ClassiqueInfo.com



Un Macbeth « militant » à l’Opéra de Lyon

mercredi 17 octobre 2012 par Emmanuel Andrieu
JPEG - 41.2 ko
© Jean-Pierre Maurin

Auréolé de son tout récent succès avec sa lecture du rare autant que passionnant Schatzgräber de Franz Schreker à l’opéra Amsterdam, le metteur en scène belge Ivo van Hove livre, à l’opéra de Lyon cette fois, une vision du Macbeth de Verdi parmi les plus intéressantes, pour ne pas dire exaltantes, que nous ayons vu sur une scène lyrique.

Partant du postulat que le pouvoir aujourd’hui se trouve dans les mains des financiers, non plus des politiques, Ivo van Hove transpose l’action dans un building new-yorkais où s’affaire, au lever de rideau, une flopée de « businesswomen » (en lieu et place des sorcières du livret) rivées à leurs écrans pleins de courbes et de chiffres. Macbeth règne sur ce petit monde tiré à quatre épingles, du moins après le meurtre du « Big boss » (Duncan), tandis que Banco lui sert d’adjoint. Le meurtre de Duncan, comme plus tard celui de Banco, nous est révélé au travers d’images vidéo projetées sur les parois d’un décor unique - dépouillé, gris, austère et froid - conçu par Jan Versweyveld. Plus réalistes encore, les scènes du banquet et de la forêt de Birnam sont filmées en direct et imprimées en gros plans sur les murs. La scène finale est magistrale et bouleversante : le peuple opprimé, ce sont les laissés-pour-compte d’aujourd’hui, certains vivant dans la rue, innocentes victimes d’une crise provoquée par le Capital. Mais après le fameux « Patria oppressa », où le chœur se montre abattu et hagard, vient le temps de la révolte, relayée par des images d’« Indignés » défilant devant Wall Street. L’espoir renaît alors, d’un monde plus juste, d’une société plus humaine, d’une population à nouveau placée au centre et maîtresse de son destin. L’opéra (c’est la seconde version de 1865 qui a été retenue) s’achève ainsi par la joie irradiante - et communicative - du chœur. Une magistrale transposition à notre époque, aussi pertinente que réussie.

JPEG - 106.7 ko
© Jean-Pierre Maurin

Malgré quelques fluctuations de la voix en début de soirée, le spectacle a été dominée par Iano Tamar qui a largement volé la vedette au rôle-titre. Dans la redoutable partie de Lady Macbeth, la soprano géorgienne - admirée in loco en Donna Elvira il n’y a pas si longtemps - fait valoir d’indéniables qualités dramatiques et un fort tempérament, tout autant qu’un profil vocal de grand relief. Le métal du timbre, d’abord, est idéal pour certains aigus à pleine voix. Le vibrato, ensuite, confère intensité et mordant à des pages telles que l’air d’entrée « Vieni, t’affretta ». L’incisivité de l’accent, également, sert admirablement les nombreux passages de récitatif. Enfin, sa scène de somnambulisme, couronnée par le contre-Ré bémol attendu, s’avère particulièrement poignante. Aux moments des saluts, le public a largement manifesté son plaisir devant une incarnation aboutie d’un des rôles les plus exigeants du répertoire.

JPEG - 83.3 ko
© Jean-Pierre Maurin

Originaire d’Azerbaidjan, le baryton Evez Abdulla privilégie les mezza-voce et autres smorzature, plutôt que les sonorités ouvertes et forcées que nous infligent trop souvent, dans la partie de Macbeth, nombre de ses collègues. Mais en se montrant si soucieux de ligne et de beau chant, il manque de l’impact vocal requis par le rôle, l’acteur s’avérant, par ailleurs, d’un bien moindre charisme que sa consœur.

JPEG - 80.4 ko
© Jean-Pierre Maurin

Riccardo Zanellato, déjà entendu dans le même rôle à l’opéra de Rome avec Muti à la baguette, est un excellent Banco, au timbre superbe, à la voix puissante, avec un grave rond et plein, même si l’émission reste encore à peaufiner. De son côté, le ténor ukrainien Dmytro Popov assume, avec une voix franche et vaillante, mais une émission brouillonne, l’air célèbre de Macduff, « Ah, la paterna mano ». L’équipe des comprimari est parfaitement choisie, avec une mention pour l’éclatant Malcolm de Viktor Antipenko.

Mais les triomphateurs absolus de la soirée restent pourtant le chœur et l’orchestre. Le premier a été saisissant d’engagement, en particulier dans le célèbre « Patria oppressa ». Il faut saluer ici le travail de précision accompli par Alan Woodbridge, à la tête du chœur maison depuis plus de quinze ans. Quant à l’Orchestre national de l’Opéra de Lyon, il a été, dans les mains de son directeur musical Kazushi Ono, un instrument parfaitement aux ordres, exemplaire dans les nuances les plus délicates comme dans les passages les plus spectaculaires.

JPEG - 105.8 ko
© Jean-Pierre Maurin

Après un inoubliable Parsifal en mars dernier, le spectacle le plus enthousiasmant que nous ayons vu la saison passée en France, l’Opéra de Lyon confirme son excellence - et sa prééminence en Province, devant même le Capitole de Toulouse.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Lyon
- Opéra
- 13 octobre 2012
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Macbeth, Opéra en quatre actes. Livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d’après la tragédie de Shakespeare.
- Mise en scène, Ivo van Hove ; Décors et lumières, Jan Versweyveld ; Costumes, Wojciech Dziedzic ; Vidéo, Tal Yarden. Evez Abdulla, Macbeth ; Iano Tamar, Lady Macbeth ; Riccardo Zanellatto, Banquo ; Dmytro Popov, Macduff ; Viktor Antipenko, Malcolm ; Kathleen Wilkinson, Suivante de Lady Macbeth ; Ruslan Rozyev, un Médecin.
- Chœurs de l’Opéra national de Lyon. Chef des chœurs, Alan Woodbridge.
- Orchestre de l’Opéra national de Lyon
- Kazushi Ono, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 803478

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License