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Ultime reprise de Tristan et Isolde à l’Opéra Bastille

vendredi 14 novembre 2008 par Karine Boulanger
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C. Forbis, W. Meier
© Agathe Poupeney/ Opéra national de Paris

Créée à l’Opéra Bastille en avril 2005, la production de Peter Sellars et Bill Viola reste emblématique de la direction de Gérard Mortier à la tête de l’Opéra national de Paris. Trois ans après la première, la reprise proposait une distribution constituant une synthèse des représentations passées, réunissant autour de Semyon Bychkov, Waltraud Meier, Clifton Forbis, Alexander Marco-Burhmester, Ekaterina Gubanova et Franz-Josef Selig.

L’ensemble conçu par Peter Sellars et Bill Viola mêle étroitement théâtre épuré du premier et interprétation fantasmée, à travers l’aspect onirique des vidéos du second. L’équilibre est parfois précaire, notamment dans la première partie où la vidéo est plus volontiers narrative et vient concurrencer le discours théâtral, mais l’ensemble trouve une juste balance au second acte et culmine dans un troisième acte bouleversant où les vidéos laissent une certaine « liberté » d’interprétation au spectateur.

Peter Sellars a réduit la mise en scène à l’essentiel : personnages vêtus de noir ou de couleurs sombres, et des gestes d’une sobriété impressionnante permettant aux chanteurs de donner sa pleine expression au texte. Evoluant sur un autre plan, les images de Bill Viola ont été conçues selon les propres termes de l’artiste en trois parties : « purification » au premier acte, « réveil du corps de lumière » au second acte et « dissolution du moi » pour le troisième acte.

La beauté des images, alliée à la sobriété et à la justesse de la mise en scène, ainsi qu’à la direction toute en finesse d’Esa-Pekka Salonen en 2005 avaient d’emblé créé un véritable évènement. Pourtant, lors de la reprise à la saison suivante sous la direction radicalement différente de Valery Gergiev, l’équilibre de cette alchimie idéale de théâtre, de projections vidéo et de musique semblait avoir été partiellement rompu, malgré l’ajustement des vidéos à la direction du chef d’orchestre russe. Cette troisième reprise confirme cette impression, encore plus évidente en raison du manque d’unité de la direction de Semyon Bychkov, très attentif aux chanteurs, peut-être en partie due aux difficultés rencontrées au cours de la soirée. Après un premier acte assez plat, aux tempi généralement lents, où l’on note quelques décalages et un manque d’équilibre entre les différents pupitres, l’acte II est meilleur, plus tendu, l’orchestre sonnant magnifiquement lors du monologue du roi Marke chanté par un Franz-Josef Selig en état de grâce. Le troisième acte reste au même niveau, introduit par un prélude merveilleux de poésie.

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Waltraud Meier (Isolde), Clifton Forbis (Tristan), Franz-Josef Selig (König Marke) et Ralf Lukas (Melot)
© Agathe Poupeney/ Opéra national de Paris

La soirée fut mouvementée, Waltraud Meier, dont on sait à quel point elle a marqué le rôle d’Isolde depuis ses débuts dans ce rôle à Bayreuth en 1993, étant annoncée souffrante avant le lever de rideau. Il est difficile dans ces conditions de devoir détailler la prestation de la chanteuse, car la voix était comme assourdie, les aigus et le haut médium défaillants et les mots moins précis qu’à l’accoutumée. Cette Isolde, au lieu de la princesse fière et pleine d’amertume que Waltraud Meier campe à la perfection habituellement, n’était plus qu’une femme lasse et blessée, capitulant avant même de voir Tristan. La chanteuse fut particulièrement aidée par Semyon Bychkov, luttant pour retenir l’orchestre afin qu’elle puisse toujours se faire entendre. Retrouvant une partie de ses moyens au cours du deuxième acte (à partir de « O sink hernieder »), Meier tenta même d’insuffler un peu de poésie à un duo déséquilibré par le Tristan de Clifton Forbis (« So starben wir um ungetrennt »), mais dut renoncer à interpréter le troisième acte, laissant la place à la soprano Miriam Murphy qui fit ainsi ses débuts dans des conditions extrêmement difficiles à l’Opéra Bastille.

Clifton Forbis, dont voix est très engorgée et semble perpétuellement forcée, impressionne le public à l’acte III par son engagement total dans le rôle, mais ne peut pourtant pas faire oublier un acte I insuffisant et un II manquant trop de poésie. Alexander Marco-Buhrmester est un excellent Kurwenal, ironique et cinglant à l’acte I, particulièrement poignant au III lorsqu’il assiste à l’agonie de Tristan. Ekaterina Gubanova incarne une belle Brangäne, une jeune femme et non une matrone. Dotée d’une ample voix de mezzo au timbre chaud, elle réussit des appels de toute beauté. Franz-Josef Selig est un magnifique roi Marke dont on admire autant la qualité et le timbre de la voix que l’art du chant, faisant du monologue de Marke l’un des sommets de cette soirée inégale. Les petits rôles sont très bien tenus avec notamment le berger aux interventions pleines de poésie de Bernard Richter.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 06 novembre 2008
- Richard Wagner (1813-1883), Tristan und Isolde opéra en trois actes
- Mise en scène : Peter Sellars ; vidéo : Bill Viola ; costumes : Martin Pakledinaz ; lumières : James F. Ingalls
- Tristan : Clifton Forbis ; Isolde : Waltraud Meier ; Kurwenal : Alexander Marco-Buhrmester ; Brangäne : Ekaterina Gubanova ; Marke : Franz-Josef Selig ; Melot : Ralf Lukas ; un berger et un matelot : Bernard Richter ; un pilote : Robert Gleadow
- Chœurs de l’Opéra national de Paris. Chef des chœurs : Alessandro di Stefano
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Semyon Bychkov, direction






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