chacun sur eux-mêmes. Le sang devient l’élément principal au II puisqu’il baigne la crevasse dans laquelle s’est réfugié Klingsor et que les filles-fleurs en sont bientôt maculées, après que Kundry ait donné à Parsifal le baiser qui lui révèle le sens de la blessure d‘Amfortas. Le troisième acte montre à nouveau une terre désolée et déshumanisée, image de fin du monde, dans lequel Parsifal célèbre de façon quasi solitaire l’enchantement du vendredi saint.

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© Jean-Louis Fernandez

En ce qui concerne le plateau vocal, celui-ci se révèle sans faille. Le ténor autrichien Nukolaï Schukoff trouve en Parsifal un emploi idéalement adapté à son timbre clair ; ses aigus faciles et son aisance scénique en font déjà l’un des meilleurs interprètes du rôle. Georg Zeppenfeld est un Gurnemanz plus grand que nature : son somptueux grain de basse, profond et chaleureux, et la solidité de son chant, qui sait aussi constamment moduler l’expression, lui valent la plus belle ovation à l’applaudimètre au moment des saluts. La mezzo russe Elena Zhidkhova dispose elle aussi d’un timbre d’une magnifique ampleur. Dans les actes I et III, son grave, et surtout la santé impérieuse de son médium, font passer le frisson ; dans l’acte médian, le duo est pour elle l’occasion de faire une démonstration de beau chant qui impose le respect. Gerd Grochowski campe un Amfortas vocalement presque trop raffiné pour rendre crédible sa déchirure interne, mais nul ne songerait vraiment à se plaindre d’un timbre trop beau. Alejandro Marco-Buhrmester, dans le rôle de Klingsor, s’impose par sa diction exemplaire autant que par son art de phraser la musique avec perfection. Kurt Gysen, enfin, incarne un Titurel imposant et fait résonner les accents douloureux de ce personnage apitoyant.

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© Jean-Louis Fernandez

Les Chœurs de l’Opéra National de Lyon impressionnent par la beauté rayonnant de chaque pupitre, autant que par la souplesse fluide des divers registres. Quant au directeur musical de la phalange lyonnaise, Kazuchi Ono, il nous a émerveillé. A la tête d’un orchestre dans une forme éblouissante, le chef japonais fait sonner son ensemble avec une solennité jamais figée mais, au contraire, avec beaucoup de fraîcheur et de sensibilité. Là où d’autres traînent ou se hâtent, il trouve les bons tempi qui donnent à la partition de Wagner toute sa force et sa magie. Il parvient surtout à enivrer l’auditeur lors des deux célébrations des actes I et III, à la faveur d’une alchimie sonore dont nous nous souviendrons longtemps.

Comme nous le précisions dans l’incipit, le public lyonnais a réservé une longue standing ovation aux artistes réunis sur scène au moment des saluts, et c’est bien à un Parsifal à marquer d’une pierre blanche auquel nous avons assisté.

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- Lyon
- Opéra
- 23 mars 2012
- Richard Wagner (1813-1883), Parsifal, Festival Scénique sacré en trois actes. Livret du compositeur.
- Mise en scène, François Girard ; Dramaturgie, Serge Lamothe ; Décors, Michael Levine ; Costumes, Thibault Vancraenenbroeck ; Lumières, David Finn ; Vidéos, Peter Flaherty ; Chorégraphies, Carolyn Choa.
- Nikolai Schukoff, Parsifal ; Gerd Grochowski, Amfortas ; Kurt Gysen, Titurel ; Georg Zeppenfeld, Gurnemanz ; Alejandro Marco-Buhrmester, Klingsor ; Elena Zhidkova, Kundry ; Daniel Kluge, Premier Chevalier ; Lukas Schmid, Second Chevalier ; Heather Newhouse, Premier Ecuyer/Quatrième Fille-Fleur ; Katharina von Bülow, Second Ecuyer/Troisième Fille-Fleur ; Pascal Pittie, Troisième Ecuyer ; Oleksiy Palchykov, Quatrième Ecuyer ; Ulrike Helzel, Une Voix/Sixième Fille-Fleur ; Tehmine Yeghiazaryan, Première Fille-Fleur ; Ivi Karnezi, Deuxième Fille-Fleur ; Sonja Volten, Cinquième Fille-Fleur.
- Chœurs et Maîtrise de l’Opéra National de Lyon ; Alan Woodbridge, direction
- Orchestre National de l’Opéra de Lyon
- Kazushi Ono, direction






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