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Un Grétry à rendre jaloux !

jeudi 18 mars 2010 par Pierre Philippe
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© Pierre Grosbois

Grétry est un nom dont on entend souvent parler sans vraiment savoir ce qu’il a composé… Et pourtant de son vivant, il a été le musicien favori de Marie-Antoinette, cette dernière allant même jusqu’à être la marraine d’une de ses filles. Et le succès était tel que l’on peut retrouver dans d’autres compositions des citations de ses œuvres, comme en témoigne le célèbre monologue de la Comtesse dans La Dame de Pique de Tchaïkovski, où cette dernière fredonne un extrait de Richard Cœur de Lion, souvenir de son passage à la cour de France. En lui redonnant vie de cette manière, l’Opéra Comique et le Centre de musique baroque de Versailles se sont montrés tout à fait à la hauteur.

Le 20 novembre 1778, l’Opéra de Versailles voyait la création de cet opéra-comique du compositeur favori de la cour. Près de 125 ans plus tard, le 10 novembre 2009, ce même théâtre rénové voyait renaître l’Amant Jaloux, en coproduction avec l’Opéra Comique. C’est donc avec la même distribution (à l’exception du rôle d’Isabelle) et la même mise en scène qu’est présentée cette œuvre dans cet autre petit écrin qu’est la salle Favard.

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© Pierre Grosbois

Grétry est à la jonction entre la musique baroque française (héritière de Lully et Rameau) et le style classique initié par Gluck. La partition et le texte sont particulièrement représentatifs de l’époque, faisant donc un beau mélange de Molière, de Mozart et de Rameau. Considéré comme le modèle de l’opéra-comique, l’Amant jaloux fixe en effet bien des caractéristiques que l’on va retrouver durant près d’un siècle, encore visible dans des compositions comme Le Médecin Malgré Lui de Gounod : le sujet, les typologies vocales, la grande présence de dialogues… tout est déjà là.

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© Pierre Grosbois

D’abord, il faut saluer la rigueur et l’intelligence de cette production : que ce soit du point de vue musical ou scénique, tout est soigné. La mise en scène est très traditionnelle, parfaitement en adéquation avec ce que l’on peut s’imaginer avoir vu à l’époque de la composition. De grands décors en trompe l’œil descendent du ciel, créant une perspective par la superposition de plans. Portes dérobées et mouvements de décors complètent à merveille cette illusion d’ancienneté de la mise en scène. Les costumes sont d’époque, mis à part les robes des deux jeunes filles. C’est la seule chose négative du point de vue scénique : pourquoi les avoir affublées de ces jupons fluos bouffants alors que le reste de leur tenue est tout à fait classique ? Cela tranche étrangement avec le reste, mais en plus ce n’est pas très seyant ! La direction d’acteur est soignée, quelque fois un peu trop marquée dans la comédie, mais toujours bien vue et vive. C’est ce qui correspond le mieux à cette mise en scène peut-être : la fraîcheur et la vivacité !

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© Pierre Grosbois

La distribution rassemblée est composée de chanteurs francophones à l’exception du Don Alonze de Brad Cooper. Cela permet de profiter des paroles sans être obligé de se fixer sur les surtitres. Vincent Billier campe un père plein de vie et très rusé, digne successeur des Argante ou des Géronte de Molière ! Ses différentes interventions pleines de sous-entendus sont parfaitement ciselées. Et le tout avec une voix franche et sonore. La Jacinte de Maryline Fallot va se jouer de lui tout au long de la soirée : d’une grande intelligence, elle fait de son personnage le rouage central. Vocalement, on pourra noter des aigus un peu trop massifs et puissants, en décalage avec le reste de la voix, ceci étant racheté par un abatage certain tant dans le chant que dans les passages parlés. Mais ce sont principalement les jeunes deux couples qui sont vocalement les plus intéressants. Là où les deux autres rôles demandent beaucoup de jeu, ces quatre jeunes amoureux demandent une technique vocale beaucoup plus poussée ! On retrouve deux ténors et deux sopranos. Le jaloux Don Alonze est chanté par le seul non francophone de la troupe et cela s’en ressent : la diction parlée est assez mauvaise et celle chantée n’est guère mieux. Ne pouvait-on pas trouver un ténor francophone pour ce rôle ? Si encore la voix était particulièrement belle, mais elle manque d’éclat par rapport aux trois autres. Rien de mauvais, mais un manque cruel de brillant. Et la différence est vraiment aigüe quand on entend par la suite Frédéric Antoun en Florival. Ce ténor possède une voix légère et bien timbrée, une vocalisation facile, une diction parfaite : son jeune chevalier parfaitement rendu est une véritable révélation ! Isabelle, l’amante de ce dernier, est chantée par Daphné Touchais. Piquante et virevoltante, la voix est bien en accord avec le personnage, et la chanteuse est dotée d’une technique solide lui permettant de se concentrer sur la comédie. Mais c’est le rôle de Léonore (chanté par Magali Léger) qui retient le plus l’attention de part ses difficultés techniques. La chanteuse possède un très beau timbre, sans cette pointe d’acidité qu’on peut trouver quelque fois dans ce genre de rôle. Les extrémités de la tessiture sont par contre quelque peu malmenées par moments, avec des graves peu sonores et des aigus un petit peu tirés. Mais la démonstration réalisée lors de son grand air du début du deuxième acte reste sidérante ! On lui pardonne donc les quelques accros.

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© Pierre Grosbois

C’est donc un très beau plateau qui est ici réuni, malgré la relative déception de Brad Cooper, et surtout, un plateau plein de vie ! Ces jeunes chanteurs s’amusent visiblement beaucoup à jouer cette comédie et ils parviennent à transmettre ce plaisir aux spectateurs.

Le plaisir qui émane de la fosse est égal : la direction est vive, légère, et stylée. Aucune baisse de rythme dans cet orchestre : la soirée est menée avec entrain et Jérémie Rhorer est particulièrement attentif tant au théâtre (qu’il va tout le temps soutenir par des tempi adaptés) qu’au chant. Ce répertoire semble aller comme un gant au chef mais aussi à l’orchestre, dont la sonorité se trouve entre celle d’un orchestre baroque et d’un orchestre moderne.

Cette production de l’œuvre de Grétry est donc un vrai succès, salué à la fin par une ovation de toute la salle bien méritée. Le soin apporté aux moindres détails est tout à fait digne d’éloges et nous laisse espérer bien d’autres résurrections à l’avenir dans ce petit cocon qu’est l’Opéra Comique.

Magali Léger sera présente au douzième festival Musique et nature en Bauges qui se déroulera du 17 juillet au 22 août 2010.

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- Paris
- Opéra Comique
- 15 mars 2010
- André Ernest Modeste Grétry (1741-1813), L’Amant Jaloux ou les fausses apparences, Comédie en trois actes
- Mise en scène, Pierre-Emmanuel Rousseau ; décors, Thibaut Welchlin ; costumes, Pierre-Emmanuel Rousseau, Claudine Crauland ; lumières, Gilles Gentner
- Léonore, Magali Léger ; Isabelle, Daphné Touchais ; Jacinte, Maryline Fallot ; Don Alonze, Brad Cooper ; Florival, Frédéric Antoun ; Don Lopez, Vincent Bilier
- Le Cercle de l’Harmonie
- Jérémie Rhorer, direction






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