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Un Macbeth psychiatrique à la Monnaie

mardi 6 juillet 2010 par Richard Letawe
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© Bernd Uhlig

La saison de la Monnaie se termine avec une nouvelle production du Macbeth de Verdi, une œuvre que la maison bruxelloise avait montée pour la dernière fois en 2001. Confiée au provocant Krzysztof Warlikowski, la mise en scène de ce Macbeth n’a pas manqué de provoquer la polémique, suscitant même les huées d’une partie du public, fait assez rare à la Monnaie où on est habitué aux choix de production audacieux et où les réactions, en bien ou en mal, sont généralement très feutrées.

Parmi les opéras du répertoire, Macbeth par son caractère assez intemporel, est un de ceux qui se prêtent le mieux aux actualisations. On n’en attendait pas moins de la part de Krysztof Warlikowski que d’en proposer une lecture audacieuse et dérangeante. Encore faut-il pour autant que l’éclairage nouveau soit compréhensible, ce qui est rarement le cas lors des deux derniers actes, où les éléments incongrus ou exagérés se multiplient : Macduff qui se peinturlure comme un sioux sur le sentier de la guerre, des figurants qui a l’arrière-plan dansent le slow en slip puis s’assassinent dans des sortes de préservatif géants, l’épouse de Macduff qui tue les enfants du couple et met fin à ses jours ensuite pendant « o figli miei » dans une sorte d’écœurant remake du suicide de la famille Goebbels, ou bien la parodie de combat final, où Macbeth, loque en chaise roulante n’est même pas achevé par ses adversaires.

Pourtant, le travail de Krzysztof Warlikowski est loin d’être inintéressant ou inepte, et propose deux premiers actes passionnants et cohérents. Macbeth y est présenté comme un officier américain revenant d’Irak ou d’Afghanistan, souffrant d’un syndrome post-traumatique. Il est hanté par les crimes qu’il y a vus et commis, et a pris goût à la violence et au meurtre. Les soins qu’il reçoit - son retour se fait dans une clinique- n’ont pas d’effets, et les crimes qu’il commet par la suite relèvent dès lors moins de l’ambition que de la psychiatrie. Lady Macbeth elle-même apparaît ici plutôt comme la victime de ses obsessions et le jouet de ses angoisses que comme la maîtresse d’œuvre de la prise de pouvoir de son époux. Warlikowski instaure dans cette première partie un climat glauque et profondément effrayant, qui culmine lors de la scène du banquet, où les convives sont filmés par des caméras placées à hauteur de table ; l’image est retransmise en fond de scène sur un écran géant, produit un effet absolument saisissant, et permet de saisir toute la subtilité et toute la qualité du travail de direction d’acteurs, dont aucun aspect n’est laissé au hasard. Ailleurs dans cette production, le résultat de la vidéo est plutôt anecdotique, mais les quelques minutes de ce banquet font sûrement partie des utilisations les plus pertinentes qu’on puisse faire de ce moyen d’expression.

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© Bernd Uhlig

Il nous semble donc que les sifflets qui ont accueilli cette mise en scène, reçus d’ailleurs malencontreusement par le chef des chœurs qu’une partie du public à pris pour le scénographe, étaient assez injustes, car Krzysztof Warlikowski avait un point de vue original et intéressant sur l’œuvre, développé de façon très soignées. Dommage qu’il ait un peu perdu pied dans la seconde partie.
Le chef de chant réalise quant à lui du bon travail, à la tête de chœurs qui n’ont pas la partie facile, puisqu’ils sont relégués toute la soirée dans les cintres, les sorcières étant incarnées sur scène par des figurants enfants. C’est peut-être là une autre faiblesse de la mise en scène, qui a visiblement décidé de ne pas traiter le problème de l’inclusion des choristes dans l’espace scénique.

Le niveau musical de la soirée est excellent, ce qui contribue largement à dissiper les quelques errements de la mise en scène. Les chanteurs engagés sont d’abord de bons acteurs, qui s’investissent pleinement dans leur rôle, et défendent la production avec un remarquable esprit de corps. Quelle présence, pour n’en citer qu’un, que celle de Lisa Houben, qui n’a pourtant œuvré que deux soirées seulement sur la série de représentations, et qui incarne pourtant le rôle de lady Macbeth selon Warlikowski avec un naturel constant et une crédibilité totale. Sa silhouette de mannequin l’aide certainement à entrer dans la peau de ce séduisant et maléfique personnage, mais la performance mérite un coup de chapeau appuyé. Les autres membres de la distribution sont tout aussi bons, et ont eu une dizaine de soirées pour habiter pleinement cette production, ce qui se perçoit de façon très nette. Vocalement, cette Lady Macbeth est très honorable, la solidité des aigus et l’investissement dans un chant très direct et dramatique faisant oublier des graves faibles et peu audibles. Scott Hendricks n’a pas la voix somptueuse d’un véritable baryton verdien, mais il assure pourtant le rôle avec un réel aplomb, et fait entendre un chant solide et puissant, au style très sobre.

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© Bernd Uhlig

Le Macduff d’Andrew Richards est un peu guttural et engorgé, mais prend de l’assurance et donne une deuxième partie intéressante, avec un air qui ne manque pas d’allure et laisse apparaître de la sensibilité. Le Banco de Carlo Colombara est en revanche assez creux et pas toujours très juste. Les autres petits rôles sont dans l’ensemble très honorablement tenus.

Paul Daniel reçoit une belle ovation. Très tendue, sa direction privilégie la progression dramatique et évite toute trivialité. Attentif au plateau, il évite les accidents, et enflamme un orchestre de la Monnaie très motivé, dont les cuivres sont les seuls à connaître quelques faiblesses alors que le tranchant des bois et la souplesse des cordes sont dignes d’éloges.

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- Bruxelles
- Théâtre royal de la Monnaie
- 29 juin 2010
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Macbeth.
- Mise en scène, Krzysztof Warlikowski ; Décors et costumes, Malgorzata Szczesniak ; Lumières, Felice Ross ; Vidéo, Denis Guéguin ; Chorégraphie, Saar Magal.
- Scott Hendricks, Macbeth ; Carlo Colombara, Banco ; Lisa Houben, Lady Macbeth ; Janny Zomer, Dama di lady Macbeth ; Andrew Richards, Macduff ; Benjamin Bernheim, Malcolm ; Justin Hopkins, Medico/Servo/Araldo ; Gerard Lavalle, Sicario.
- Chœur du Théâtre royal de La Monnaie. Chef de chœur, Martino Faggiani
- Orchestre du Théâtre royal de La Monnaie
- Paul Daniel, direction






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