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Triste passage de Linda en Provence…

jeudi 7 avril 2011 par Cyril Brun
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Stella Grigorian
DR

Incontestablement, la scène de Toulon a connu des jours meilleurs ! En a-t-elle connu de plus désagréables ? Pas depuis longtemps en tout cas. Pour n’égratigner personne, nous pourrions simplement lancer un générique « ce fut épouvantable » ! C’est en tout cas le mot qui revenait spontanément à l’esprit dans les soli. Lancinant refrain ponctué par un « qu’on en finisse » sans appel. Nous pourrions y ajouter, pour souligner cette débâcle des voix, le public qui n’hésita pas à huer après certains duos. Nous aimerions en rester là, le lecteur aura compris ce que la soirée laissera dans les mémoires et nous éviterions la dureté ciblée d’une critique fort peu laudative. Mais comme dirait Berlioz, pour être honnête, il nous faut tout vous raconter. C’est d’ailleurs cela que le lecteur attend. Non, nous ne dirons pas tout, car pour rendre moins monotones les trois heures qui se sont écoulées, sans être incisif il faudrait plus d’esprit que nous n’en avons.

Déjà l’ouverture ne laissait rien présager de bon. Alors qu’il y a deux ans Steuart Bedford avait, ici même, dirigé un agréable Songe d’une nuit d’été, il a semblé moins présent dans cette partition au point que l’ouverture s’apparenta plus à une juxtaposition décousue et frappée, caricature d’une fanfare des Alpes, sans toutefois, en prendre les criards excès. Alors que le rideau s’ouvre pour découvrir le sobre décor sous la neige tombante de Savoie, commence la longue et pénible succession des voix. Il est assez rare que l’ensemble d’une distribution soit fragile. Mais là ce fut un coup de maître. Si l’on excepte la superbe et présente Stella Grigorian, la distribution, changée pour partie en cours de saison, semblait – et peut-être est-ce vrai pour certains – avoir subi les affres climatiques des giboulées de mars. Bien entendu le niveau de qualité ne fut pas identique et du plus effroyable bel canto à l’aigu final escamoté, nous pouvions trouver toute la palette intermédiaire de la basse sans timbre, du Falstaff à la diction empâtée, aux duos sans unité.

Incontestablement tirés vers le bas – comment ne pas perdre son assurance et sa justesse avec un partenaire qui ne tient ou ne prend pas la note – les solistes n’en n’ont pas pour autant mal joué leur rôle. Linda sut être émouvante et fragile, le marquis à la fois coquin et affectueux, tandis qu’Antonio, tenait avec profondeur un tragique qui n’avait rien à envier à Rigoletto. Il fallait bien ce talent dans le jeu pour compenser le choix d’une mise en espace plutôt que d’une mise en scène. Trois heures de spectacle d’une qualité musicale relative, pouvaient difficilement être rehaussées par des tableaux d’un statisme quasi wagnérien. Si toutefois nous mettons de côté ce choix malheureux d’une mise en situation, il faut reconnaître à Jean-Philippe Delavault d’avoir certainement su tirer la meilleure part du genre, limitant ainsi la monotonie d’une soirée que la conviction de Majella Cullagh sut rendre toutefois, par moments, fort émouvante.

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- Toulon
- Opéra
- 25 mars 2011
- Gaetano Donizetti (1797-1848), Linda di Chamounix
- Mise en espace, Jean-Philippe Delavault ; Lumières, Joël Hourbeigt
- Linda, Majella Cullagh ; Pierotto, Stella Grigorian ; Carlo, Giorgio Casciarri ; Antonio, Roberto Servile ; Le préfet, Luigi de Donato ; Le marquis de Boisfleury, Marcello Lippi ; Maddalena, Isabelle Vernet
- Chœur de l’Opéra de Toulon
- Orchestre de l’Opéra de Toulon
- Steuart Bedford, direction











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