ClassiqueInfo.com




Trois soirées au Septembre Musical de Vevey-Montreux

lundi 8 octobre 2012 par Emmanuel Andrieu
JPEG - 22.5 ko
Marek Janowski
© Felix Broede

Depuis soixante-six ans, le Septembre Musical de Montreux-Vevey est le rendez-vous des mélomanes sur la Riviera vaudoise, et en premier lieu des amateurs d’orchestre. Après quatre concerts donnés par le Royal Philharmonic Orchestra en ouverture du festival, la manifestation vaudoise a ensuite accueilli l’Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg, et enfin celui de la Radio de Berlin.

Mais c’est par un récital de musique de chambre que débute notre première soirée. Poursuivant l’intégrale des sonates pour violon et piano de Beethoven - entamée lors de la précédente édition - le célèbre violoniste Leonidas Kavakos, accompagné du pianiste italien Enrico Pace, donnent cette fois, au Théâtre de Vevey, les Première, Cinquième et Neuvième - la fameuse sonate dite « A Kreutzer ». Nous ne pouvons que goûter la merveilleuse complicité qui unit les deux artistes, qui offrent au public une version parfaitement cohérente et équilibrée de ces trois œuvres, issues d’un recueil inégalé dans l’histoire du genre. Quelques moments de chant sublime, des accents savoureux, de riches couleurs, une réelle inventivité et un louable sens de la structure viennent caresser l’oreille et flatter l‘esprit. Nous retiendrons particulièrement l’archet vif du violoniste grec qui virevolte jusqu’à l’obsession dans la fameuse course à l’abîme qui conclut la Neuvième. En bis, l’allegro vivace de la Huitième et l’allegro de la Sixième nous confirment que nous avons entendu de remarquables musiciens, avec lesquels on prend rendez-vous pour l’année prochaine.

Le lendemain, l’orchestre revient à l’honneur dans un Auditorium Stravinsky rénové, à l’acoustique désormais irréprochable. Invité régulier des lieux, Marek Janowski ouvre les réjouissances avec Les Hébrides de Mendelssohn, merveilleuse ouverture pleine de couleurs. Le Rundfunk Sinfonieorchester Berlin nous réserve une de ces solides sonorités dont les formations germaniques ont le secret. Un vrai bonheur dans cette évocation imaginaire et légendaire de l’Ecosse, menée avec une grande finesse par le chef polonais. Malheureusement cela ne suffit pas à sauver le Concerto pour piano de Dvorak. Beaucoup moins connu et réussi que son cousin pour violoncelle, l’opus du maître tchèque est plombé par le jeu froid et sans âme du pianiste allemand Martin Helmchen. Aucune musicalité ne capte notre attention chez ce pianiste, guère plus inspiré dans le Moment musical de Schubert qu’il nous sert en bis. Heureusement, après l’entracte, le divin Franz réchauffe à nouveau les musiciens de la phalange berlinoise - et le public également. Marek Janowski laisse s’épanouir les atmosphères de sa Neuvième Symphonie, tour à tour roborative et pastorale. En faisant ressortir de l’orchestre (quel pupitre de vents !) une lumière et des nuances réservées d’habitude aux formations chambristes, il étonne par l’aspect solaire qu’il donne à l’œuvre. Nous sommes loin des langueurs schubertiennes, mais cela marche parfaitement grâce à un tempo soutenu, sans pour autant être précipité. Et on ne quitte pas une si bonne compagnie, avec une direction toujours fluide et généreuse de Janowski, qui dirige en bis l’ouverture Rosamunde.

Le dimanche, c’est dans la grande salle du château de Chillon - demeure médiévale qui joua un rôle essentiel dans l’histoire de la région - qu’a lieu le concert du soir. Varvara, lauréate du concours Géza Anda de cette année, nous enchante littéralement du haut de ses trente ans. La finesse de son interprétation de la Sonate n°30 de Beethoven transporte bien loin l’auditoire. Prenant son temps, soulignant bien les ruptures et les modifications de climats dont est émaillé cette magnifique partition, la pianiste russe montre des affinités flagrantes avec ce Beethoven tardif, fait de questionnements, de gravité mais aussi d’intense poésie. Puis, dans la Sonate n°2 de Schumann, elle souligne les affects tourmentés du maître allemand et décoiffe littéralement par son jeu, en nous emportant dans un tourbillon de notes et d’atmosphères, avec une partition du compositeur sans doute parmi les plus difficiles à jouer.

La seconde partie est consacrée à la Russie, ou plus exactement à ses compositeurs émigrés. Igor Markevitch, auquel une exposition est consacrée dans le château, esquisse dans Stefan le poète des aperçus qui rappellent les Scènes d’enfant de Schumann. La soliste éblouit à nouveau par son tempérament, qui ne faiblit pas, dans les Trois mouvements de Petrouchka de Stravinsky, extraits du ballet éponyme et transcrits par le compositeur lui-même, qui avait comme objectif d’y multiplier les difficultés techniques les plus ahurissantes.
En bis, un tango de Piazzolla et le finale d’une sonate de Mozart apportent une dernière touche de ravissement, et concluent en beauté un week-end d’intenses plaisirs musicaux.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Vevey
- Théâtre de Vevey
- 07 septembre 2012
- Ludwig van Beethoven (17706-827), Sonate pour violon et piano n°1 en ré majeur op. 12 n°1, Sonate pour violon et piano n°5 en fa majeur op. 24, Sonate pour violon et piano n°9 en la majeur op. 47.
- Leonidas Kavakos, violon
- Enrico Pace, piano

- Montreux
- Auditorium Stravinsky
- 08 septembre 2012
- Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847), Les Hébrides, Ouverture en si mineur op. 26.
- Antonin Dvorak (1841-1904), Concerto pour piano et orchestre en sol mineur op. 33.
- Franz Schubert (1797-1828), Symphonie n°9 en do majeur « La Grande » D. 944.
- Martin Helmchen, piano
- Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
- Marek Janowsky, direction

- Montreux
- Château de Chillon
- 09 septembre 2012
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Sonate n°30 en mimajeur op. 109.
- Robert Schumann (1810-1856), Sonate n°2 en sol mineur op. 22.
- Igor Markevitch (1912-1983), Stefan le poète, impressions d’enfance.
- Igor Stravinsky (1882-1071), Trois mouvements de Petrouchka.
- Varvara, piano (Lauréate du concours Géza Anda 2012)






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 836505

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique symphonique   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License