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Un Faust de rêves à l’Opéra de Paris

lundi 10 octobre 2011 par Jean Lefranck
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Roberto Alagna
DR

Le Faust de Gounod semble être l’opéra le plus aimé au monde, mais n’a pas grande chance à Paris cette année. Cette nouvelle production mise en scène par Jean-Louis Martinoty n’arrive pas à naître vraiment. D’abord le départ spectaculaire mais probablement salutaire d’Alain Lombard à la direction, puis un mouvement de grève qui a conduit à des perturbations nombreuses et a contraint l’ONP à proposer cette soirée en version de concert. Pourtant, sans mise en scène, décors, ni costumes, ce Faust a été un enchantement, porté par un plateau vocal somptueux.

Plus grand interprète de Faust du moment, Roberto Alagna, livré à lui-même, campe un personnage charmeur et au final un peu cabotin mais irrésistible. Après vingt ans de carrière au sommet, il conserve une voix saine et souple, d’une homogénéité rare, capable de belles colorations et d’intéressantes nuances. Le vibrato est peu marqué et parfaitement contrôlé et toute la tessiture du rôle lui convient. Le fameux Contre-Ut de sa cavatine est si facile qu’il coule dans le galbe de la phrase sans ressortir. C’est une note comme une autre, belle et facile. La voix a évidemment changé depuis son premier Faust sur scène à Montpellier (1994), mais le charme reste le même. Ce sont les harmoniques graves qui à présent enrichissent le médium et le bas de la tessiture, rendant le personnage plus complexe. Et que dire de sa diction qui n’a pas été dit ? Tout est simplement limpide. On l’aura compris, il était grand temps que la capitale jouisse de ce Faust idiomatique et historique.

La Margueritte d’Inva Mula est très respectueuse du texte et sa diction française est parfaite. La voix s’est élargie, a gagné en puissance mais a beaucoup perdu en souplesse. Pas une seule réalisation de trilles ! Pas non plus de sons filés comme nous lui en avions connu dans le Roi d’Ys à Toulouse en 2007. On louera toutefois sans réserve une incarnation sensible du personnage. Ses meilleurs moments sont lyriques, dans la scène du jardin et sa plainte au début de l’acte IV. La scène de la prison est vaillante à souhait.

Le Méphisto de Paul Gay renoue avec la tradition des basses françaises claires. Certains y verront à grand tort un baryton, pourtant les notes les plus graves sont bien là, mais lumineuses, sans le poids excessif pour ce rôle qu’y mettent les voix slaves ou italiennes. Ici le diable est jeune, séduisant et son texte est parfaitement compréhensible. Le jeu de l’acteur est habile, usant de son charme et de son élégance naturels, ce diable a un bien beau charisme scénique et vocal. L’air du Veau d’Or est brillant à souhait avec un volume généreux et la sérénade est pleine d’esprit. La scène de l’église est dramatique et l’implication vocale de ce Méphisto fait froid dans le dos. Encore quelques années et, peaufinant son interprétation, Paul Gay gagnera un caractère plus inquiétant et d’avantage de profondeur, mais d’ores et déjà Méphisto est un rôle dont il est un digne interprète.

La belge Angelique Noldus en Siebel soigne une ligne vocale assortie à un physique aimable. Dans ce personnage secondaire, elle arrive toutefois a gagner la sympathie du public. La dame Marthe de Marie-Ange Todorovich est superbe. Vocalement la voix est pulpeuse et pleine de promesses. Cette Carmen pourrait bien séduire sérieusement le diable, et sa jeunesse est parfaitement assortie à celle de Paul Gay. Ce couple sensuel complète admirablement celui plus conventionnel des héros amoureux lors du quatuor du jardin. Tassis Christoyannis campe un Valentin volontaire capable d’une grande émotion dans sa mort. Quant à Alexandre Duhamel, il ne démérite pas en Wagner en si belle compagnie, c’est tout dire.

Le chœur est disposé sur plusieurs rangs en fond de scène. Bien en face du chef, la précision des attaques, la mise en place et l’homogénéité des pupitres deviennent des qualités que peu de versions scéniques obtiennent. L’orchestre est un peu fragile, mais Alain Altinoglu commence à prendre ses marques et insuffle sa vision à certains moments de la partition. N’oublions pas qu’il a « sauvé » le spectacle à quelques jours seulement de la première. Mais déjà le prélude est subtilement nuancé et le tempo est constamment relancé dans la valse afin d’en faire un moment brillant et léger. Le choeur final atteint au grandiose sans poids excessif. Connaissant bien la précision et l’élégance de cette baguette il est certain qu’au cours des prochaines représentations, l’orchestre ne cessera de progresser. Ceux qui comme votre serviteur ont eu beaucoup de plaisir à retrouver les superbes illustrations d’anciennes productions et de tableaux, dans le programme, par le pouvoir de l’imagination, auront vu le Faust de leur rêve avec cette distribution proche de l’idéal.

Merci à Nicolas Joël d’avoir su proposer (enfin !) à Paris, Le Faust français du moment, parfaitement entouré.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 01 octobre 2011
- Charles Gounod (1818-1893) Faust, opéra en cinq actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré.
- Roberto Alagna, Faust ; Paul Gay, Méphistophélès ; Inva Mula, Marguerite ; Tassis Christoyannis, Valentin ; Angélique Noldus, Siebel ; Marie-Ange Todorovitch, Dame Marthe ; Alexandre Duhamel, Wagner.
- Chœur de l’Opéra national de Paris ; Chef de chœur, Patrick-Marie Aubert
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Alain Altinoglu, direction











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