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Un Elixir caricatural

mardi 3 novembre 2009 par Philippe Houbert
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© Opéra national de Paris/ E. Mahoudeau

L’Elisir d’amore de Donizetti est une comédie sentimentale, où la franche gaîté cède plutôt la place au sourire discret et à l’émotion. Les deux protagonistes, Adina et Nemorino, doivent nous toucher et ne surtout pas prêter à rire. Le jeune homme est bon et sincère, nullement paysan balourd. Il pense Adina inaccessible à son amour et ne sait donc comment se déclarer. La jeune fille est plus délurée, vive, coquette, mais certainement ni capricieuse ni dépourvue de bonté. C’est cette difficulté à exprimer, de part et d’autre, des sentiments simples qui rend l’œuvre si attachante.

De ces quelques principes, le metteur en scène de cette production, Laurent Pelly, et sa dramaturge et assistante, Agathe Mélinand, n’ont cure. Ce n’est certes pas l’histoire concoctée par Donizetti et son librettiste Felice Romani, qui les intéresse, mais sans doute quelques souvenirs de jeunesse personnels, baignés de vacances à la campagne, de flirts avancés, de timidité vaincue par l’alcool, de rivaux vulgaires, bref de gens qui ne savent pas se tenir.

En prenant connaissance de la biographie de Laurent Pelly dans le programme, nous fûmes étonnés de voir que, à part Ariane à Naxos et, dans une moindre mesure Les Contes d’Hoffmann, ce metteur en scène ne s’est attaqué qu’à des œuvres dont le livret est sans vraie consistance. Comme s’il fallait ne choisir que des opéras sans contenu dramatique, où il serait aisé de venir apporter son bric-à-brac personnel dans lequel les protagonistes deviennent des caricatures et le public volontiers complice de quelques vulgarités.

Oh ! Pelly et Mélinand sont de très bons professionnels et, théâtralement, ça marche. Enfin, disons que ça amuse, plutôt que ça se laisse regarder. Eh ! A-t-on l’habitude voir des scooters, un gros camion, un chien détaler sur scène ? Pendant qu’on se laisse distraire par ça, on ne fait plus trop attention au fait que Nemorino devient un crétin de village, qu’Adina tourne à la fille facile, que Belcore plonge dans la grossièreté et que Dulcamara prend ce petit monde pour ce qu’il n’est pas, une bande de fieffés imbéciles qu’on va pouvoir rouler dans la farine.

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Anna Netrebko (Adina)
© Opéra national de Paris/ Sébastien Mathé

Laurent Pelly sachant s’entourer de chanteurs qui vivent pleinement la mise en scène, chacun y va de son petit numéro et semble prendre un plaisir fou. Anna Netrebko en fait des tonnes en petite peste aguicheuse, George Petean semble ne se concentrer que sur ce qui se passe en-dessous de la ceinture, Paolo Gavanelli fait étalage de ses talents de bateleur, quitte, élixir alcoolisé aidant, à se polariser sur les attributs féminins, Charles Castronovo, très bon acteur par ailleurs, transforme Nemorino en benêt balourd.

Musicalement, les choses ne vont guère mieux. Notre pays n’a-t-il pas assez de mauvais chefs pour qu’il faille aller les chercher en Italie. Celui-ci se nomme Paolo Arrivabeni. On excusera la facilité de la plaisanterie mais il fut bien le seul. Que de décalages entre fosse et plateau ! Que de ploum-ploum lourds à souhait ! Où était passée la délicatesse de cette partition ?

Du côté de la distribution vocale, seul le Nemorino de Charles Castronovo est à sauver. Remp
vlaçant Giuseppe Filianoti au pied levé, il fit preuve d’un très beau cantabile même si la voix est certainement trop petite pour la salle de l’Opéra Bastille (quelle erreur de lieu !). Il lui fallut beaucoup de talent pour nous délivrer une « Furtiva lagrima » de très belle facture en dépit du tempo d’enterrement imposé par le chef et de ces petites lumières (étoiles filantes ? lucioles ?) dégringolant des cintres et qui accompagnaient si peu poétiquement la fameuse romance.
Castronovo était si à son aise qu’il ravit presque la vedette à Anna Netrebko, à laquelle le public était tout acquis. Et pourtant, que dire d’une voix devenue trop sombre pour Adina, de vocalises très approximatives au premier acte (jusqu’à des manques de justesse – et oui), le tout magnifiquement sauvé par sa performance dans le duo avec Nemorino au second acte.

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© Opéra national de Paris/ E. Mahoudeau

A l’inverse, le baryton roumain George Petean, après une entrée correcte, oublia de chanter au second pour se concentrer sur sa stratégie amoureuse pénétrante. De l’interprète de Dulcamara, nous dirons a peu près la même chose que pour le chef. N’importe quel chanteur à la sortie d’un Conservatoire national aurait été meilleur : oubli du chant au profit de la performance histrionique, manque de souffle, non-respect de la mesure. Dans le petit rôle de Giannetta, Joël Azzaretti fut absolument remarquable au point de regretter que Romani et Donizetti ne lui aient pas fait la part plus belle.

Une reprise encore très décevante mais, contrairement au Wozzeck commenté ici, sur une base hautement discutable.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 15 octobre 2009
- Gaetano Donizetti (1797-1848), « L’Elisir d’amore » sur un livret de Felice Romani
- Mise en scène et costumes, Laurent Pelly ; décors, Chantal Thomas ; lumières, Joël Adam ; dramaturgie et collaboration à la mise en scène, Agathe Mélinand
- Adina, Anna Netrebko ; Nemorino, Charles Castronovo ; Belcore, George Petean ; Dulcamara, Paolo Gavanelli ; Giannetta, Jaël Azzaretti
- Choeur de l’Opéra National de Paris. Chef de chœur, Alessandro Di Stefano
- Orchestre de l’Opéra National de Paris
- Paolo Arrivabeni, direction






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