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Un Orfeo uniquement pour les oreilles

mercredi 22 octobre 2008 par Philippe Houbert

La XXIème édition du Festival des cathédrales de Picardie s’est close samedi soir par un Orfeo de Claudio Monteverdi donné en la salle du Jeu de paume de Chantilly (Oise). La magnifique intégrale des madrigaux enregistrée chez Glossa donnait forte envie d’entendre l’ensemble de Claudio Cavina, la Venexiana, dans ce chef d’oeuvre dont le quatrième centenaire fut fêté l’an dernier.

Du point de vue musical, ce fut une belle prestation. Point de surprise de noter les chœurs et ensembles comme l’un des points forts de la soirée. La Venexiana, même si sa composition a évolué au cours des dernières années, sait respecter l’équilibre des voix et des timbres. Il est seulement dommage que les options prises en matière de « mise en scène » aient quelques fois mis en péril cet équilibre. Mais nous reviendrons plus loin sur ces aspects visuels et acoustiques.

D’une façon générale, les principaux rôles ont été bien tenus, à commencer, par ordre d’entrée, par la formidable Emanuela Galli en Musica, puis en Euridice, au timbre superbe, à la technique et à la diction absolument parfaites. L’autre très belle performance de la soirée fut celle de José Maria Lo Monaco, dans le double rôle de la Messagère (acte II), puis de la Speranza (III). Timbre très prenant, grande émotion, digne mise dans la funeste annonce. Mirko Guadagnini nous a donné un bel Orfeo à la belle technique de recitar cantando. Avec de tels moyens vocaux, peut être aurait-il pu se lâcher un peu plus. Un physique avantageux et de visibles qualités d’acteur auraient mérité un tout autre traitement scénique que celui auquel nous eûmes droit.

Excellent Caronte de Salvo Vitale à la voix bien posée, au jeu raisonnablement sobre (ce rôle est trop souvent sur-joué). Quelques réserves sur l’Apollon de Raffaele Giordani, au très beau timbre mais à la technique encore vacillante. Proserpine de Francesca Cassinari et Pluton de Matteo Belloto assez quelconques.

Pour compléter cette belle prestation vocale, il eût été souhaitable d’avoir un ensemble instrumental du même niveau. Ce ne fut pas tout à fait le cas, la réserve principale venant de l’utilisation d’une basse continue fournie et surtout très pesante et du peu d’efficacité des effets d’écho (cornets à bouquin ou violons) voulus par le compositeur. Cette remarque est sans doute à mettre en relation avec la salle dans laquelle était donnée ce spectacle, lieu à notre sens tout à fait inadéquat tant sur le plan visuel qu’acoustique. En tout cas, nous attendront le Couronnement de Poppée, que le même ensemble doit donner à la Cité de la Musique en juin prochain pour nous prononcer sur les qualités de chef de Claudio Cavina. Sur le seul spectacle de samedi, nous restons sur une impression assez semblable à celle donnée par Rinaldo Alessandrini (l’autre grand spécialiste des madrigaux de Monteverdi) au festival de Beaune, puis au disque, dans ce même Orfeo. Le passage du madrigal à l’opéra ne se fait pas tout seul pour les chefs concernés.

Le gros problème de cet Orfeo, c’est la prétention à avoir voulu le scénariser dans un lieu qui ne s’y prêtait pas. Nous avouons ne pas aimer ces versions semi-scéniques qui n’apportent rien à l’œuvre et qui tombent trop souvent dans l’utilisation de gadgets gratuits. Le lieu ? Une boîte à chaussure, sans la moindre pente. Une scène à laquelle seuls les musiciens (sauf à de rares moments) ont accès, les chanteurs demeurant de plain-pied. Visibilité au-delà du cinquième rang : de nulle à quasi-nulle. Problème aggravé par le choix du metteur en scène de faire chanter les deux plus beaux airs d’Orfeo (« Possente spirto » au III et « Questi i campi di Tracia » au V) assis. Sur le plan acoustique, une salle très mate, réduisant à néant les nombreux effets d’écho que comporte la partition.

Au-delà de ces choix assez problématiques, il faut bien se montrer très critique sur ce qui a été le seul autre élément de scénarisation : les costumes. Transformer les deux premiers actes en noces de nouveaux riches et affubler les bergers de Striggio et Monteverdi de robes et costumes criards, voilà le seul propos du metteur en scène. Aux actes III et IV, des spots rouges pour figurer les enfers, un costume de la même couleur pour Caron, de vagues éléments « gore » pour que chaque spectateur comprenne bien qu’Orfeo va chercher sa belle dans des lieux peu avenants, voilà toute la subtilité de Paola Reggiani, auteur des costumes et de la « mise en scène ».

En conclusion, un Orfeo pour les seules oreilles et quelques chanteurs que l’on prendra plaisir à retrouver dans le développement de leurs carrières.

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- Chantilly
- Salle du Jeu de Paume
- 18 octobre 2008
- Claudio Monteverdi (1567-1643), L’Orfeo
- Costumes et mise en scène : Paola Reggiani
- La Musica et Euridice : Emanuela Galli ; Orfeo : Mirko Guadagnini ; Messagiera : José Maria Lo Monaco ; Proserpina : Francesca Cassinari ; Plutone : Matteo Belloto ; Speranza : José Maria Lo Monaco ; Carone : Salvo Vitale ; Apollo : Raffaele Giordani ; Ninfa : Annamaria Calciolari ; Pastore I : Giovanni Caccamo ; Pastore II- Spirito I : Gianluca Zoccatelli ; Pastore III : Claudio Cavina ; Pastore IV- Spirito II : Tony Corradini ; Ninfe e Pastori : Francesca Cassinari, Paola Reggiani, Yeztabel Arias Fernandez, Nadia Engheben, Gianluca Zoccatelli, Davide Galassi, Andrea Favari
- La Venexiana :
- Svetlana Fomina, Carlo Lazzaroni, violon, violono piccolo
- Efix Puelo, Ottavia Rausa, viola da braccio
- Caterina dell’Agnello, basso di violino
- Alberto Lo Gatto, violone
- Luza Marzana, trompette
- Josué Menendez, Doron David Sherwin, cornet
- Ermes Giussani, Mauro Morini, Corrado Colliard, David Yacus, Fabio Costa, trombone
- Marco Rosa Salva, Giampaolo Capuzzo, flûe
- Gabriele Palomba, Fulvio Garlaschi, théorbe
- Elena Spotti, harpe
- David Pozzi, orgue/régale, clavecin
- Claudio Cavina, direction











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