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Tosca au festival de Savonlinna

jeudi 1er septembre 2011 par Karine Boulanger
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Stefan Szkafarowsky, le Sacristain
© Timo Seppäläinen

Créée lors de l’édition précédente du festival de Savonlinna en 2010, la production de Tosca de Keith Wagner repose sur une utilisation optimale de l’espace scénique, une excellente direction d’acteurs et un aspect morbide présenté de façon assez impressionnante, si ce n’est tout à fait convaincante.

L’action est située à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de l’église, symbolisée par un énorme autel baroque surmonté d’un Christ en croix, et entouré d’une série de chapelles funéraires et de tombes plus ou moins entretenues. Globalement respectueux du contexte historique suggéré par le livret, le metteur en scène ne résiste pourtant pas à l’idée de faire venir le sacristain à bicyclette et plonge les spectateurs dans un véritable cauchemar, un film d’horreur dont Scarpia serait l’acteur principal qui, malgré une piété de façade, n’hésite pas à grimper sur l’autel au final de l’acte I, entouré d’une foule de morts-vivants dont les costumes indiquent qu’ils sont les victimes de purges révolutionnaires. La fin du premier acte, le Te Deum tourné ici en dérision, paraît ainsi une vision démoniaque. Le décor reste inchangé au second et au troisième acte, l’autel devenant la table du baron Scarpia puis, le couvercle tombé, son tombeau, mais au prix de contorsions et à la grande peine des artistes principaux, gâchant ainsi une idée séduisante. La direction d’acteurs est excellente, qu’il s’agisse du réglage des mouvements de la foule ou du détail du jeu des principaux protagonistes (agacement de Mario devant la jalousie de Tosca, une jalousie qui pour une fois reste plausible et n’est jamais outrée, ensemble du jeu de Scarpia).

Musicalement, la réussite de la soirée dépendait en très grande partie des trois interprètes principaux et ils n’ont pas déçu. Massimo Giordano (Mario Cavarodossi) expose ainsi une belle voix, mais qui ne s’épanouit vraiment que dans le forte et le fortissimo et qui sonne parfois détimbrée en deçà de ces deux nuances. Le chanteur en est conscient et a donc tendance à ne pas assez nuancer son chant (« Recondita armonia di bellezze diverse ! » puis duo avec Tosca, acte I). Le rôle ne recèle cependant aucun piège pour l’interprète qui livre une composition tout à fait maîtrisée. Massimo Giordano n’éprouve aucune difficulté face à la vaillance requise pour les « Vittoria ! Vittoria ! » de l’acte II, commence piano le « E lucevan le stelle » (acte III), mais est contraint de terminer fortissimo pour que la voix « sonne » pleinement : l’effet est impressionnant mais guère émouvant.

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Massimo Giordano, Mario Cavaradossi
© Timo Seppäläinen

Dans le rôle de Tosca, Tiffany Abban semblait visiblement en méforme mais déterminée à aller jusqu’au bout en se battant. Il faut avouer que la voix est magnifique dans le medium et le bas medium, avec un timbre moiré, onctueux, un peu capiteux. Les aigus étaient un peu tirés, mais cela était peut-être dû au refroidissement de la chanteuse. Les graves, sonores, étaient souvent un peu bas et trop poitrinés (« Tu non l’avrai stassera. Giuro ! », acte I). L’interprète est nuancée (duo avec Mario, acte I), dispose d’un beau legato, évite de faire de la diva une tigresse mais semble regretter elle-même sa jalousie. L’acte II est marqué par un affrontement titanesque avec le Scarpia de Juha Uusitalo. Dans le feu de l’action, la cantatrice recourt un peu trop à la voix parlée et aux cris (« Sogghigno di demone ! »), mais elle évite la vulgarité et est parfois poignante (« Non so nulla »). Tiffany Abban livre un beau « Vissi d’arte », presque murmuré face au public, suscitant les applaudissements pleins de dérision de Scarpia.

Dans le rôle du baron sadique, Juha Uusitalo est un interprète convaincant, appliqué, concerné, alors que le chanteur peut parfois paraître froid et détaché. Il joue pleinement sur les nuances : manipulateur, sarcastique, méprisant (« Va, Tosca », acte I). L’interprétation de l’acte I est entièrement tendue vers la conclusion du Te Deum, dans l’optique du Scarpia démoniaque imaginé par le metteur en scène. L’ensemble est parfaitement chanté, d’une voix relativement claire mais puissante, respectant les nuances de la partition. Au second acte, Juha Uusitalo sait suggérer l’instabilité du personnage et un possible basculement dans la violence d’un moment à l’autre (lorsqu’il reçoit Caravadossi et n’articule par un mot au début de l’acte II, par exemple). L’affrontement avec Tosca est parfait de tension, de cynisme (« E qual via scegliete ? » murmuré à l’oreille de Tosca) et de violence à peine maîtrisée (« Già. Mi dicon venal »).

Les petits rôles sont tous très bien tenus et les chœurs irréprochables.
A la tête de l’orchestre du festival, Srboljub Dinic tient ses troupes avec professionnalisme, mais ne suggère pas la moindre tension dramatique : le Te Deum de la fin de l’acte I est comme asséné, martelé mais ne parvient pas à égaler la tension qui règne sur le plateau et le drame du second acte ne repose que sur les épaules des chanteurs. Les moments lyriques sont mieux servis (« Recondita armonia », duo de Mario et Tosca, par exemple), mais on regrette l’accompagnement très prosaïque du « E lucevan le stelle ».

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- 20 juillet 2011
- Puccini (1858-1924),Tosca, mélodrame en trois actes, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Victorien Sardou
- Mise en scène, Keith Wagner, reprise par Anselimi Hirvonen ; décors et costumes, Jason Southgate ; lumières, Wolfgang Göbbel
- Floria Tosca, Tiffany Abban ; Mario Caravadossi, Massimo Giordano ; Scarpia, Juha Uusitalo ; Cesare Angelotti, Tuomas Pursio ; sacristain, Stefan Szkafarowsky ; Spoletta, Hannu Jurmu ; Sciarrone, Jouni Kokora ; geôlier, Matti Turunen ; berger, Valtteri Raikisto
- Orchestre et chœurs du festival de Savonlinna ; chef des chœurs, Matti Hyökki
- Srboljub Dinic, direction






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