ClassiqueInfo.com



Toute ressemblance avec une pièce célèbre d’un auteur non moins célèbre serait fortuite...

jeudi 18 novembre 2010 par Karine Boulanger
JPEG - 23.5 ko
Anna Caterina Antonacci
© Serge Derossi/Naïve

Comme quasiment chaque année, le Théâtre des Champs-Elysées invitait en ce mois d’octobre Evelino Pidò et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon pour une version de concert d’un opéra relevant de l’esthétique du Bel Canto. Le choix de l’Otello de Rossini, mis en parallèle avec l’opéra du même nom de Verdi donné un peu plus tôt dans la saison, permettait au public de redécouvrir une œuvre rarement donnée de nos jours sur les scènes lyriques, mais choyée par le disque avec plusieurs enregistrements, dont la captation pionnière de Jesus Lopez-Cobos et l’édition récente d’Opera Rara [1].

Les raisons de cette désaffection reposent avant tout sur le livret de Francesco Maria Berio qui réduit l’œuvre de Shakespeare à la dimension d’un mélodrame d’opéra sans originalité. Malgré une musique souvent de premier ordre, l’œuvre souffre de cette intrigue malmenée et de la dilution du drame dans un livret qui semble osciller perpétuellement entre happy end et fin tragique [2].

Evelino Pidò mène l’ensemble avec une direction alerte, aux tempi vifs, n’évitant pas toujours une agitation un peu gratuite et laissant souvent la bride sur le cou des cuivres, très présents (dernière section de l’ouverture, première scène de l’acte I). L’orchestre manque malheureusement de nuances, les chanteurs finissant par être couverts dans les finales (actes I et II). Très attentif aux chanteurs dont il veille à soutenir la ligne de chant, le chef d’orchestre leur suggère aussi souvent des nuances bienvenues (duo Iago/Otello, acte I, par exemple).

Dans le rôle du Maure, John Osborn fait valoir une voix vaillante et des aigus forte arrogants. Les graves restent toutefois un peu durs et les aigus de tête manquent de couleur (entrée de l’acte I). Le personnage esquissé par le chanteur reste cependant intéressant, d’une grande dignité (acte II, scène avec Iago). Face à lui, José Manuel Zapata est un Iago manquant de caractère et de mordant dont la voix sonne parfois comme étriquée. Il est en revanche un chanteur très nuancé, peut-être le seul de la distribution masculine à être vraiment à son affaire dans cette œuvre.

Dmitry Korchak (Rodrigo) dispose d’une belle voix, de moyens impressionnants, mais manque cruellement de nuances. Les vocalises sont en général correctement assurées mais le chanteur couvre souvent les voix de ses partenaires, plus nuancés (quatuor puis finale de l’acte I, finale de l’acte II). Ce défaut s’affirme hélas dans l’acte II où, si on loue le panache de l’interprète capable de venir à bout d’un air aussi redoutable que « Ah ! come mai non senti pietà de’ miei tormenti », on ne peut que déplorer des aigus claironnés déplacés dans une œuvre de cette esthétique et des coupures de phrases mal venues.

Anna Caterina Antonacci frappe dès son récitatif d’entrée par l’éloquence de son phrasé et son respect des nuances. Les aigus paraissent désormais difficiles, la voix bougeant beaucoup, mais la chanteuse dispose d’un sens du drame qui la distingue de tous ses partenaires dans cette soirée. La grande scène de Desdémone est superbement menée, bénéficiant de l’engagement de l’interprète et de son sens des nuances. L’acte III restera d’ailleurs la meilleure partie de la soirée avec une très belle entrée de l’Otello de John Osborn et un duo d’une grande tension dramatique.

Josè Maria Lo Monaco est une Emilia correcte mais à l’inquiétude plus extérieure que réellement vécue, et Marco Vinco, malgré la beauté du timbre, ne peut exhiber qu’une voix aux aigus difficiles, voire inaudibles, et une absence malencontreuse de legato. Les comprimarii n’appellent aucun reproche et les chœurs forment un bon ensemble auquel ne manque qu’une plus grande attention aux nuances.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 11 novembre 2010
- Gioachino Rossini (1792-1868), Otello, tragédie lyrique en 3 actes, livret de Francesco Maria Berio d’après la pièce de William Shakespeare
- Otello, John Osborn ; Desdemona, Anna Caterina Antonacci ; Elmiro, Marco Vinco ; Rodrigo, Dmitry Korchak ; Iago, José Manuel Zapata ; Emila, Josè Maria Lo Monaco ; le doge et le gondolier, Tansel Akzeybek ; Lucio, Fabrice Constans
- Chœurs de l’Opéra de Lyon ; chef des chœurs, Alan Woodbridge
- Orchestre de l’Opéra de Lyon
- Evelino Pidò, direction

[1] Otello, direction J. Lopez-Cobos avec J. Carreras, F. von Stade et S. Ramey paru chez Philips en 1978 et enregistrement de 1999 chez Opera Rara dirigé par D. Parry avec B. Ford, E. Futral et I. d’Arcangelo

[2] une fin « heureuse » fut même mise au point trois ans après la première











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 805156

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License