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Tomohiro Hatta, Mariangela Vacatello et Andrew Brownell à la Salle Cortot

mardi 25 novembre 2008 par Théo Bélaud
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Ecole Normale de Musique de Paris, Salle Cortot

L’association Animato organise régulièrement, le mardi, des présentations gratuites de jeunes pianistes nominés ou lauréats de concours internationaux, dans le cadre idéal de la Salle Cortot - sans doute la plus parfaite acoustiquement, - et la plus belle - de Paris pour les récitals. En avant-goût du concours annuel qui s’y déroulera en décembre, trois pianistes étaient proposés, tous trois des concertistes de haut niveau crédible, mais un valait seul, à coup sûr, le déplacement. En fait, une. Petit résumé de la soirée.

Celle-ci était ouverte par Tomohiro Hatta, deuxième prix du Concours PNTA de Tokyo et finaliste du Concours de Porto. Ajouté en dernière minute, Hatta n’aura pas eu autant de temps pour se présenter que les deux suivants, mais entrer sur scène avec une toccata de Bach n’est pas non plus un déclassement infamant. Le jeune japonais ne déméritait d’ailleurs nullement et faisait montre d’un bon contrôle harmonique des phrases, et donc d’une sonorité franche et assez ronde à la fois - peut-être trop polie. Son entrée en matière était quelque peu timide, (le presto de la seconde section assez sage, voire prudent), et il fallait attendre l’adagio et surtout l’allegro final, assez réussi, pour voir Hatta affirmer plus franchement ses phrases. Une exécution de bonne facture, sans défauts rédhibitoires, mais qui souffrait d’une hésitation palpable entre deux options à assumer clairement, celle de la sauvagerie absolue ou celle de l’austérité magistrale. On l’a entendu osciller d’un coté, de l’autre, sans que la tête ne semble se décider pleinement. Dommage, car le reste (la puissance, la détente de la main) s’avérait encourageant dans l’ensemble, et, ne vous y trompez pas, tout à fait comparable à des pianistes ayant accédé à la grande carrière internationale.

Deuxième prix au difficile Concours de Leeds, et premier à celui de Bratislava, le sino-américain Andrew Brownell décevait dans la première partie de son programme, proposant la Deuxième Suite Anglaise. L’exécution sans rien n’avoir de déshonorant techniquement - mais rien de transcendant non plus - manquait cruellement de tenue du discours, et le commandement intellectuel des mains semblait faire terriblement défaut. Jusqu’à sérieusement mettre les mains elles-mêmes en difficulté à au moins un moment, dans tout l’exposé de la courante - cette dernière étant décidément une drôle de souricière à pianistes, si l’on en juge par la dernière audition que nous en avons eu, sous les doigts de Nicholas Angelich tout de même ! Cas difficile finalement, de prestation d’après laquelle on ne peut énumérer ni de détails remarquables, ni de reproches textuels circonstanciés, mais dont on ne peut que constater qu’à aucun moment une ligne conductrice n’a émergé à nos oreilles. Tout peut s’apprendre au piano, même le son dans une certaine mesure, sauf peut-être l’autorité ? Il fallait en fait attendre le choral du Prélude, Choral et Fugue de Franck pour que Brownell semble se détendre un peu et laisser émerger une continuité dans l’investissement de la partition, grâce à de bons arpèges et à un surcroît bienvenu d’intensité et de chaleur sonore. Dommage que dans la transition poco allegro vers la fugue, il n’ait su faire retomber davantage celles-ci au profit de vrais pianissimos, et d’un peu de mystère. La fugue, sans apporter aucune révélation, se tenait bien assez droit pour (presque) finir sur une impression nettement plus positive qu’au commencement. La fin proprement dite était la Dixième Rhapsodie Hongroise de Liszt, plaisamment jouée en y évitant les bris d’ivoire et les bombardements d’octaves en gros calibres, et avec un contrôle d’ensemble très convaincant. Cependant, ici comme ailleurs, Brownell ne convainc pas tout à fait qu’il possède déjà sa signature pianistique. A réentendre, sans doute.

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Mariangela Vacatello DR

Entre Hatta et Brownell, nous avons assisté à une petite révélation, à coup sûr, ou une grande, l’avenir le dira. Mariangela Vacatello ne laisse aucun doute quand à son bagage pianistique, qui est celui d’une future grande. Nul ne peut dire, de là, si la personnalité musicale de la jeune femme va s’accomplir à hauteur des espérances que ces acquis suscitent. Mais on le lui souhaite vivement, car elle n’a rien d’un robot dressé aux déluges d’octaves catégorie jeux olympiques. Vacatello avait annoncé en ouverture de son programme la Fantaisie en ut majeur de Haydn, preuve probable qu’elle ne choisit pas son répertoire (y compris dans le corpus haydnien lui-même) uniquement pour épater la galerie. Finalement, parait-il vexée d’être la seule à ne pas jouer de Bach, elle la troquait contre le Concerto Italien ! Pour en livrer une exécution des plus audibles, nonobstant deux réserves générales à appliquer essentiellement aux mouvements extrêmes. D’une part, une ornementation à progression exponentielle, très maîtrisée et bien jouée, avec un enthousiasme plaisant, mais forcément envahissante à la fin des mouvements. D’autre part, une accentuation et des phrasés un rien scolaires (les gammes ascendantes de la seconde partie du thème du I), certes compensées par une propreté technique rare... pour des gammes. Le second mouvement, notamment dans son exposé, s’avérait quant à lui admirable de contrôle rythmique et sonore, et c’est dire s’il touchait. Après un prélude et fugue en bémol de Chostakovitch parfaitement déjanté et pourtant évidemment contrôlé, Vacatello enfonçait le clou du spectacle au mur.

Il convient de préciser que, dès lors que l’on réussit les Trois Mouvements de Petrouchka, ce à presque tous points de vue, la confrontation aux autres pianistes de la soirée devient inéquitable. Certes, mais ce n’était pas un concours. L’important était de constater que l’on écoutait une pianiste dominant techniquement et intellectuellement l’une des plus épouvantables partitions de piano existantes. Plutôt que de retenir, entre la plénitude sonore, l’assurance de la main, le détaché et l’articulation, le quasi non-besoin de pédale, et bien sûr la continuité entre les thèmes enchâssés, on se contentera de dire qu’il doit lui rester de perfectible le début de la Semaine grasse, qui peut gagner en clarté sans perdre du sempre legatissimo demandé, que Vacatello s’est appliquée à tenir au détriment de l’harmonie. Onze mesures de gêne sur une audition intégrale des Trois Mouvements, on a vu pire. Sans que cela ne relève de la gêne, on peut toujours espérer que Vacatello parviendra à encore davantage de chant violonistique sur le thème des nourrices, toujours dans le Semaine grasse. Pour la forme, nous soulignerons tout de même un passage peut-être plus miraculeux que les autres - et ne relevant absolument pas de la virtuosité : les deux mesures d’évocation de la ballerine dans Chez Petrouchka, simplement parfaite, c’est-à-dire sans la moindre minauderie, et pourtant avec un phrasé des plus expressifs et une vraie intensité de son dans le diminuendo. Bravissimo ! Et au plaisir du prochain récital de Mlle Vacatello.

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- Paris.
- Salle Cortot.
- 18 novembre 2008.
- (1) Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Toccata enmineur BWV 913. (2) Concerto Italien BWV 971 ; Dmtri Chostakovitch (1906-1975) : Prélude et Fugue N°15 enbémol majeur ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Trois Mouvements de Petrouchka. (3) Johann Sebastian Bach : Suite Anglaise N°2 en la majeur BWV 806 ; César Franck : Prélude, Choral et Fugue ; Franz Liszt (1811-1886) : Rhapsodie Hongroise N°10.
- Tomohiro Hatta, (1), Mariangela Vacatello (2), Andrew Brownell (3), piano.






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